Firmin est un rat. Il vit à Scolley Square, un quartier de Boston en passe d'être rasé, où il est né en 1960. Au soir de sa très courte vie, il raconte son histoire, celle d'un animal hors norme, car Firmin a des capacités humaines : il sait lire et il a passé sa vie dans une librairie, à dévorer les ouvrages...
Firmin, sous-titré Autobiographie d'un grignoteur de livres par la traduction (pourquoi avoir rajouté cette précision, encore un mystère épais comme le succès de Guillaume M.), est un roman qui avait titillé ma curiosité : pensez donc, l'histoire (littéralement) d'un rat de bibliothèque, pauvre être rejeté par ses frères et soeurs, mal nourri par sa pochtronne de mère et qui découvre très rapidement qu'il peut lire les livres au lieu de les manger, voilà qui s'annonçait des plus intriguants. Et alors ? vous demandez-vous, chers happy few curieux. Et alors, je ne suis pas convaincue, chers happy few, c'est le moins que l'on puisse dire.
Il y a des éléments assez sympathiques dans cette histoire, ne serait-ce que le postulat de départ ou la façon dont Firmin appréhende le monde qui l'entoure (il se cache dans les livres pour mieux accepter d'être rejeté par les siens qui le trouvent trop différent). Il fantasme sa vie, mélange ses lectures à ses souvenirs réels, s'imagine être un homme et vivre au milieu de ceux qu'il considère comme véritablement les siens, et c'est là que certaines choses m'ont déplu : tous les passages sur sa perversité, son penchant pour le vice, les films pornographiques et les jambes de Ginger Rogers sont malvenus et n'apportent rien au personnage (je n'ai jamais oublié qu'il s'agissait d'un rat et la scène finale avec Ginger, eew, chers happy few, il n'y a pas d'autre mot). Firmin est un geignard qui ne cesse de se plaindre, à tel point que, forte de certaines annonces initiales, j'attendais des rebondissements en pagaille, rebondissements dont on n'a jamais vu l'ombre de la moustache. Il n'y a presque pas d'histoire, tout tournant autour de la description assez redondante de ce quartier de Boston voué à la destruction, Firmin en fréquentant un tout petit périmètre. Et enfin, j'attendais beaucoup du rapport aux livres et à la littérature, or les quelques auteurs cités ne font pas du tout partie de mon panthéon personnel et je n'ai jamais ressenti aucune empathie pour ce rat-lecteur qui voue un culte à Joyce. Un roman qui ne mérite pas le ridicule bandeau dont Actes Sud l'a orné : "Si lire est ton plaisir et ton destin, ce livre a été écrit pour toi", clame pompeusement Baricco sur un hideux fond jaune fluo. On voit bien qu'Alessandro ne me connaît pas chers happy few.
Sam Savage, Firmin, Autobiographie d'un grignoteur de livres (Firmin), Actes sud, 199 pages, traduit de l'américain par Céline Leroy,