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06.11.2011
It is a truth universally acknowledged that a single romance novel heroine seeking a hero must be in want of a good...
... neurosis.
(Qu'alliez-vous imaginer ? Qu'elle était en quête d'un possesseur de Mighty Wand ? Aussi, oui.)

Love this cover. Of course.
Chez certaines, c'est le roman post-apo, chez d'autres une série télé américaine avec des ados qui poussent la chansonnette, chez moi, ce qui me sauve de tout, de la mauvaise humeur aux lavabos bouchés en passant par les accords non maîtrisés dans les copies de mes élèves, c'est la romance. Il faut dire que je suis mal partie dans la vie : lire Angélique, marquise des anges à l'âge de 13 ans, suivi l'année suivante d'Autant en emporte le vent (merci la bibliothèque maternelle), ça marque. Et pas seulement parce que j'ai développé un penchant pervers pour les hommes en cuir, ténébreux et taciturnes (Deeeeeean, viens me sauver !). Et ma (re)découverte du genre il y a quelques années (en 2008 pour être tout à fait précise, après des années d'abstinence) (il faut dire que je me suis enfilé l'intégrale des romans Harlequin de la bibliothèque municipale de ma petite ville de province pendant mes années lycée, ce qui a provoqué une légère overdose de "crinières de feu" et autre "virilité dressée") s'est faite de manière aussi désordonnée qu'enthousiaste*. J'ai découvert que la romance c'était bien plus qu'Harlequin, que bien longtemps on a traduit n'importe quoi n'importe comment (les championnes de la romance sont américaines, ce n'est pas un genre français, peut-être d'ailleurs serait-il temps de s'y mettre) et que certains auteurs avaient une sacrée plume. J'ai écouté les conseils des copines qui connaissent bien le genre, essayé de réfréner mon penchant à lire les séries dans le désordre et fait de belles rencontres (Julia Quinn et Eloisa James, si vous me lisez, je vous aime les filles).
C'est donc tout naturellement que j'ai lu Beyond heaving bosoms, The Smart Bitches' Guide to Romance Novel de Sarah Wendell et Candy Tan (2009, 291 pages), les créatrices du blog Smart Bitches, Trashy Books, qui est devenu un incontournable pour les amatrices de romances, tant pour le fond (elles ont lu un nombre incalculable de titres et leurs commentatrices aussi) que pour la forme, drôle et décalée.
Dès l'introduction, le ton est donné : avec beaucoup d'humour, Sarah et Candy rappellent quelques fondamentaux. La romance est un genre profondément décrié, évidemment par ceux qui n'en ont jamais lu ou qui ont lu un seul mauvais titre (doit-on vraiment redire qu'il en va de ce genre comme des autres, qu'il y a de bons et de mauvais romans, de bons et de mauvais auteurs ?) et la lectrice de romances est victime d'une attaque en règle de clichés : non, les lectrices de romances ne sont pas des vieilles filles ternes de plus de cinquante ans qui n'ont pas fait d'études, qui n'ont jamais vu un homme nu de leur vie et qui ont une tendresse particulière pour le tweed et les chats. Une étude américaine a prouvé que les lectrices de romances sont en majorité des femmes qui ont fait des études en général longues, qui ont des jobs intéressants et une vie sexuelle épanouie. Et la romance est un genre protéiforme, inventif, en perpétuelle évolution et réflexif.
Vous l'aurez compris, happy few de mon coeur angora, dès la page 9 j'étais conquise : non seulement Sarah et Candy disent ce que je pense depuis toujours mais en plus elles ont un penchant coupable pour la théorisation, ce à quoi j'aime me livrer dès qu'on me met une pinte en main ou qu'on me donne un public, autant dire effroyablement souvent donc. Leur Guide commence donc par une brève histoire de la romance (genre véritablement né dans les années 70) et démonte les codes de la romance Old Skool (par opposition à la romance New Skool, apparue dans les années 90) : des héros brutaux, des héroïnes ingénues pour qui l'histoire va se révéler douloureusement initiatique, une construction toujours identique... Autant de repères qui vont se perdre petit à petit pour faire place à plus de subtilité dans la psychologie des personnages et la construction des intrigues. Avec un humour ravageur (certains passages sont hilarants), Sarah et Candy catégorisent les héroïnes, des insupportables Too Stupid to Live (que l'on retrouve aussi fréquemment au cinéma, celles qui se jettent dans une allée sombre au lieu de se rendre dans la rue éclairée et pleine de monde) et Spoiled Hoyden of Historical Inaccuracy (ce sont celles qui m'énervent le plus, les suffragettes au pays des Vikings, les chefs d'entreprise du XVIIème siècle, mais ouvre un livre d'Histoire bordel ai-je envie de crier à l'auteur) aux Ingénue, Plain and strong et autres Smart-Mouthed Cynic (mes préférées, parce qu'elles ont la langue bien pendue). Elles livrent leur Top Ten de leurs héros préférés et analysent l'évolution du fantasme masculin en donnant les 10 règles d'or de la construction d'un bon héros de romance (un Alpha, intelligent, solitaire, dur de partout, chevelu, expert en quelque chose quel que soit le domaine, amant infatigable et éblouissant, hétéro jusqu'au bout de ses bottes and beyond, animé par une colère venue d'un trauma de jeunesse et résolument moderne dans son comportement, même s'il vit dans un château écossais en 1235). Une large part est faite à la place du sexe dans les romances (qui occupe deux bons chapitres et demi) et la partie théorique s'achève avec une analyse des couvertures, qui ont longtemps participé à la très mauvaise réputation du genre (cette tendance semble tirer à sa fin, thank Goodness for sensible editors). Sarah et Candy mêlent habilement à leur réflexion des extraits d'interviews et des passages d'autres études sur le genre, le tout avec une plume très alerte et n'oublient jamais, au-delà du relevé des clichés de rappeler que c'est un genre qui mérite d'être défendu, pour ce qu'il met en scène comme sous-texte (place de la femme dans la société, réflexions politiques, subversion) ou pour la qualité de la plume de certains auteurs (je rappelle pour ceux qui me lisent mal que certains romans publiés dans cette catégorie sont de sacrément bons romans).
Seuls bémols : même s'ils sont bien fichus, les chapitres Choose your own man titty (une romance dont vous êtes le héros) et Write your own romance m'ont paru dispensables et j'aurais bien aimé que les auteurs donnent plus de titres (je n'en ai noté que 17, ce qui est une petite moisson je trouve) (non, ça ne veut pas dire que j'ai déjà lu tout le reste bande de mauvaises langues) et proposent plus de Top (je suis une obsédée des listes, shame on me). Mais c'est bien tout ce que j'ai à reprocher à ce Guide drôlatique, bien construit et extrêmement documenté. Romance powaaaaa.
Merci Chi-Chi pour le prêt ! (J'ai bien mis des notes partout, je suis une élève disciplinée. Mes post-it sont jaunes. Et nombreux.) (Son billet ici.)
* en même temps, je n'ai jamais arrêté vraiment d'en lire puisque je lis de la bit-lit, qui rentre dans la catégorie romance fantastique.
Challenge Lu en VO
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12:16 Écrit par fashion dans Challenge Lu en VO, Essais, Romance | Lien permanent | Commentaires (22) | Envoyer cette note