19.11.2009

Si seulement, si seulement

lepassage.gifStanley Yelnats est envoyé dans un camp de rééducation pour adolescents pour un vol qu'il n'a pas commis. Le voilà sous l'infernale chaleur du soleil texan, condamné à creuser des trous d'1m50 de diamètre et de profondeur sous la terrible férule d'une directrice cruelle. On dirait bien qu'elle cherche quelque chose, la diablesse aux ongles carmins et venimeux, dans cette terre oubliée de tous où règnent les lézards à taches jaunes dont la morsure est mortelle.

 

 

Parce que je n'ai rien à lire, chers happy few, il m'arrive comme ça, par jeu, de m'inscrire à des livres voyageurs (mais avec parcimonie, quand même, parce que retenue is my middle name). C'est chez Emmyne que j'ai repéré ce titre et le moins que l'on puisse dire c'est que j'ai bien fait de céder (qui a dit "encore une fois" ? il y a des poètes moldaves qui se perdent) à la tentation, parce que ce petit joyau a marqué la fin d'une période de marasme lectural qui m'a semblée bien longue. Le passage est en effet un excellent roman jeunesse, inclassable, émouvant et drôle, qui raconte l'évolution d'un jeune garçon un peu naïf, peu gâté par la nature (son poids en a fait le souffre-douleur de ses camarades de classe), affublé de parents un tantinet rêveurs (son père passe son temps à tenter de mettre en place des inventions farfelues) et d'une malédiction familiale qui accable les Yelnats depuis que l'arrière-arrière-arrière grand-père de Stanley n'a pas tenu une promesse. L'histoire de Stanley est entrecoupée de celles de l'ancêtre en question et de Kate Barlowe l'Embrasseuse, célèbre tueuse de l'Ouest américain qui a vécu à l'endroit où se tient le camp. Ces trois histoires sont bien évidemment liées et permettront de conduire au dénouement, à la suite d'aventures ma foi tout à fait passionnantes. Une histoire d'amour, d'amitié, de serments qu'on tient avec plus d'un siècle de retard, où on accorde beaucoup d'importance aux odeurs de pieds et où on mange une quantité industrielle d'oignons crus est une histoire selon mon coeur, chers happy few.

 

 

Louis Sachar, Le passage (Holes), Ecole des loisirs, Médium, traduit de l'américain par Jean-François Ménard, 278 pages, 1998, 2000 pour la traduction française.  

 

Le billet d'Emmyne par qui ce roman est arrivé. Il est passé chez Bladelor, Liliba et Saxaoul.

Karine pour sa part n'a pas aimé du tout.

17.11.2009

Le colonel Moutarde en string léopard dans le jacuzzi

(oui, je sais, ce titre est affligeant, chers happy few, mais moins que le roman dont il est question ici) (je dis ça pour vous préparer à ce qui va suivre, car j'ai pitié de vos petits coeurs tout mous) (vous remarquerez aussi la présence subtile d'un jacuzzi dans ce titre ô combien raffiné car oui, j'ai décidé de convoquer l'esprit harlequinesque pour me donner le courage d'en rire)

 

crombie.jpg

Duncan Kincaid est superintendant à Scotland Yard. Comme il est totally overbooked malgré sa coolitude, il décide de prendre une semaine de vacances, comme ça, wildly, dans le Yorkshire, histoire de se ressourcer dans des paysages bucoliques, chabadabada. Mais hélas, comme on n'est jamais tranquille, les cadavres s'accumulent devant sa chambre. C'est pas grave, grâce à ses superpouvoirs, Duncan va résoudre cette faute de goût en 318 pages.

 

 

Il en va parfois des romans comme de l'histoire du tyran de Syracuse, chers happy few : c'est quand on croit avoir touché le fond qu'on découvre que le pire était à venir. Je pensais sincèrement avoir atteint une espèce de point de non-retour avec l'inénarrable Eclat du diamant, mais ce Meurtres en copropriété est à mon avis encore plus mauvais. Si, si, c'est possible.

 

Voici un roman terriblement désuet (en même temps, la couverture aurait dû me mettre la puce à l'oreille, chers happy few, my bad), à mi-chemin entre Agatha Christie et le Cluedo, mais sans la verve de la première ni le kitsch nostalgique du deuxième. L'intrigue est terriblement mal ficelée : dans une copropriété d'appartements achetés pour une semaine par an par des bourgeois un peu argentés, les vacanciers meurent les uns après les autres dans des circonstances un peu bizarres, qui électrocuté dans la piscine, qui assassiné à coups de raquette de tennis sur le court (oui, je pense aussi que c'est une arme avec laquelle il faut s'acharner, mais ne pinaillons pas)... Et bien évidemment tout le monde est suspect. Duncan mène l'enquête d'abord en parallèle de la police puis en collaboration avec elle, et je dois bien dire que c'est le pire flic que j'ai jamais vu : on a beau nous seriner toutes les deux pages qu'il est tellement brillant qu'il est superintendant alors qu'il a à peine trente ans mais il ne voit pas plus loin que le bout de son nez, n'interroge pas un témoin qui vient manifestement lui dire quelque chose de grave et a un coeur d'artichaut (toutes les femmes lui tournent la tête et elles le lui rendent bien, toutes énamourées dès qu'il apparaît dans une pièce) qui semble l'empêcher de penser droit. Les autres personnages ne sont pas mieux lotis, ils semblent tous concourir pour remporter la palme de la superficialité et de la platitude. Et comme ce roman, c'est Noël avant l'heure, s'ajoute à ça un style carrément épouvantable, rempli de redondances, de redites et d'explications vaseuses. Je vous donne un exemple pour la route, chers happy few, car je suis d'humeur partageuse :

 

"C'est peut-être pour ça qu'Eddie Lyle ne m'aime pas, dit Helen qui s'assit en face de Gemma après lui avoir servi du thé. Pour lui ce n'est pas très bien d'être irlandais. (Vous noterez la belle traduction. Y en a certains qui devraient réviser un peu leur petit Harrap's, je dis ça, je dis rien.) C'est un ancien militaire, même si ça ne se voit pas. (sic) Il a servi en Irlande du Nord et il méprise en bloc tous les Irlandais. Ou alors c'est parce que mon mari travaille pour l'entrepreneur. (Elle eut un petit geste circulaire qui englobait la résidence.) Je ne sais pas où il a appris à être aussi snob. Ses parents avaient un magasin de spiritueux dans la vieille ville [...]

Helen North était bavarde, et ses propos dénotaient une certaine malveillance envers Edward Lyle. il avait dû la traiter de haut comprit Gemma." (Non ? On remarquera la grande perspicacité de Gemma, et le talent fou de la romancière. Je suis littéralement bluffée, chers happy few.)

 

Un roman écrit avec les pieds et roulé sous les aisselles, dont la lecture est, vous l'aurez compris, vivement déconseillée.

 

 

Deborah Crombie, Meurtres en copropriété (A share in death), Le Livre de Poche, 318 pages dont la longueur est inversement proportionnelle à la densité, traduit n'importe comment par Anne Crichton, 1993 pour la première édition, 2009 pour la traduction.

Keisha est moins critique.

16.11.2009

A l'abordage, cacahouètes et potage!

larançondespirates.jpg2216, Angleterre. Enfin, ce qu'il en reste. Lily Melkun, 13 ans, est pêcheuse dans les Dix dernières contrées d'Angleterre, terres très pauvres du sud de feu le Royaume-Uni, soumises malgré elles aux raids des pirates et oubliées de l'état et surtout de l'Ecosse, devenue une super-puissance. Un jour, Lily rentre au village pour trouver ce dernier en émoi : les pirates de Medwin ont fait une razzia et non contents d'enlever Lexy, la fille du Premier Ministre qui vivait chez sa tante, ils sont assassiné la grand-mère de Lily. Seule au monde, Lily décide de fuir afin d'échapper au mariage auquel on veut la contraindre : elle se met en tête d'aller sauver Lexy des griffes des pirates en proposant une rançon qu'elle a dérobée chez la tante de la petite fille, un bijou qui parle... Les aventures commencent.

 

 

En 2008, The Times a organisé un concours d’auteur avec Barry Cunningham, l’éditeur d’Harry Potter, comme président du jury, chers happy few, dans le but de découvrir un nouvel auteur jeunesse. C'est Emily Diamand et sa Rançon des pirates qui a remporté le concours et donc la publication, avec cet ouvrage de SF post-apocalyptique qui décrit un monde ravagé par une catastrophe écologique sans précédent. Alors que les trois quarts de Londres sont sous les eaux et que la partie émergée de la ville est un marécage sans nom, l'Ecosse, elle, au-delà de ses frontières sévèrement gardées, est une nation puissante, qui, dit-on, aurait gardé quelques ordinateurs et quelques machines intelligentes d'avant la catastrophe, ce qui est formellement défendu aux habitants des Dix dernières contrées, et maîtrise les nouvelles énergies, ce qui lui assure une grande richesse. Comme toujours dans les romans post-apocalyptiques, l'humanité revenue à l'âge pré-technologique doit faire face à des menaces qui semblent surgies d'une époque révolue, ici les pirates qui ont mis en coupe réglée les rivages pauvres et qui livrent une lutte sans merci aux Anglais dans le but de prendre le pouvoir sur ce qui reste de l'Angleterre.

 

Avec son intrigue pas franchement révolutionnaire (une ado brave tous les dangers pour sauver une petite fille et se retrouve prise au milieu d'une intrigue dont l'ampleur la dépasse) qui enchaîne les rebondissements par à-coups (le début est très lent), ses personnages assez superficiels et son style très plat et un peu artificiel (notamment l'alternance des points de vue entre Lily et Zeph qui ne se justifie pas vraiment), La rançon des pirates est un roman qui s'adresse à mon avis à de très jeunes lecteurs (dès 9 ans) et qui ne m'a pas vraiment convaincue, chers happy few. Si on en croit Cunningham, qui se fend des traditionnelles louanges de 4ème de couverture (une habitude décidément détestable, mais cela n'engage que moi), Emily Diamand est un grand écrivain. Si c'est vrai, elle a une mauvaise traductrice.

 

 

Emily Diamand, La rançon des pirates, Michel Lafon, 371 pages, traduit de l'anglais par Nathalie Gouyé-Guilbert, mars 2009

Le billet de Mélanie, qui m'avait donné envie.

 

Et comme de nos jours on semble ne plus savoir écrire de one-shot et qu'on surfe allègrement sur la vague des séries à rallonge, il y aura une suite, qui sortira en Grande-Bretagne en 2010. (Oui, je suis en mode schtroumpf grognon en ce moment, j'assume.)

 

challengecrazy sf.jpg

Challenge Crazy SF

Catégorie Post-apocalyptique

1/3

(Toutes les informations sur ce Challenge sont chez GeishaNellie.)

15.11.2009

Nothing's permanent. Not even death.

Terry Gilliam est un cinéaste, chers happy few, qui occupe une place à part dans mon petit coeur tout mou de spectatrice, un cinéaste qui ne cesse d'interroger et de mettre en scène, dans une filmographie riche et cohérente, les pouvoirs de la fiction et l'influence de l'imagination sur la réalité, thèmes qui me fascinent et dont le traitement gilliamien, pour des raisons diverses et variées, me touche beaucoup, certainement parce que ses références sont en grande partie les miennes ; j'ai l'impression à chaque fois que je vois un de ses films de voir projetées sur écran certaines de mes pensées voire de mes obsessions (oui, c'est un peu flippant, je le reconnais bien volontiers, chers happy few, il me fait exactement le même effet que Philip K. Dick) (ne dites rien, je sais que ça vous fait peur tout d'un coup, mais je vous jure que je ne suis paranoïaque que les jours pairs). 

 

l-imaginarium-du-docteur-parnassus.jpg

 

 

Et son dernier opus, L'Imaginarium du Docteur Parnassus (The Imaginarium of Dr Parnassus), ne fait évidemment pas exception à la règle. Comment aurait-il pu en être autrement alors que ce petit joyau met en scène un individu (Docteur Parnassus/Christopher Plummer) dont le fondement même de l'existence est une croyance absolue dans la fiction ? "Les histoires tiennent le monde" dit-il au cours d'une séquence fabuleuse à celui qui remet cette croyance en question, le Diable en personne (Tom Waits), en cape de dandy et chapeau melon (on est chez Gilliam où les apparences sont toujours trompeuses, je le rappelle, et où l'habit ne fait jamais le moine). Fort de cette croyance, Parnassus accepte de parier avec le Diable (qui est très joueur, c'est là son moindre défaut) : s'il rallie 12 âmes aux pouvoirs de l'imagination, il aura l'immortalité. Hélas pour lui, il remporte le pari au terme d'un combat acharné, et il lui faudra quelques centaines d'années pour comprendre que le cadeau en question était empoisonné. Et parce que décidément l'être humain n'apprend jamais, il demande au Diable, par amour, de lui rendre momenténament sa mortalité, demande qui a un revers : il devra céder toute éventuelle progéniture à l'âge de 16 ans, au Démon. Naît alors Valentina (Lily Cole). Seize ans plus tard, le Diable vient collecter son dû...

 

Imaginarium-du-Docteur-Parnassus-20090721-09-maxi.jpg

 

L'Imaginarium du Docteur Parnassus est un film foisonnant, chers happy few, qui reprend avec bonheur et de manière personnelle le mythe de Faust (mais un Faust éminemment plus sympathique, qui a le pouvoir de permettre à chacun de trouver le bonheur dans sa propre imagination). Les décors sont extraordinaires, que ce soit la roulotte de Parnassus qui traverse comme un fantôme un Londres baigné de brume ou les fantasmes de chacun une fois franchie la porte de l'Imaginarium.  Comme souvent chez Gilliam, les personnages principaux sont des marginaux, par leur façon de vivre (ici des forains sans un sou, qui survivent tant bien que mal dans un monde où nul ne veut plus entendre d'histoires) comme par leur personnalité (un immortel, une jeune fille qui ment sur son âge, un nain, un enfant des rues, un homme recherché par la police et la mafia russe). Certaines scènes sont extraordinaires, d'une beauté formelle à couper le souffle, celle du pendu sous le pont ou du tango avec le diable en tête et comme toujours chez Gilliam l'humour n'est jamais loin, éclatant comme dans la scène des flics de comédie musicale ou affleurant sous la surface de la possible tragédie. Il est question dans ce film hors normes de miroir à traverser sous certaines conditions et de forêt des sortilèges, de rédemption possible, d'amour, de choix à faire et de libre-arbitre et surtout, du plus fabuleux pouvoir qu'il ait été donné à l'humanité : celui d'inventer des histoires. Et d'y croire.

 

L'Imaginarium du Docteur Parnassus (The Imaginarium of Dr Parnassus), de Terry Gilliam, avec Heath Ledger (décédé en cours de tournage, il est remplacé pour les scènes à l'intérieur de l'Imaginarium par Johnny Depp, Jude Law et Colin Farrell, car après tout, ne sommes-nous pas qui nous voulons être quand nous nous laissons aller à nos fantasmes ?), Christopher Plummer, Lily Cole, Tom Waits...

13.11.2009

Secrets de famille... mais en breton

la peine du menuisier.jpgLa narratrice, Marie-Yvonne, dernière enfant d'un couple déjà vieux, grandit dans la Bretagne des années 50, entre un père taiseux, une mère à moitié sourde et une soeur aînée folle. Toute sa vie, elle tente de repriser le fil de son histoire et de comprendre celle de sa famille, bâtie sur des non-dits qui sont autant de secrets.

 

 

N'y allons pas par quatre chemins, chers happy few, et disons-le tout net, La peine du menuisier de Marie Le Gall, n'était vraisemblablement pas une lecture pour moi et je l'aurais abandonné rapidement s'il n'avait pas fait partie de la sélection du Grand Prix Littéraire du Web, catégorie Premier roman. C'est un roman que j'ai trouvé ennuyeux et sans grâce, qui tente de retracer l'histoire de cette famille de paysans puis ouvriers bretons, à coups de réflexions et d'historiettes pour le moins décousues. Il y a de nombreuses longueurs et de multiples redites dans ce roman manifestement autobiographique (je ne m'étalerai pas là-dessus mais je suis un peu agacée par cette tendance qui veut que souvent les premiers romans soient ouvertement autobiographiques, franchement, people, get a therapist) qui tente de faire la part belle à la psychogénéalogie mais de manière tellement appuyée que ça en devient pénible (et la fin, ah la fin, m'a fait hésiter entre le rire et les soupirs). Rien ne m'a plu dans ce roman, ni l'atmosphère sordide de la Bretagne profonde et pauvre, ni l'histoire qui tient sur un timbre-poste, ni la relation entre cette fille et son père qui se passent à côté et encore moins le style, que j'ai trouvé très lourd. Une rencontre totalement ratée, donc, comme ça arrive parfois, chers happy few.

 

 

Marie Le Gall, La peine du menuisier, Phébus, 279 pages, 2009

 

Je suis la seule à avoir un avis négatif sur ce roman qui a déjà fait un bout de chemin sur la blogosphère. BellesahiCathulu, Cuné, LeiloonaLou, et Sylire ont toutes été bouleversées par ce roman (Stephie un peu moins). La preuve que je suis sans coeur, chers happy few.

challenge-du-1-litteraire-20091.jpg

 

 

 

 

Erzébeth, rassure-toi il n'y aura plus beaucoup de billets sur des nouveautés : à part La clé de l'abîme de Somoza et Histoire de mes assassins de Tejpal, je ne chroniquerai pas d'autres romans lus dans le cadre de ce prix. Pour ceux que ça intéresse, en vrac : je n'ai pas fini L'éclat du diamant, qui est un des pires romans qui me soit passé entre les mains dernièrement (il mériterait un billet rien que pour ses notes de bas de pages, qui m'ont fait hurler de rire, mais à ses dépens), Enclave est un roman page-turner sur un sujet assez intéressant mais hélas pas très bien écrit, Le grand exil est totalement sans intérêt (je me demande encore ce que ce roman est censé raconter, je dois être un peu dure de la comprenette, my bad), Conquistadors est extrêmement bien écrit et Les aubes écarlates m'a ennuyée au possible. Et comme je fais une overdose de nouveautés, j'arrête là (peut-être momentanément, who knows ?) le challenge du 1% littéraire 2009, que j'ai de toute façon déjà clôturé.

 

12.11.2009

Des nuages et des ombres

le livre des nuages.jpgTatiana est Mexicaine. Après une année passée à Berlin grâce à une bourse d'études, elle a décidé de rester dans cette ville qu'elle aime et déteste de manière égale, vivant de petits boulots. On lui propose un jour un travail de scribe : transcrire sur papier les pensées que le Docteur Weiss, historien de renom sur le déclin, a enregistrées afin d'écrire un livre sur Berlin. En travaillant pour lui, elle rencontre Jonas, un météorologue qui a une passion pour les nuages...

 

Je suis bien embarrassée pour vous parler de ce roman, chers happy few : il n'est pas mauvais mais il n'est pas bien bon non plus, ai-je trouvé, évoluant dans les eaux incertaines du "peut mieut faire". Il y a un côté appliqué dans l'écriture de Chloe Aridjis dont c'est ici le premier roman, et cette application peine du coup à tirer son histoire vers le haut (j'en profite pour dire un mot de la 4ème de couverture, écrite manifestement par quelqu'un qui n'a pas lu le roman, on y parle de "récits d'une grande poésie, même s'ils sont parfois très noirs", opinion que je ne partage absolument pas). L'errance circulaire de cette déracinée dans une ville étrangère aurait pu être intéressante et l'est d'ailleurs parfois, l'étrangeté qui peut exsuder de cette foide ville européenne à l'histoire troublée étant assez bien rendue par les yeux de Tatiana, qui s'est exilée pour de mauvaises raisons (elle fuit une famille envahissante), mais l'histoire n'est pas suffisamment dense pour emporter totalement l'adhésion et il y a trop de zones d'ombres dans l'intrigue pour satisfaire pleinement le lecteur. La personnalité de Tatiana, qui se laisse balloter par les événements, sans amis, sans amants et sans passions est pour beaucoup dans cette distance que j'ai ressentie : c'est un personnage fade et falot au contraire de Jonas, qui aurait mérité d'être le héros de sa propre histoire. Quant à Weiss, la troisième figure, il est trop caricatural pour être vraiment intéressant. J'ai bien aimé les passages sur le Berlin pré-1989 coupé par le mur, mais ils sont hélas bien trop brefs pour sauver tout le roman, qui, à l'instar de son héroïne, est brumeux et vague. Je ne suis vraiment pas emballée, c'est le moins que l'on puisse dire, chers happy few.

 

Chloe Aridjis, Le livre des nuages (Book of clouds), Mercure de France, 215 pages, traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Jean-Pierre Aoustin, 2009.

Lu dans le cadre du Prix des Chroniques de la rentrée littéraire, catégorie Premier roman.

Le billet de Leiloona.

challenge-du-1-litteraire-20091.jpg

11.11.2009

And the winner is...

Comme la plupart d'entre vous le savent, chers happy few, j'ai participé au Grand Prix littéraire du web, quasiment à l'insu de mon plein gré  (ceux qui ne me croient pas recevront un petit paquet surprise à base de Harlequin, aux grands maux les grands remèdes).

 

Lancé au mois d'août par deux passionnés, le site des Chroniques de la rentrée littéraire a réussi le pari un peu fou et ô combien excitant de chroniquer la quasi-intégralité des romans de la rentrée littéraire en faisant appel aux blogueurs. Pour ne pas s'arrêter en si bon chemin, ils ont décidé de créer un prix associé au site, le Grand Prix littéraire du Web : les internautes ont alors été invités à cliquer pour élire leurs romans favoris, ce qui a conduit à une sélection de 13 romans, lus par un jury de lecteurs non-professionnels (dont je faisais partie, donc, pour ceux qui auraient du mal à suivre en ce jour férié ou qui auraient bu un peu trop de champagne rosé avec leurs copines, non, je ne vise personne car je suis magnanime), qui en a primé 4.

 

Les nominés étaient (oui, on se croirait aux Oscars, mais où sont les sexy men en smoking, mmmh ?) :

 

Catégorie Premier roman :

Le Livre des nuages de Chloé Aridjis

L'homme de cinq heures de Gilles Heuré

L'invisible de Pascal Janovjak

L'éclat du diamant de John Marcus

La peine du menuisier de Marie Le Gall

 

Catégorie Roman français :

Enclave de Philippe Carrèse

Le grand exil de Martin Pavloff

La perrita d'Isabelle Condou

Conquistadors d'Eric Vuillard

 

Catégorie Roman étranger :

La clé de l'abîme de Somoza

Histoire de mes assassins de Tejpal

Les aubes écarlates de Leonora Miano

Le Livre des choses perdues de John Connolly

 

A l'issue d'un véritable marathon de lecture (avant de démarrer, je n'avais lu que le roman de Connolly, qui faisait partie de mon top 3 de l'année 2008), nous nous sommes réunis pour délibérer, expérience que j'ai vraiment beaucoup appréciée : il y eut des discussions passionnées, des accrochages, des entêtements (hélas pour moi, aucune tentative de corruption au champagne) et au final, après quelques heures de discussion, nous avons primé :

 

 

l'homme de 5 h.jpg

la perrita.jpgle livre des choses perdues.jpg

 

 

 

 

 

 

 

Et décerné un Prix spécial à : 

conquistadors.jpg

 

Et hier soir a eu lieu la remise des Prix, présentée par David Abiker. Etaient présents Gilles Heuré qui a expliqué la genèse de son roman et Isabelle Condou, très émue par cette reconnaissance du public.

 

Comme je vous aime bien, chers happy few, je vous mets le slide diffusé lors de la soirée, avec quelques avis des membres du jury sur les romans de la sélection (vous pouvez chercher les miens si ça vous amuse, mais je n'en ai pas écrit pour chaque roman) :

 

 

Au final, une expérience enrichissante, que je suis contente d'avoir partagé avec mes complices dans le crime, Leiloona et Stephie! Un grand merci à Rafael et Abeline, qui ont accompli un travail de titan et qui, paraît-il, seraient prêts à remettre ça en janvier... Quelle énergie, chers happy few!