30.06.2009

In hell

Comme vous le savez, chers happy few assidus, je voue un culte particulièrement actif à Joss Whedon (croyez-moi, vous ne voulez pas tout savoir), et, en attendant l'hypothétique film adapté de la série Buffy, je lis la saison 8 en comic-books (saison à laquelle j'ai consacré un billet sur La Page Littérature). Je savais depuis longtemps que Whedon avait écrit une saison 6 d'Angel, mais pour des raisons étranges, que je n'arrive pas moi-même à élucider correctement (ben oui, entre la chaleur et les oraux, mes neurones théorisateurs ont fui et on ne peut franchement pas les en blâmer, chers happy few), je ne me l'étais pas procurée. Cet errement si peu dans ma manière a été réparé par l'homme pour la fête des mères, puisque j'ai trouvé sur mon plateau de petit déjeuner, entre deux colliers de nouilles :

After the fall, volume 1, soit les cinq premiers épisodes de la saison 6, (oui, je sais, une BD pleine de démons c'est un drôle de cadeau de fête des mères, mais il y a un very sexy man inside, chers happy few, je dis ça, je dis rien).

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 (Oui, le regard de braise n'est pas un vain mot pour Franco Urru, cet homme aime les métaphores littérales, le bougre.)

Pour ceux qui n'auraient pas suivi avec assiduité cette série (même si je sais que cela ne peut être, chers happy few kultivés et amateurs de whedoneries), je rappelle que la saison 5 s'achevait avec la mort de certains des personnages principaux et l'ouverture des portes de l'Enfer déversant ses hordes de démons sur Los Angeles (j'en vois qui frémissent au fond de la salle, petites natures, va). Nous avions donc laissé Angel et Spike, nos deux vampires préférés (enfin, les miens, ça c'est certain) en bien mauvaise posture. Nous les retrouvons quelques mois plus tard et, comme l'indique le titre de la saison, la ville de Los Angeles a été avalée en Enfer : chaque quartier de la ville est sous la coupe d'un démon, ce qui donne lieu évidemment à de sanglantes guerres de pouvoir et de voisinage, et les humains qui ne sont pas morts dans l'apocalypse sont pourchassés puis réduits en esclavage. Angel, qui se sent responsable de ces atrocités (et il a bien raison pour une fois, Monsieur je-porte-le-poids-du-monde-sur-mes-épaules-larges-et-musclées), tente de sauver ce qu'il peut dans ce monde terrifiant mais il cache lui-même un secret...

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(Spikey is back, oh yeah!)

 

Le premier intérêt de cette saison est bien évidemment de proposer une fermeture à la fin ouverte de la saison 5, et de déplacer l'histoire dans un endroit effrayant, qui est finalement l'aboutissement logique d'une série qui, contrairement à Buffy, s'est révélée être de plus en plus sombre dans ses développements au fur et à mesure qu'il devenait évident que le personnage d'Angel portait en lui une espèce de damnation qui va bien au-delà de la simple malédiction et qui est ancrée dans sa nature même d'hybride et dans sa personnalité profonde (ben oui, c'est brillant comme série, vous en doutiez happy few de peu de foi ?). Ensuite, Whedon et son complice, Brian Lynch, ont ramené tous les membres du Angel gang (à l'exception notable de Cordelia, qui de toute façon l'avait quitté depuis longtemps), et leurs réapparitions, savamment orchestrées, sont autant d'entrées en scène réussies, avec une mention spéciale pour Spike, dont décidément je ne me lasse pas, dans une espèce d'auto-parodie extrêmement jouissive. Côté intrigue, c'est excellent pour l'instant : guerres entre clans démoniaques, humains qui tentent d'organiser la rebellion, allusions à un grand dessein de Wolfram & Hart, liens qui se renouent entre nos héros, révélations intelligemment distillées (dont une qui change complètement la donne), le tout saupoudré de cet humour whedonien que j'aime tant, bref, on n'a qu'une envie, lire la suite! Elle est disponible, ça tombe bien. Sometimes, life's heaven, chers happy few.

Angel, After the fall, volume one, Joss Whedon, Brian Lynch, Franco Urru (au dessin, que j'aime assez même si j'ai mis du temps à m'y habituer), IDW, 5 épisodes plus la première mouture du scénario de Joss Whedon, des annotations de Lynch et une galerie de dessins (et de photos, so yammy). 

 

27.06.2009

Seuls

gone.jpgPerdido Beach, Californie, un matin comme les autres. Soudain, au même instant, tous les adultes et les adolescents de plus de 15 ans disparaissent, volatilisés. Livrés à eux-mêmes, les enfants déboussolés puis effrayés (il faut s'occuper des bébés et des enfants en bas âge, gérer les problèmes matériels) tentent maladroitement de s'organiser quand apparaît, à la tête des enfants du pensionnat privé de la ville, Caine, un ado magnétique et cruel qui se nomme chef et organise un régime pas vraiment démocratique, aidé par des brutes sans complexes. Et Caine, comme d'autres adolescents, a développé des talents pour le moins étranges...

 

Gone est un très bon roman de SF jeunesse, chers happy few, qui réutilise de manière relativement neuve une intrigue de départ pour le moins éculée : que se passerait-il dans un monde sans adultes ? Si j'ai eu au départ l'impression de me retrouver dans un ersatz de Sa Majesté des mouches (roman que je n'ai pas du tout aimé), cela s'est très rapidement atténué tant Michael Grant a su intégrer à son récit des situations nouvelles. L'argument de SF aide beaucoup, les enfants se retrouvant prisonniers de la Zone, une sphère délimitée par un mur électrifié fabriqué dans une étrange matière et dont le centre se trouve être la centrale nucléaire qui approvisionne la ville en électricité. Dans cette Zone, certains jeunes gens se retrouvent munis de talents de super-héros (télékinésie, pouvoir de guérison par imposition des mains, maîtrise du feu, déplacements rapides, matérialisation et téléportation, entre autres), les animaux présentent d'inquiétantes mutations (les serpents ont des ailes, les coyotes parlent) et tous les ados qui atteignent 15 ans se volatilisent à leur tour. C'est dans ce climat pour le moins oppressant (et pas seulement pour les personnages), que vont s'affronter Sam, presque 15 ans, qui a jadis été le héros de la ville pour avoir sauvé les passagers d'un bus, et Caine, presque 15 ans également, qui veut trouver le moyen de ne pas disparaître quand arrivera son anniversaire et dominer la Zone. Il y a pas mal de violence dans ce roman, l'humanité étant finalement soumise aux mêmes désirs et aux mêmes obsessions quelle que soit l'âge de ses membres, et certaines scènes sont assez dures. Les personnages, assez archétypaux (le lâche, l'intello, le gars sympa, la brute...), évoluent quand même un peu mais la primauté est donnée à l'action menée tambour battant et qui apporte suffisamment de réponses au lecteur pour le faire patienter jusqu'au volume suivant. A lire!

Michael Grant, Gone, Pocket jeunesse, 586 pages, traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Julie Lafon, avec une couverture que je trouve pour ma part assez moche, oui, je sais, ce n'est pas vraiment important.

L'avis de SBM, que je remercie pour le prêt!

21.06.2009

En bref

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Des hommes et des femmes ordinaires, qui tout d'un coup le sont moins, vivent, s'aiment, se quittent, se tuent, s'imaginent des choses folles, dans ces seize nouvelles...

 

Non, vous ne rêvez pas, chers happy few, me voici de retour, de manière certainement toute momentanée : la grande ronde écrits-oraux commence mercredi, pour mon plus grand bonheur (of course), et je me retrouve seule à bord du navire familial en cette merveilleuse période surchargée (ah, que j'aime la pêche aux canards, les tombolas et les chorégraphies des enfants de maternelle), l'homme ayant décidé dans un accès de folie passagère de se prendre pour Tony P. sur le playground du quartier, ce qui lui vaut une rupture du tendon d'Achille et six semaines d'immobilisation (oui, vous avez le droit de rire, je ne m'en suis pas privée, d'autant qu'il ne souffre pas, le dur à cuire).

Bref.

Dans Au Bon roman, Ivan Georg lit tous les romans de Franz Bartelt, chers happy few, ce qui m'a donné envie de faire de même (car oui, je suis influençable et j'assume) : ça tombait bien, j'avais un recueil de nouvelles de lui dans la minuscule PAL qui menace de m'ensevelir dans mon sommeil, grâce à Valdebaz qui me l'a envoyé quand j'ai gagné le Lotobook. Je l'ai donc élégamment exhumé de derrière ses petits compagnons et... je me suis régalée. Ces 16 nouvelles mettent toutes en scène des personnages décalés qui vivent des situations qui ne le sont pas moins. Du serial killer qui ne tue que des femmes de notaires (Tueur en série, une nouvelle drôlatique où l'on apprend que "le grand public ne parvient pas à se désoler sincèrement de la mort d'une épouse de notaire. Seraient-elles toutes assassinées le même jour à la même heure que personne ne s'en retournerait plus de cinq minutes. On dirait, oui, c'est triste, mais enfin elles n'avaient qu'à pas épouser un notaire.") à la femme de professeur de Lettres qui fait de monstrueuses fautes de grammaire, ce qui nuit terriblement à la qualité de sa vie amoureuse (Un  parcours sans fautes), en passant par la jeune femme qui veut changer de nom (Lili, et franchement on la comprend, car ce ne doit pas être facile tous les jours de se nommer Poaldeuf), Bartelt multiplie les situations loufoques et les personnages à la marge, avec un humour à froid très réjouissant. Certaines nouvelles flirtent avec le fantastique, comme Un mauvais joueur qui raconte une histoire d'homme creux, Dans le train, réflexion sur les personnages de roman, Le souvenir de Fred (certainement la nouvelle que j'ai trouvé la moins réussie) ou Le sixième commandement où un mari jaloux intervient bien malgré lui dans la vie de sa femme, d'autres sont férocement drôles, comme Testament d'un homme trop aimé, qui suit le parcours d'un incurable narcissique ou Un voisin redoutable, histoire d'une vengeance bien méritée. Quant au Bar des habitudes, qui donne son titre au recueil, Ta tête d'assassin, La tourte ou Date limite, elles sont d'une redoutable finesse psychologique. Un excellent recueil, qui donne envie de lire les autres ouvrages de Bartelt.

Franz Bartelt, Le bar des habitudes, Folio, 292 pages, 2005

A noter que ce recueil a reçu le Prix Goncourt de la nouvelle 2006.

Les avis de Laurence, Valdebaz (merci encore!), Cathulu, Bellesahi 

 

16.06.2009

"On ne lit pas impunément des niaiseries"

au bon roman.jpgIvan et Francesca se rencontrent fortuitement dans une librairie-papeterie de Méribel. Ivan est un libraire pas comme les autres, qui tente de ne vendre que des romans qu'il a aimés, Francesca a beaucoup d'argent et elle aime passionnément la littérature. Entre les deux, l'entente intellectuelle est immédiate et parfaite : ils ouvrent Au Bon roman, une librairie parisienne qui ne vend, comme son nom l'indique, que de bons romans, choisis par un comité de huit auteurs contemporains soigneusement triés et dont les noms sont tenus secrets. Mais un jour, les membres du comité subissent des agressions, les uns après les autres. Qui en veut Au Bon roman ?

 

Voilà un roman qui n'est pas exempt de défauts, chers happy few, mais qui possède aussi des qualités certaines, dont la première et non la moindre, est de proposer une réflexion sur la littérature. En ouvrant une librairie qui ne vend que de "bons" romans (et non pas d'ailleurs de "grands" romans ou des "chefs d'oeuvre", la nuance est de taille), Ivan et Francesca font en fait oeuvre de résistants face à une littérature contemporaine gangrenée par la course à la rentabilité. Tout le monde en prend pour son grade, des éditeurs qui vendent un "produit" et non un livre, aux critiques littéraires "paresseux et frivoles" qui ne lisent pas les livres jusqu'au bout et encensent toujours les mêmes par facilité et espoir de retour (la peinture du petit milieu très fermé des éditeurs-journalistes-écrivains-jurés de prix littéraires, car en France bien souvent les casquettes se confondent et tout ce très petit monde joue les hommes-orchestre, est particulièrement corrosive). Face à eux, la petite équipe du Bon roman (car Francesca et Ivan seront rapidement rejoints par d'autres personnages) remplit ses étagères de classiques et de contemporains, qui ont en commun le style, primordial. Leur entreprise, d'abord acclamée par les véritables lecteurs, qui ont l'impression de découvrir enfin la librairie idéale, devient rapidement la cible des défenseurs du "goût populaire", du moins de ce que certains voudraient faire passer pour tel. Accusés de fascisme et d'élitisme, Ivan et les autres verront surgir de plus en plus de détracteurs et se verront mettre de très nombreux bâtons dans les roues, contraints finalement de mettre l'affaire dans les mains de la police puis de la justice. C'est d'ailleurs tout cet aspect enquête policière qui est à mon avis un peu faible, car il appuie trop fortement la métaphore de la résistance intellectuelle. J'ai aussi été gênée par l'apparition en cours de route d'un narrateur interne à l'histoire, qui y est sans avoir l'air d'y être et dont le nom est révélé à la fin (enfin, révélé est un bien grand mot parce que par élimination le lecteur a compris qui racontait l'histoire), ce qui alourdit le propos sans rien y ajouter. Mais on lit ce roman un carnet à la main (j'ai déjà lu un recueil de nouvelles sur ses conseils, c'est très contagieux), emballé de découvrir que décidément nous ne sommes pas seuls dans l'univers. Les réflexions sur la littérature comme sur la lecture sont incroyablement justes et l'une d'elles me paraît avoir été écrite pour nous, chers happy few : "De toutes les fonctions de la littérature, vous me confirmez qu'une des plus heureuses est de faire se reconnaître et se parler des gens faits pour s'entendre." Je n'aurais pas dit mieux, chers happy few.

Laurence Cossé, Au bon roman, Gallimard, 497 pages, 2009

Les billets enthousiastes de Cuné (merci pour le prêt-qui-ne-sent-pas-le-tabac!), Amanda, Chiffonnette (qui cite la déclaration de Francesca, morceau de bravoure dans lequel on ne peut que se reconnaître), Cathulu et Ys.

PS : le titre de mon billet est emprunté à Victor Hugo, il s'agit du premier portrait des Thénardier, dans Les Misérables, portrait tellement jouissif que je ne résiste pas à la tentation de la citation : "C'était l'époque où l'antique roman classique, qui, après avoir été Clélie, n'était plus que Lodoïska, toujours noble, mais de plus en plus vulgaire, tombé de mademoiselle de Scudéry à madame Barthélemy-Hadot, et de madame de Lafayette à madame Bournon-Malarme, incendiait l'âme aimante des portières de Paris et ravageait même un peu la banlieue. Madame Thénardier était juste assez intelligente pour lire ces espèces de livres. Elle s'en nourrissait. Elle y noyait ce qu'elle avait de cervelle; cela lui avait donné, tant qu'elle avait été très jeune, et même un peu plus tard, une sorte d'attitude pensive près de son mari, coquin d'une certaine profondeur, ruffian lettré à la grammaire près, grossier et fin en même temps, mais, en fait de sentimentalisme, lisant Pigault-Lebrun, et pour «tout ce qui touche le sexe», comme il disait dans son jargon, butor correct et sans mélange. Sa femme avait quelque douze ou quinze ans de moins que lui. Plus tard, quand les cheveux romanesquement pleureurs commencèrent à grisonner, quand la Mégère se dégagea de la Paméla, la Thénardier ne fut plus qu'une grosse méchante femme ayant savouré des romans bêtes. Or on ne lit pas impunément des niaiseries. Il en résulta que sa fille aînée se nomma Eponine. Quant à la cadette, la pauvre petite faillit se nommer Gulnare; elle dut à je ne sais quelle heureuse diversion faite par un roman de Ducray-Duminil, de ne s'appeler qu'Azelma." Un roman qui aurait assurément sa place dans ma librairie idéale, chers happy few. Celui de Victor évidemment, pas celui de Ducray-Duminil. Tsss...

15.06.2009

42 km et des poussières

Comme vous le savez, chers happy few assidus, ce week-end j'ai bravé le réveil matutinal, ma peur de l'avion (personne n'est parfait) et les 36° toulousains pour assister au Marathon des mots, manifestation littéraire qui propose des lectures de textes plus ou moins contemporains par des comédiens célèbres. Le principe est séduisant, car si je préfère lire à haute voix qu'écouter une lecture, je ne peux pas résister à la perspective d'écouter des acteurs, qui maîtrisent donc la diction et l'incarnation du texte. C'est donc avec plaisir que j'ai accepté l'invitation des Espaces Culturels Leclerc et que je me suis retrouvée au Cloître des Jacobins (à côté de mon ancien lycée, la vie est un éternel recommencement, chers happy few) avec Caroline, Stéphanie, Papillon, Erzébeth, Yueyin, Choupynette et Ankya.  

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Côté lectures, nous avons entamé la journée avec Charles Berling, qui a lu des extraits de Léger, humain mais pardonnable de Martin Provost. J'ai trouvé le texte inintéressant (une espèce d'autobiographie dans laquelle un narrateur raconte son enfance en province dans les années 60, genre de texte auquel tout le monde peut s'identifier : "tiens, mes parents/grands-parents/oncles/tantes/voisins (rayez la mention inutile) avaient eux aussi une table en formica vert dans la cuisine, c'est incroyable") et la lecture de Charles Berling ne l'a pas rendu plus attractif (je fais partie des gens qui pensent qu'une belle lecture fait passer n'importe quoi : si Sami Frey voulait bien me lire le bottin, je serais littéralement ravie). Le comédien maîtrise mal sa respiration sur les phrases longues, il a interverti des syllabes, confondu des pronoms personnels, en bref il n'avait pas correctement préparé sa lecture, passant d'un extrait à l'autre sans expliquer ses choix. Heureusement que les deux lectures suivantes ont été magnifiques. Bernard-Pierre Donnadieu, a lu des extraits de Nous ne sommes pas d'ici de Michel Le Bris, qui était à ses côtés. Les deux hommes sont amis et unis par une belle complicité (le comédien se tournant vers l'écrivain pour vérifier qu'il avait bien prononcé certains mots bretons) et Donnadieu a une voix vibrante et chaude qui magnifie un texte déjà sublime sur le vent. "Nos Bretagne à nous sont toujours intérieures" lit le comédien, et la salle, pourtant gasconne, vibre. Et c'est Bernard Giraudeau qui clôture la journée, avec des extraits de son dernier ouvrage, Cher Amour, qui décline l'autobiographie sur le thème du voyage, aussi bien géographique que temporel. Partie avec des réticences (on ne se refait pas), je découvre un texte épistolaire plutôt bien écrit, traversé d'histoires d'amour et de pointes d'humour, parfaitement incarné par le comédien, qui pour le coup justifie ses choix et commente son texte. Une excellente surprise.

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(Ma meilleure photo (oui, vous avez le droit de ricaner), et bien évidemment, ce n'est pas Lambert, j'en suis bien marrie, chers happy few, vous pouvez me croire.)

 

Côté conversations (car c'est le deuxième aspect du Marathon), nous avons assisté à des rencontres avec Lambert Wilson, sublime (of course), Bernadette Laffont et Jean-Louis Trintignant. Ces conversations ont souffert de l'indigence de la présentatrice/animatrice, Karine Papillaud (en orange sur la photo), qui avait manifestement très mal préparé ces entretiens. Elle a posé quasiment les mêmes questions beaucoup trop vagues aux trois comédiens et a trouvé le moyen de dire à Lambert Wilson que la lecture était un "art rudimentaire", ce qui, vous imaginez bien chers happy few, en a fait frémir plus d'un, Lambert le premier (oui, je l'appelle Lambert, deux rencontres en 15 ans permettent ce genre de familiarité, non mais). Heureusement pour le public, ces comédiens sont rompus à l'exercice et, même si les questions les laissent parfois perplexes (et franchement, il y avait de quoi), ils rebondissent avec facilité. Si l'entretien avec Lambert Wilson a beaucoup tourné autour du chant et de son rapport avec la musique (il sera d'ailleurs avec Kristin Scott-Thomas sur la scène du Théâtre du Châtelet à partir du 12 février pour six représentations de Little night music, une comédie musicale adaptée de Bergman (oui, moi aussi, ça me laisse dubitative, chers happy few), qu'il a qualifiée de "marivaudage dans la campagne suédoise" et il est en train de monter un concert qui devrait tourner à partir de décembre), celui avec Bernadette Laffont a été plus littéraire. Venue pour lire des extraits du Quatuor d'Alexandrie, de Durell, elle a parlé de ses pratiques de lectrice : elle n'achète que des occasions et cherche à retrouver d'anciennes émotions littéraires en relisant de vieux romans aimés, comme L'herbe du diable et la petite fumée de Carlos Castaneda, elle a une passion pour les biographies et les correspondances (celle de Flaubert en tête) et n'a pas aimé Harry Potter (au grand drame d'Erzébeth qu'il a fallu réanimer). De son côté, Jean-Louis Trintignant a émaillé ses réponses de citations de Boris Vian, a expliqué son amour pour la poésie (il ne lit pas de romans, "trop psychologiques"), a cité Aragon, Desnos et Jules Renard et a digressé sur les femmes laides, le tout avec une vivacité que ne laissait pas présager son arrivée de vieux monsieur. Un très bon moment.

 

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(Il paraît que certaines souriaient bêtement derrière le programme, je dis ça, je dis rien.)

 

Et comme nous sommes incorrigibles, nous avons fait un tour dans les tentes librairies installées place du Capitole, où nous sommes tombées nez à nez avec Emmanuelle Urien, qui dédicaçait ses ouvrages, et comme la chair est faible, hélas, et la PAL minuscule, j'ai acheté Tu devrais voir quelqu'un (n'y voyez pas une quelconque allusion à ma LCite aigüe, chers happy few) (de toute façon, je refuse de me soigner).

Au final, ce fut un très bon week-end, qui ne serait pas ce qu'il a été sans les copines, qu'elles soient parisiennes ou toulousaines, les discussions de haute volée (as usual) et les lasagnes au chocolat, qui, oui, sont toujours sur la carte 15 ans après. La pérénité de certaines choses ne laisse pas de me rassurer, chers happy few.

 

Les billets de Papillon (chez qui vous trouverez une photo des fameuses lasagnes) et Stéphanie.

Un grand merci à Elodie G., qui a rendu ce week-end non seulement possible mais extrêmement agréable. Girl, you're the best. Again.

EDIT de 20h10 : Suite à un affreux chantage, je suis obligée, à mon corps défendant, de rappeler une vérité vraie : Erzébeth est fabuleuse. Pas moins. Limite fantabuleuse. Voilà qui est dit, je me sens mieux.

13.06.2009

Pique-nique de la blogoboule, épisode 3

Pour ceux qui ont raté Books and the city saisons 1 et 2 comme pour ceux qui s'y sont follement amusé, pour ceux qui gardent un excellent souvenir des pique-nique des années précédentes comme pour ceux qui ne sont pas venus par timidité ou parce qu'ils avaient mieux à faire (encore que pour avoir mieux à faire que picoler tranquillement avec des blogueurs et des auteurs, il faut être appelé par le Docteur, pas moins) (oui, c'est la seule excuse valable, vous êtes prévenus), et surtout pour Ys, qui le réclame à cor et à cris depuis des mois, Caro[line] réorganise le fameux Pique-nique de la Blogoboule le dimanche 30 août 2009. Vous avez un blog ? Vous commentez sur les blogs de lecture ? Vous êtes cordialement invités à vous joindre à nous (oui, les irréductibles dont je fais partie en seront comme chaque année). Toutes les infos et les inscriptions se font sur le blog de Caro[line] : wanna join us, chers happy few ?

 

PS sans aucun rapport (eh oui, le fameux PS sans aucun rapport est de retour, chers happy few, je sais que vous êtes ravis) : je descends à Toulouse pour le week-end avec Caro[line], Papillon et Stéphanie : nous allons au Marathon des Mots où Lambert Wilson m'attend. Un billet à mon retour si vous êtes sages.

PSbis sans aucun rapport : aujourd'hui, sur La page littérature, un billet sur Garden of Love de Marcus Malte.

11.06.2009

Au vent mauvais

de pierre et de cendre.jpgAngleterre, 1898. Le jeune Samuel Godwin, étudiant en art, a été engagé par le très riche Ernest Farrow pour servir de précepteur à ses deux filles, la douce Juliana et la sauvage Marianne, respectivement âgées de 17 et 16 ans. Immédiatement séduit par la personnalité des deux jeunes filles, par l'amabilité de leur gouvernante, Charlotte Agnew, et par le charisme de Mr Farrow, le jeune homme tombe littéralement amoureux de la maison, Fourwinds, somptueuse demeure qui a la particularité de présenter sur ses façades une sculpture représentant les Quatre Vents, d'où son nom. Mais la façade qui devrait mettre en scène le Vent d'Ouest est nue, Marianne a des crises de somnanbulisme qui ressemblent à des épisodes de folie passagère, Juliana semble cacher quelque chose et leur mère, Constance Farrow, est morte dans des circonstances étranges. Que s'est-il réellement passé dans cette charmante demeure ?

De pierre et de cendre est un hommage affiché aux romans victoriens et gothiques, chers happy few, et qui à ce titre, en reprend ouvertement certains codes. Il débute comme La dame en blanc de Wilkie Collins : un jeune professeur de dessin arrive de nuit dans une grande propriété solitaire et il est confronté à une apparition, ici en l'occurence Marianne, qui tient un discours sans queue ni tête sur la disparition du Vent d'Ouest. S'enclenche ensuite une narration à deux voix (celle de Charlotte, la gouvernante, et celle de Samuel), parfois entrecoupée de lettres ou de récits menés par une tierce personne. Cette alternance des points de vue clairement matérialisée par les en-têtes de chapitres, permet d'instaurer un malaise qui de diffus au départ, devient de plus en plus pesant, l'écheveau du terrible secret de famille étant déroulé de manière quasiment parallèle par Charlotte (bien malgré elle) et par Samuel le bien nommé (Godwin=Good Wind) (et qui lui, mène volontairement l'enquête). Je ne peux rien dire de l'intrigue (car contrairement à une légende bien établie, je ne suis pas une spoileuse, non mais), mais elle est bien menée et l'atmosphère est particulièrement bien rendue, le cadre idyllique de ce coin de Sussex se révélant abriter beaucoup de souffrance ; on y retrouve des lieux communs propres aux romans gothiques, comme la demoiselle en détresse (qui n'est pas forcément celle qu'on croit), les figures masculines terrifiantes, le lac et son inquiétante profondeur, et les mystérieuses scènes de nuit, auxquelles s'ajoute une réflexion sur l'art, peinture et sculpture, qui parcourt le roman de manière très intéressante. A ce titre, j'ai commencé par pester contre la couverture du Livre de Poche, me disant qu'un tableau pré-raphaélite aurait été une bien meilleure idée, tant pour la période que pour les personnages (le tableau choisi date de 1909), avant de comprendre en cours d'intrigue le pourquoi de ce choix finalement pas si mauvais. Au final, si De pierre et de cendre n'est pas le roman du siècle, c'est un bon roman page turner, qui ravira les amateurs de littérature victorienne, de belles maisons et de secrets, et que vous pouvez emporter dans votre valise en toute confiance (ben oui, les vacances se profilent, non ?) (comment ça, pas pour tout le monde ?).

Linda Newbery, De pierre et de cendre (Set in stone), Le Livre de Poche, 380 pages, traduit de l'anglais par Joseph Antoine, 2006 pour la première parution, 2008 pour la traduction française et 2009 pour la présente édition (ce roman a d'abord été publié chez Phébus). Je trouve le titre anglais meilleur et plus parlant, by the way (ben oui, si je ne pinaillais pas, vous vous demanderiez ce qui m'arrive, chers happy few, ne niez pas, va, je sais tout).

Les billets des copines victoriennes : Cryssilda, Lilly (qui a été la première à me donner envie de lire ce roman et qui a manifestement contaminé tout le monde), Lou, Pimpi, Romanza.