13.05.2008

Des dangers de l'imagination

1851068515.jpg Emma Woodhouse est jeune, belle, intelligente et riche. Elle vit avec son père, l'hypocondriaque Mr Woodhouse, dans le petit village de Highsbury où elle règne avec gentillesse. Le seul problème d'Emma est qu'elle se trouve des talents de marieuse, qu'elle décide de mettre à profit pour organiser des unions entre les gens qu'elle connaît. Hélas, tout ne se passe pas comme elle l'espérait...


Figurez-vous, chers happy few, qu'en ces temps ensoleillés et de non-pont (car oui, j'ai travaillé vendredi dernier et je peux vous dire que ce fut particulièrement difficile), j'avais besoin de noyer mon chagrin professionnel dans autre chose que du Martini. C'est ainsi, qu'outre une sortie éminemment kulturelle pour voir Sexy Dance 2 (initiée par Stéphanie, je sais que ce n'est pas beau de dénoncer mais je le fais quand même, après tout, elle a fait le pont, elle), dont je ne saurais trop vous recommander la vision, tant le scénario va bouleverser votre vision du monde (au moins), j'ai eu envie d'une lecture-doudou, une lecture qui ne me bouscule pas et qui m'enchante (c'est la version plus kulturelle de la lecture-thérapeutique, qui me voit dans ces cas-là ouvrir une saga ou un Stephanie Plum). Et quoi de mieux dans ces cas-là qu'un Jane Austen ? Et en plus je me suis rendue compte que celui-ci, je ne l'avais jamais lu! J'ignore comment une telle chose a pu se produire : un moment d'égarement provoqué par un enlèvement alienesque, je ne vois que ça, chers happy few!


Bref. Et ? Eh bien, c'est un roman très intéressant, même si je lui ai trouvé un défaut (oui, je sais, c'est mal, attendez avant de me frapper à coup d'Orgueil et Préjugés que je vous expliquasse le pourquoi du comment, chers happy few) : il est un peu trop bavard à mon goût, il y a pléthore de dialogues et finalement peu de récit. Du coup, on se perd un peu dans les redites, mais, aussi étrange que cela paraisse, il y a un aspect très positif à cette construction : l'abondance de dialogues permet aussi de dessiner très finement les caractères des personnages qui appartiennent à ce microcosme anglais. L'histoire en elle-même tient sur un timbre-poste et ce qui est le plus intéressant, c'est finalement l'évolution d'Emma, qui va apprendre à ses dépens que la réalité ne peut pas se plier à sa vision de la vie. Elle voudrait qu'Harriet Smith fasse un beau mariage, sans tenir compte du fait qu'elle est une enfant illégitime abandonnée à la naissance et que la société ne lui permet pas de se marier en dehors de son milieu social supposé. Emma imagine qu'Harriet est la fille d'un noble, sans tenir compte des indices lui prouvant le contraire. Elle tire des plans sur la comète pour tout un chacun et ne voit pas ce qui crève les yeux de tout le monde (lecteur y compris) : la fatuité de Mr Elton, la noblesse de caractère de Robert Martin, l'idylle entre Frank Churchill et Jane Fairfax ou encore l'amour que lui porte Knightley. Si elle apprend au cours du roman à se méfier de son imagination débridée et à contrôler ses élans, il n'en demeure pas moins que la vision de la société proposée par Jane Austen est pleine de préjugés qu'il est impossible d'abolir : la noblesse de coeur d'Harriet n'est rien sans fortune et la nouvelle Mrs Elton, certes fortunée, est un comble de vulgarité, la pauvre Jane est contrainte de cacher son amour pour Frank faute de fortune appropriée et Emma épousera finalement le seul qui soit digne de son rang et de ses rentes... On est là bien loin d'Orgueil et Préjugés (20 ans séparent les deux romans), Emma mettant en scène des personnages prisonniers de leur rang dans une société figée où les codes sociaux apparaissent comme immuables. Le style, quant à lui, est toujours vif et ironique et les personnages sont fort bien campés (mention spéciale à Miss Bates, la vieille fille bavarde et à Mrs Elton, dont la vulgarité tape-à-l'oeil se révèle réjouissante).


Un fort bon roman, donc, chers happy few, mais je n'en attendais pas moins de cette chère Jane!


Jane Austen, Emma, 10/18 (traduit de l'anglais par Josette Salesse-Lavergne)


L'avis de Yueyin et de Cuné (grandes austenites devant l'Eternel)

Il s'agit d'un livre Lotobook, merci encore à Zag!


PS : à noter que je n'ai pas vu l'adaptation cinématographique avec Gwyneth Paltrow, ça ne saurait tarder.
PSbis : et vous, quelles sont vos lectures-doudous, chers happy few ? (oui, je sais, la curiosité aura ma peau)

08.05.2008

Un homme, une femme, chabadabada, chabadabada

1405957039.jpg Dahlia Arditi (rien à voir avec le comédien), est attachée de presse dans une célèbre agence de RP. Elle aimerait bien 1) prendre du grade 2) arriver à remettre à sa place l'insupportable Chloé de Lignan, sa chef et 3) trouver l'homme de sa vie, enfin, le retrouver : elle est persuadée que le mystérieux américain qui l'a sauvée d'une agression quelques mois auparavant a le potentiel nécessaire pour postuler...


Il y a des jours, chers happy few, où on a besoin de lire de la chick-lit, comme quand on veut célébrer à sa manière l'anniversaire du célibataire le plus convoité de la planète, celui-là même qu'Alinéa a séduit grâce à ses ragondins et son brushing ou avec qui Amanda déjeune tous les matins (elles sont fortes ces blogueuses, c'est incroyable), ou quand on a envie de lire des légéretés pour changer de Kant (ah, non, je ne lis pas Kant, au temps pour moi)... Et mon envie fut facile à satisfaire car Tonie Behar, pas rancunière pour deux sous, m'a très gentiment fait parvenir son deuxième roman (je n'avais pas vraiment aimé le premier), Coups bas et talons hauts. Et, autant le dire tout de suite, chers happy few, dans les cadres et les codes précis de la chick-lit (ou plutôt de la comédie romantique, pour employer l'expression de l'auteur), c'est plutôt une réussite.

L'intrigue, si elle n'est pas d'une folle originalité, est rondement menée, et on suit avec plaisir les tribulations de cette trentenaire en mal de reconnaissance, qui aime plaire et qui tient des listes des hommes qui l'entourent (il y a ceux sur qui elle peut compter pour un dîner, ceux à qui elle plaît, ceux qui lui plaisent, etc) et le procédé, jamais systématique, est plutôt drôle. Dahlia, petite brunette issue d'une famille où on ne sait pas s'exprimer sans hurler, entre une soeur coincée entre papa et maman, des neveux-tornades et des parents en pleine crise de couple (toute cette famille et les relations qu'ils entretiennent est d'ailleurs une réussite), est un personnage très attachant, qui manie la valse-hésitation avec brio. La "méchante" obéit aux règles du genre en étant tout ce qu'il faut : glaciale, manipulatrice, garce et sans scrupule et le personnage principal masculin, Adam Rosen le bel Américain, est exactement ce qu'on attend d'un héros de chick-lit : séduisant, séducteur, allure féline, sourire de loup et regard de braise... On en redemande! Le tout est servi par un style enlevé, qui s'est grandement amélioré depuis le premier roman, épuré et efficace, il y a pas mal d'humour, les lieux communs que sont les passages sur la mode, les créateurs et les lieux à la mode sont disséminés avec ce qu'il faut de parcimonie pour que ça ne tourne pas au catalogue et il y a même une allusion à Angélique, ce qui ne peut que me réjouir, évidemment, chers happy few!


Bref, on passe un très bon moment en compagnie de l'agence Bondy : de la chick-lit de qualité que je recommande vivement à ceux qui aiment le genre, chers happy few!


Tonie Behar, Coups bas et talons hauts, JC Lattès

PS : ce billet est dédié à George, donc, dont c'était l'anniversaire le 6 mai (oui, je sais, je suis en retard, mais c'est devenu une habitude, je ne voudrais pas y déroger, chers happy few!). Pour fêter comme il se doit cet événement intergalactique, je vous propose de vous procurer un film à sa gloire, comme Le retour des tomates tueuses, de sabler le champagne (oui, je sais, tous les prétextes sont bons pour se livrer aux joies de la dégustation du divin breuvage) ou de contempler une photo de lui. Celle-ci par exemple

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ou celle-là :

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Merci qui ?

07.05.2008

L'amour de l'Art

579905673.jpg En 1913, est exposée pour la première fois à Pittsburgh une toile de Heinrich Kürz, intitulée Un cabinet d'amateur et appartenant au riche brasseur d'origine allemande Hermann Raffke. Cette toile, qui comme toutes celles représentant un cabinet, reproduit de nombreuses toiles en miniature exposées sur les murs de ce fameux cabinet, connaît un succès démesuré...


Voilà un auteur que j'aime beaucoup, chers happy few (et pas uniquement parce qu'il se prénomme Georges) et ce Cabinet d'amateur, tout petit ouvrage de même pas 100 pages, est proprement fascinant. Partant de son intérêt pour ce genre pictural si particulier, Pérec bâtit une histoire toute de listes, d'énumérations et de mises en abyme où l'apparence et les faux-semblants jouent un rôle primordial, jusque dans la chute, puisque chute il y a. Pérec a avoué dans une interview radiophonique donnée au moment de sa sortie qu'il voulait écrire un roman qui lui permettrait de rester encore un peu dans l'univers de La Vie Mode d'Emploi et il a repris des éléments descriptifs de celle-ci et les a insérés dans les descriptions fictives de tableaux plus ou moins fictifs, attribués à des peintres célèbres ou à des écoles picturales. Ma lecture de La Vie Mode d'Emploi étant lointaine et floue, ce n'est pas cet aspect de l'histoire que j'ai trouvé le plus marquant. Il n'en demeure pas moins que cela ajoute au fabuleux jeu de miroir instauré par ce roman où le lecteur passe son temps à se demander si les descriptions qu'il lit sont réelles, inspirées du réel ou carrément fictives. De plus, les tableaux reproduits dans ce fameux Cabinet d'amateur (qui serait inspiré d'après certains universitaires de La Galerie de Cornelis van der Gest de Willem van Haecht, qui d'ailleurs se trouve être la couverture du roman), ne sont pas fidèles aux originaux qu'ils sont censés représenter, un détail infime ou carrément énorme variant à chaque représentation (et chaque tableau, par un jeu de mise en abyme très maîtrisé, étant reproduit plusieurs fois sur la toile, le personnage étant représenté face à un miroir qui reflète l'intégralité de la pièce). C'est donc à une réflexion sur l'image, sur sa capacité à tromper ceux qui la regardent, sur les renvois de tableau à tableau, sur les variantes infinies que l'on trouve autour d'un même thème que nous convie Pérec et c'est extrêmement intéressant, chers happy few!


Un roman que je recommande chaudement, chers happy few, même si (comme moi), vous n'y connaissez pas grand-chose en peinture!


Georges Pérec, Un cabinet d'amateur, Points

Le billet de Lunettes rouges, qui a beaucoup aimé et qui a lu le roman avec un oeil de connaisseur en Art et qui renvoie à des études très intéressantes sur la genèse de l'oeuvre.

PS : il s'agit d'un livre Lotobook : merci encore Géraldine!
PSbis : voici le fameux tableau qui aurait inspiré Pérec

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05.05.2008

Vous m'attendiez ?

Je sens poindre en vous, chers happy few, une espèce de contentement béat, dû à l'apparition sur votre écran d'un billet signé de moi-même (le tout bien sûr en toute modestie de ma part, évidemment, mais depuis le temps qu'on se fréquente, chers happy few, j'aime à croire que l'on se connaît un peu). Car, oui, me voilà de retour (enfin! diront les méchantes langues et les impatients) et je rassure tout de suite tous ceux qui m'ont envoyé des mails inquiets : je suis cette fois-ci, vraiment de retour, pas comme la fausse alerte de la semaine dernière, qui en a fait espérer plus d'un (ben oui, un et demi, c'est plus d'un, non ?). Et je suis sûre que quand vous saurez à quoi j'ai occupé mes vacances, vous me pardonnerez mon long silence. En effet, outre la visite surprise de George, que je n'attendais plus depuis notre rendez-vous manqué sur la croisette, j'ai profité de ces deux semaines pour repeindre un cinquième de mon appartement et en réaménager deux sixièmes (calculez, perdez-vous dans les comptes, chacun son tour de se bagarrer avec le mètre dérouleur, qui, pour la petite histoire, peut se révéler un objet extrêmemement nuisible, voire même une arme mortelle dans les deux mains gauches d'un être maladroit), transformer une grenouille en prince charmant (et je peux vous dire que le processus est finalement peu glamour), me rendre à Cabourg chez la charmantissime Cuné et ainsi révéler à la face du monde que oui, je porte des Converse (mais uniquement les jours de pluie et de visite en Normandie), me perdre en conjectures sur les options du GPS (pourquoi c'est une voix synthétique qui donne des indications (pas toujours fiables et souvent agaçantes) reste un grand mystère sur lequel devraient se pencher les fabricants de GPS : je suis persuadée que si c'était la douce voix de George qui susurrait "Turn left. What else ?", les ventes décolleraient prodigieusement), accueillir ma deuxième nièce, qui est so cute (et il y aura désormais une dédicace de plus à demander aux dessinateurs dans les Salons), retrouver dans mes placards des choses oubliées depuis des années et qui auraient gagné à le rester (ce qui me pousse toujours à me demander si je n'ai pas été victime d'une crise de folie passagère quand j'ai acheté ce boa en plumes / ces bottes en python doré / ce t-shirt à paillettes à la gloire du métro londonien) (rayer la mention inutile) (sauf que j'ai vraiment retrouvé tout ça dans mes placards, je sais c'est incroyable) et lire des monuments de la littérature mondiale comme Les chroniques d'une mère indigne (Caro[line] en a fait un billet tellement parfait que je me contente, paresseuse que je suis de vous y renvoyer, je sais c'est mal mais j'ai des excuses, je suis fatiguée par toute cette agitation) ou L'amour pour seule richesse, de Barbara Cartland (et que celui qui n'a jamais noyé sa fatigue et des neurones en berne dans la littérature rose me jette son premier Guillaume Musso), qui, comme vous l'imaginez aisément, chers happy few, est un véritable chef-d'oeuvre, si bon que j'ai failli le chroniquer pour vous, dans un élan d'invroyable générosité. Je me suis retenue in extremis, vous pouvez me remercier. (Cela étant, vous ne savez pas ce que vous avez raté, chers happy few. Il y avait bien longtemps que je n'avais pas ouvert un roman de Barbara Cartland et je me suis brusquement souvenu pourquoi en riant comme une folle devant la syntaxe approximative et les dialogues ahurissants de platitude. Mais j'ai appris plein de choses sur les héritières des domaines pétrolifères américains de la fin de XIX°, je me sens moins sotte.)


Bref, des vacances chargées, il était temps qu'elles se terminent pour que ce blog retrouve enfin une activité normale! Et vous, qu'avez-vous fait de beau, chers happy few ?

25.04.2008

"J'ai rêvé que le ciel dévorait la terre"

612363797.jpg Nord du Wisconsin, 1967. James, fils aîné d'une famille malheureuse sur laquelle le père fait peser sa violence, s'engage dans l'armée et part au Vietnam. Il laisse derrière lui un père ravi de voir son fils débarrasser le plancher, une mère maltraitée et déboussolée et un petit frère de 8 ans, Bill. Quelques mois plus tard, James est porté disparu...


Me voilà de retour, chers happy few, entre deux pots de peinture, pour vous parler de ce roman que j'ai trouvé magistral. C'est l'histoire âpre et douloureuse, à l'image de la terre aride sur laquelle vivent ces gens blessés, d'une famille qui vit dans la misère et la solitude à cause d'un père brutal, qui fait payer à sa femme et à ses enfants les conséquences d'une éducation terrible et de sa vie ratée. Incapable s'éprouver de l'amour pour ses enfants, il se réjouit du départ de James pour le Vietnam, pensant que cette expérience "lui apprendra la vie." Mais c'est la mort qui se trouve au bout du chemin de ce jeune garçon attachant, qui ressemble à Elvis, tireur d'élite, qui passait plus de temps chez les voisins que chez lui pour échapper à la violence paternelle et qui lit Mark Twain sous les bombes. Et c'est autour de la mort de l'aîné que vont se souder la mère et le deuxième fils, mort d'abord non-dite (il est porté disparu parce qu'on n'a pas retrouvé le corps mais tout le monde sait qu'il n'a pu survivre), qui plonge sa mère, la pathétique Claire, dans un abattement profond, dont ne la sortira que la nature, qui tient une place prépondérante dans la vie de ces personnages, qu'ils la rejettent ou qu'ils vivent en osmose avec elle. C'est un roman poignant sur le deuil et l'incapacité que les vivants ont à laisser partir les morts, sur la famille, qui survit et surmonte les épreuves malgré la béance laissée par le défunt, sur les secrets que chacun cache derrière sa porte et sur la guerre (les guerres même, puisqu'il n'est pas seulement question du Vietnam mais aussi de la Seconde Guerre Mondiale) et ce qu'elle fait aux hommes. C'est un roman où les douleurs se hurlent et se chuchotent et qui montre comment l'humanité va de l'avant, cahin-caha, parce que la survie est finalement inscrite dans ses gènes. La narration, à plusieurs voix et sur quatre décennies, permet d'entrer dans l'intimité des personnages et de révéler les failles qui existent en chacun d'eux et on ne peut qu'être profondément ému par ces destins brisés.


Un roman dense et bouleversant, chers happy few, que vous ne pouvez pas ne pas lire!


Mary Relindes Ellis, Wisconsin (The turtle warrior), Buchet-Chastel (traduit de l'américain par Isabelle Maillet)


Le très beau billet de Tamara que je remercie très vivement pour le prêt!
Le billet de Joelle (qui m'avait échappé, voilà qui est réparé)
Le site de l'auteur

PS : j'ai tellement aimé ce roman que je l'ai déjà offert!
PSbis : le titre de ce billet est emprunté à un poème de W.S Merwin, A l'abri des nouvelles au bord de la rivière, qui est en exergue du roman.

21.04.2008

Au coeur des ténèbres

128083097.jpg Tristan a 17 ans et il vient de perdre une de ses amies : elle s'est suicidée. Le père du jeune homme, Pierre, décide alors que le moment est venu de raconter à son fils un épisode terrible de sa propre enfance ; durant une nuit il couche sur le papier les événements horribles survenus durant l'été 80, dans le petit village breton où il a grandi.



Voilà un roman que j'ai trouvé terrifiant, chers happy few. L'histoire de cette bande de copains, qui vit dans l'insouciance de ses 11 ans, est particulièrement éprouvante. La petite bande, composée de 4 garçons et d'une fille, se soude en fin d'année autour d'un nouveau chef, le secret Maël, qui vient d'arriver dans le village avec sa mère, alcoolique et plus ou moins prostituée. Alors que les enfants jouent près d'un wagon désaffecté par un chaud après-midi, ils découvrent un cadavre atrocement mutilé. A partir de cette découverte, les événements s'enchaînent précipitamment : la peur plane sur le village et d'étranges phénomènes ont alors lieu (chien sorti tout droit des enfers, corbeau qui attaque les humains, scarabées géants et très nombreux qui fondent sur le village, obscurité qui se déploie dans la tête des gens...). Quand les enfants découvrent un deuxième corps, lui aussi mutilé (mais d'une autre manière), Maël leur parle alors du terrible Bonhomme Nuit, qui le poursuit depuis des années et qui réclame les âmes des enfants qui connaissent son existence.

Ce roman fantastique qui s'inspire d'une légende bretonne (réelle ou fantasmée, cela n'a guère d'importance), raconte l'histoire du passage à l'âge adulte qui pour ces enfants va se faire de manière atroce. On y trouve des éléments du roman d'adolescence traditionnel (la bande, la personnalité particulière du chef, les vacances sous le soleil, les jeux de groupe, la copine dont tout le monde est amoureux), habilement mêlés à des éléments fantastiques comme ce Bonhomme Nuit et tout ce qui s'y rattache, réécriture des croque-mitaines qui peuplent les contes. Je ne peux en dévoiler plus sous peine d'en dévoiler trop, mais sachez que, même si on comprend vite quels sont les tenants et les aboutissants liés à l'apparition de ce voleur d'enfants digne des cauchemars les plus terrifiants, le roman est fort bien construit (on assiste à une véritable escalade de la violence jusqu'à l'affrontement final qui est une des scènes les plus réussies) et tient le lecteur en haleine tout du long. J'ai beaucoup apprécié la vision de cet âge charnière, qui est celui de la pré-adolescence, des amitiés enfantines, de l'amour fraternel et l'arrière-plan typique des années 80 (Goldorak, Albator et les chevaliers Jedi sont au rendez-vous).


Un très beau roman sur l'enfance volée, chers happy few ; je ne peux que vous recommander de vous perdre dans sa noirceur...


Loïc Le Borgne, Je suis ta nuit, Intervista, collection 15-20


Il s'agit d'un livre-voyageur, parti de chez Lily, que je remercie encore pour cette belle découverte! Il est passé chez Clarabel, Rose et Amanda. Il s'envole à présent vers Emmyne!

PS : il s'avère que cette maison d'éditions appartient à Luc Besson, qui veut promouvoir la lecture auprès des 15/20 ans (d'où le nom de la collection) par des textes de qualité fantastiques ou de SF. L'âge indiqué par cette collection me semble d'ailleurs approprié : ce n'est pas un roman à mettre dans des mains trop jeunes. Pour en savoir plus sur cette collection, c'est ici.


19.04.2008

Tagada, tagada v'là la Tagathom!

Comme vous le savez certainement, chers happy few, Thom a décidé de lancer un tag nouvelle génération. Il l'a lancé simultanément (et d'un geste auguste) vers les blogueurs de musique et vers les blogueurs de livres. Et voilà qu'il me revient, envoyé par Alinéa, grande prêtresse es ragondins, connue pour ses relations torrides avec Brad Pitt, qui m'en a fait cadeau (mais sans Martini, la vie est injuste, chers happy few)!

Quid est ? vous entends-je vous demander (surtout au premier rang, car j'ai comme l'impression que les rangs du fond sont plus occupés à lire de passionnantes pipoleries sur la vie intime des auteurs du XIXème qu'à écouter ma douce voix).

Eh bien, puisqu'il faut tout vous dire, chers happy few, il s'agit de répondre aux questions posées par le précédent tagué, puis d'en rajouter une avant de relancer (toujours d'un geste auguste, y a pas de raison), le tag vers un autre blogueur qui n'en demandait pas tant (et qui se croyait bien planqué au fond de la salle à lire le courrier du coeur de Ok Podium) (comment ça, j'ai 30 ans de retard ?).


Comme j'arrive en troisième position, chers happy few, je vais donc répondre à 3 questions (quelle logique!)...


Question 1. On a tous un sosie quelque part. Quelqu'un qui nous ressemble un peu, tout au moins. Ou alors quelqu'un qui a fait penser quelqu'un d'autre à nous lorsqu'il l'a vu(e). Parfois, ça peut entraîner de lourds ressentiments. Si on me dit que je ressemble à Nicolas Sarkozy, par exemple, je pleure. Alors, à qui t'a-t-on déjà dit que tu ressemblais ? (Même de loin, ou de profil, ou philosophiquement parlant, ou pour déconner, rhoo !) (Question que l'on doit à notre Cuné nationale, qui en lançant la chaîne n'a répondu à rien, la coquine!) (Je dis ça histoire qu'éventuellement quelqu'un n'oublie pas de la taguer à son tour.) (Genre quand il faudra répondre à soixante-douze-mille questions.) (Oui, je sais, je suis diabolique.)

Bon, alors, ceux qui suivent ce blog depuis le début (d'accord, ils sont deux et demi), savent très bien qu'il y a dix ans, lors de la sortie du film qui a fait couler des litres d'eau en tout genre, on m'a prise à plusieurs reprises et un peu partout pour

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(pour répondre à la question qui vous brûle les lèvres, chers happy few, et que mes élèves de l'époque m'ont posée en toute bonne foi, Leonardo embrasse pas mal, il faut bien le reconnaître)

Bref.

Quelques années plus tard, alors que par une curieuse alchimie, j'ai pris les kilos que Kate Winslet a perdus (ce qui prouve, si besoin était, qu'il se passe d'étranges choses dans l'univers), j'ai appris grâce à ce sympathique site que j'étais en réalité le sosie de

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(loin de moi l'idée, bien évidemment de remettre en question ce logiciel qui me semble extrêmement fiable, isn't it ?)

Ai-je bien répondu à la question, chers happy few ?


Question 2. Qui va gagner la Nouvelle Star ? Naaaan, je déconne. La vraie question est : tu dois tuer la personne avec qui tu vis, comment t'y prends-tu pour ne pas te faire choper ? (nous remercions tous en choeur So pour cette question, mais comme elle a déjà été taguée, on ne pourra pas se venger, la vie est décidément mal faite, chers happy few!)

La Nouvelle Star sera gagnée par Cédric (le seul dont je retienne le prénom d'une émission à l'autre, je prends ça pour un signe). Sinon, pour tuer mon conjoint, j'opte pour une méthode qui ne laisse pas de traces : je le fais mourir d'amour, évidemment! (Comment ça, ça n'arrive jamais ? La littérature nous mentirait-elle depuis des siècles ? Ne peut-on finir par se consumer d'amour ? En oublier de boire, de manger, d'écouter des groupes de merde et de regarder la Nouvelle Star ?)


Question 3. Si tu devais être privée de l'un des cinq sens, lequel choisirais-tu ? Pourquoi ? (C'est là que je suis censée remercier Alinéa pour cette question, quand je pense que je lui ai prêté mes billes quand on était petite et que je ne lui disais pas qu'Alice Roy n'arrivait pas à la cheville de Fantômette pour ne pas la traumatiser, pfff, on n'est vraiment trahi que par les siens, chers happy few!)

Alors je dirais sans hésiter l'odorat : en être privée me rendrait bien service toute la journée (n'oubliez pas que je vis à Paris, que je prends le métro quotidiennement et que j'enseigne à des adolescents pour qui la découverte du shampoing n'a pas encore eu lieu)!


Bon, et ma question à moi, quelle va-t-elle être, chers happy few ?


Question 4. Quel titre dont tu as (un peu, beaucoup, passionnément) honte se cache dans ta bibliothèque ? (Je ris déjà de ce que vous allez être obligés de révéler, chers happy few, parfois evil is definitly inside me...)


Et, à qui vais-je refiler ces quatre fascinantes questions, chers happy few ? A qui ?


A Amanda!


Merci qui ?


PS : je remercie du fond du coeur un certain Joe D. pour le titre, c'est ma façon toute personnelle de me venger de Thom, à qui j'ai failli refiler ce tag, histoire qu'il boive jusqu'à la lie ce calice empoisonné, mais il vaut mieux qu'il lui revienne quand il y aura cent-quarante-douze questions... (et je vous invite très fortement à cliquer sur le lien, chers happy few, si vous voulez illuminer votre journée, enfin, chers happy few, sauf Thom)
PSbis : pour suivre le cheminement de ce tag, des deux côtés de la blogosphère, rendez-vous chez Mr Kiki, qui vous facilite la vie avec une merveilleuse Carte de la Tagathom! (on se croirait dans Indiana Jones, c'est fascinant)