Paru aux éditions du Seuil en septembre 2011, Pour un humanisme numérique de Milad Doueihi, a de suite fait partie des quelques livres importants qui s’intéressent en profondeur aux rapports entretenus entre les nouvelles technologies, le numérique, les réseaux sociaux, l’individu et la société via notamment la question de la « culture ».
C’est d’ailleurs par ça que commence son essai et c’est aussi ce que je vous donne à lire ci-dessous. Grande chance pour nous que ce texte soit enfin disponible en numérique. Il est publié ici dans la collection Washing Machine dirigée par Hubert Guillaud.
Milad Doueihi y propose l’idée d’un « quatrième humanisme », celui du XXIe siècle, qui s’ajoute aux trois humanismes identifiés par Claude Lévi-Strauss : l’humanisme aristocratique de la Renaissance, l’humanisme bourgeois et exotique du XIXe siècle, et l’humanisme démocratique du XXe siècle.
Selon Doueihi, l’humanisme numérique émerge de la convergence entre notre héritage culturel complexe et une technique devenue un lieu de sociabilité. L’entrée dans l’ère digitale redistribue les pensées et les pratiques, adaptant la société à l’instantanéité et à l’accélération du rythme de la vie. Le numérique, loin d’être seulement un savoir technique, devient un langage poétique au service de la culture, permettant de créer une « civilisation numérique » et de propager de nouvelles formes de sagesse, tout en appréhendant le savoir hérité des humanismes précédents
L’auteur souligne que le numérique transforme profondément nos modes de sociabilité, notamment à travers les réseaux sociaux, qui redéfinissent les notions d’amitié, de popularité et de visibilité. Cependant, cette nouvelle sociabilité peut aussi engendrer des mécanismes d’exclusion, privilégiant la popularité à la diversité. Doueihi insiste sur l’importance de réfléchir à une histoire intellectuelle du Net, aux pratiques lettrées et populaires émergentes, et aux enjeux éthiques et méthodologiques liés à l’utilisation des outils
Enfin, Doueihi met en avant les notions clés d’échange, de partage, de circulation et de visibilité comme fondements de cet humanisme numérique. Il évoque également le « triomphe de l’espace hybride », où réel et virtuel s’entremêlent, et rappelle que le droit à l’oubli reste une faille majeure de la culture numérique. L’ambition du livre est donc de penser l’avenir des sociétés numériques en s’appuyant sur les outils de nos traditions humanistes, tout en intégrant les exigences des nouveaux supports, instables et mouvants