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31.07.2011

Elantris - Brandon Sanderson

La semaine dernière, chers happy few, j'ai décidé qu'il fallait ab-so-lu-ment (traduction : tout de suite là maintenant sinon je retiens ma respiration) que je lise Fils-des-Brumes de Brandon Sanderson, auteur dont je n'avais évidemment jamais entendu parler jusqu'à ce jour (non, je ne suis pas une femme à lubies, la preuve, je n'ai mangé que trois fois du gâteau à la myrtille ces cinq derniers jours, avouez que tant de maîtrise de soi vous laisse rêveurs, hein ?). Bon, comme le monde est imparfait, hélas (sinon, il y a longtemps que je me serais réveillée avec le corps de Jennifer Garner) (mais pas dans le lit de Ben Affleck non, non, non, ouh la, je sais que j'ai un bad karma mais pas à ce point), je n'ai pas trouvé cette trilogie en librairie (en fait, si, mais uniquement les tomes 2 et 3 et je voulais, de manière tûtafètement étrange, je vous le concède, commencer par le tome 1, une de mes tendances psychorigides, certainement). Je me suis donc rabattue sur un autre roman de Brandon Sanderson, qui traînait là, seul et abandonné et criant mon nom :

 

 

elantris.jpgElantris.

 

La couv' n'est pas vilaine, le résumé assez alléchant et Orson Scott Card (love sur lui pour huit générations trois quarts) s'est fendu des incoutournables praises (auxquels je ne crois jamais mais la chair est faible, hélas, et la PAL minuscule) : j'ai donc, dans un accès de pitié, emporté avec moi ce petit roman (de presque 800 pages quand même), que je vais résumer pour vous, car je ne vis que pour votre bonheur et votre kulture, happy few de mon coeur.

 

 

Il y a dix ans, la sublime cité d'Elantris, habitée par des demi-dieux à la beauté surhumaine et aux talents aussi divers que variés, s'est effondrée, frappée par une malédiction, le Réod : ses habitants sont devenus des cadavres ambulants et la ville a été recouverte d'une épaisse couche de vase, qui engloutit tout sur son passage. Cette catastrophe a touché toute la région, l'Arélon, car les habitants des villes environnantes vivaient de la magie des Elantriens, qui fournissaient à tout le monde nourriture, soins et confort. Après une période d'émeutes, Iadon, un riche commerçant, a pris le pouvoir et mis en place un système de gouvernement féodal avec nobles et serfs. Son fils, Raoden, doit épouser Sarène, fille du roi du royaume voisin, le Téod. Mais quand cette dernière arrive en Arélon, on lui annonce la mort subite de son promis : ce qu'elle ne sait pas, c'est que Raoden a été victime du Shaod, qui, au hasard, transforme certains Arélois en Elantriens. La jeune femme décide de rester quand même en Arélon et se mêle de politique, afin de déjouer les plans de Hrathen, un prêtre dérethi envoyé par le Wyrn, Empereur du royaume Fjordell pour convertir et soumettre l'Arélon...

 

Il y avait là matière à un bon roman de fantasy, chers happy few, si Sanderson n'était pas tombé dans quelques travers que son éditeur aurait facilement pu lui éviter. Elantris est clairement trop long d'au moins 300 pages, à cause d'informations et d'actions inutiles qui conduisent au délayage narratif : il y a par exemples trop d'allées et venues des personnages, trop de dialogues inutiles et trop de révélations inutilement retardées (quand le lecteur sait quelque chose que les personnages répugnent à avouer sans aucune raison valable pendant cent quarante pages, c'est juste insupportable). La construction est maladroite (le point de vue des chapitres alterne de manière systématique entre Raoden, Sarène et Hrathen, avec une mauvaise maîtrise du découpage chronologique ; les actions sont parfois concomittantes, parfois espacées de quelques heures ou de quelques jours) et le style très plat, parfois même répétitif. Les personnages sont manichéens en diable, le couple formé par Sarène et Raoden semblant tout droit sortie d'un roman à l'eau de rose (« oh, je ne suis pas à ma place, j'en ai assez de ne pas être aimée parce que je suis supérieurement intelligente et que je suis grande et belle dans cette société machiste, je finirai vieille fille bouhouhouhouhou » « et moi, je suis grand, fort, beau, intelligent, optimiste, généreux, populaire et chevelu et je ne me laisse jamais abattre et je vous trouve belle, merveilleuse femme intelligente que vous êtes, nous formons un couple tellement bien assorti, venez chabadabader sous la lune avec moi »). C'est bien dommage, parce que certaines idées, correctement développées, étaient intéressantes, notamment cette maîtrise de l'AonDor, ces espèces de runes, qui utilisées correctement transforment la matière et la guerre de religion à laquelle se livre le Wyrn avec férocité (mais là encore, le personnage de Hrathen, qui avait tout pour être un personnage complexe et torturé, perd de sa force à cause du manque de densité dans l'écriture). Et dire qu'apparemment Sanderson prépare une suite... Il a intérêt à se munir d'une paire de ciseaux.

 

 

Brandon Sanderson, Elantris (Elantris), Le Livre de Poche, traduction Pierre-Paul Durastanti, 798 pages, 2009 pour la traduction française, 2005 pour la première parution en VO

28.07.2011

« J'ai un ange gardien. Il me protège des tempêtes, des éditeurs véreux et des maris jaloux. »

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Malgré mes années de lecture science-fictionnesques (ou plutôt mythique-fictionnesques, pour reprendre un des personnages du Monde de Campbell), le nom de Paul Di Filippo n'avait jamais croisé ma LAL, ni ma PAL, ni aucune partie de mon cortex cérébral droit, c'est affreux, je sais, vous êtes choqués. Il aura fallu la préparation de la deuxième édition du swap au long cours 2011 pour que je découvre son existence avec sa Trilogie steampunk (non Karine, je ne l'ai pas lue, puisque je ne l'ai pas trouvée, respire) (car oui, notre deuxième thème est Steam under the covers, un thème qui allie donc la littérature steampunk et... les couvertures, avouez que vous aviez bien évidemment deviné ça en lisant l'intitulé du swap et que vous voyez le lien évident entre les deux) (non ?) (parce que nous en fait, on cherche encore) (mais mollement, entre deux cocktails). Aussi, lorsque chez le bouquiniste l'autre jour j'ai vu ces Pages perdues, je n'ai fait ni une ni deux et j'ai embarqué ce petit recueil de nouvelles pour la délirante somme de 2 euros (oui, je suis comme ça, moi Madame, prête à me ruiner pour la culture) (et j'ai découvert que cet ouvrage, manifestement épuisé, se négociait relativement cher sur le net).

 

Pages perdues est un recueil de 9 nouvelles qui ont toutes le même postulat de départ : et si les auteurs connus et que nous aimons tous (enfin, certains plus que d'autres) avaient eu une autre vie ? Et si Kafka avait été un vigilante ? Et si St Exupéry avait permis au monde dévasté par un fléau d'une ampleur apocalyptique de survivre ? Et si Philip K. Dick avait été un quincailler exécuté pour atteinte à la personne du Président des Etats-Unis et dont la mort avait changé le cours de l'histoire ? Et si Robert Heinlein était à l'origine du peuplement par les Terriens de toute la galaxie ?

 

L'introduction de cet excellent recueil, qui se présente comme un texte du Dr Josiah Carberry (canular de grande ampleur dans les années 30 aux Etats-Unis, cet éminent spécialiste de psychocéramique n'ayant jamais existé), qui explique comment la SF a été assassinée par une série de mauvais romans et dont le coup du sort fut la sortie d'un film d'avant-garde, Close encounter of the Star wars kind, une histoire classée X et tournée par deux inconnus, George Lucas et Steven Spielberg, « une farce répugnante », place tout le recueil sous le double signe du décalage ironique et de la multi-référentialité. En effet, le lecteur reconnaîtra de nombreuses allusions et références aux oeuvres des auteurs ainsi mis en scène dans des histoires résolument SF (Di Filippo allant jusqu'à reprendre l'univers de chacun de manière ma foi assez brillante) (à cet titre, Linda et Phil, la nouvelle consacrée à Philip K. Dick est juste parfaite). Un ouvrage en forme d'hommage , profondément original et réjouissant.

 

Paul Di Filippo, Pages perdues (Lost pages), Folio SF, 252 pages, 2002 pour la traduction française, 1998 pour la première parution en VO, divers traducteurs qui ont fait un énorme boulot d'éclaircissements de toutes les allusions culturelles américaines qui pourraient échapper au lecteur français.

27.07.2011

Soirée sushi - Agnès Abécassis

siorée sushis.jpg(Dieu que cette couverture est laide.)

Trois copines (dont j'ai déjà oublié les prénoms) se retrouvent pour une soirée sushis : elles sont célibataires, divorcées et/ou fraîchement larguées, ce qui fait des hommes une conversation de choix pour accompagner le saumon cru et le wasabi.

Je ne lis pas souvent de romans de chik-lit, chers happy few, je préfère la bonne vieille romance en jupons à l'américaine (je suis comme ça, old fashioned), mais ce roman était déjà dans le Reader que m'a prêté Caroline et comme la curiosité a déjà eu ma peau il y a belle lurette, je n'ai pas résisté, ayant lu ici et là des avis fort élogieux sur ce petit roman.

Hélas pour moi, pas de miracle : entre l'absence d'histoire (l'héroïne dont le prénom va peut-être me revenir d'ici la fin de ce billet se rend compte qu'elle est forte aussi toute seule même si elle aimerait bien rencontrer de nouveau un homme avec qui partager sa vie de maman solo, la copino-voisine esthéticienne redécouvre les vertus de l'amour maternel et la copine astrologue celles de l'épanouissement personnel) et les clichés égrenés comme autant de perles de sagesse tibétaine (ouais, d'abord, peut-être que vous aussi, les filles, vous avez des défauts et que ce n'est pas que la faute des hommes s'ils se comportent comme des porcs en rut) (trois poncifs et demi ont été violemment maltraités dans cette parenthèse, j'en suis navrée), je n'ai fini ce roman que parce qu'il est très court, en regrettant tout de même qu'Agnès Abécassis (qui, je le sais, se contrefiche de mon opinion, ce qui ne va pas m'empêcher de la donner) ne mette pas son sens de l'humour (car elle en a, oui, parfois quelques phrases font mouche) au service de quelque chose de plus consistant que ces quelques makis (oui, je sais, elle est facile).

Agnès Abécassis, Soirée sushi, Le livre de poche, 179 pages, 2011 pour la version poche

Rebecca ! L'héroïne (et narratrice) s'appelle Rebecca ! Alzheimer : 0 / Fashion : 1

26.07.2011

Une histoire sans nom - Jules Barbey d'Aurevilly

une histoire sans nom.jpg(N. B : Je n'ai pas lu l'ouvrage disponible dans la collection Folio, qui propose quatre nouvelles de Barbey mais uniquement Une histoire sans nom dans sa version numérique.)

Mme de Ferjol, veuve depuis des années, mène une vie de recluse dévote avec sa fille, Lasthénie, dans un village perdu et étouffant des Cévennes. Comme tous les ans au début du Carême, les deux femmes accueillent pour quarante jours un prédicateur de passage, le moine capucin Riculf dont la forte personnalité et le magnétisme animal les effraient toutes deux. Après son départ, la jeune fille sombre dans une langueur inexplicable dont sa mère finit par découvrir l'embarrassante cause.

Roman aussi oppressant et sombre que le décor dans lequel il prend place, Une histoire sans nom met en scène de manière aussi poignante que tragique l'innocence martyrisée face à la folie meurtrière d'une mère à la fois juge et bourreau, soutenue dans son hystérie par une foi dévorante. Si la figure du moine, seul mâle de cette histoire, fait peser sur tout le roman sa présence maléfique (la servante veut même faire venir un prêtre exorciste pour réparer le mal qu'elle pressent qu'il a fait), c'est bien le couple mère/fille qui est le point central de ce roman terrible. Mme de Ferjol est une femme avant tout épouse qui ne s'est jamais remise de la mort de son mari, pour lequel elle s'est littéralement enterrée (dans les Cévennes d'abord puis sous les voiles de son veuvage, porté beaucoup plus longtemps que nécessaire) et qui fait peser sur sa fille la toute-puissance de cet amour qui exclut toute bienveillance maternelle. Femme toute entière tournée vers un Dieu sans miséricorde (elle applique strictement les principes jansénistes), elle mène à sa pauvre fille une guerre sans merci, sans donner un seul instant à cette angélique figure l'occasion même de tenter de comprendre ce qu'il s'est réellement passé dans cette lugubre demeure. Et la révélation finale, si elle satisfait le lecteur attendri par le sort pitoyable de Lasthénie, n'en rend les actions de Mme de Ferjol que plus terribles. Un excellent roman, comme toujours avec Barbey.

Barbey d'Aurevilly, Une histoire sans nom, 1882, 187 pages dans sa version numérique

A noter que l'héroïne de ce roman a donné en 1967 son nom à un trouble psychiatrique : il s'agit de patientes qui cherchent à se provoquer une anémie par des saignements volontaires.

25.07.2011

Le cousin Henry - Anthony Trollope

trollope_le_cousin_henry_large.jpgSi vous voulez lire ce roman dans sa traduction française, chers happy few, vous en serez réduits à le télécharger dans sa version numérique (et dans une traduction qui date de 1881) car il semblerait que ce classique de la littérature britannique, dont il existe un nombre conséquent d'éditions en anglais ne soit absolument pas réédité en français depuis des lustres.

Et c'est bien dommage, croyez-moi.

Le cousin Henry est un court roman psychologique qui réussit l'exploit de maintenir tout du long l'intérêt du lecteur dans ce qui n'est pourtant qu'une banale histoire d'héritage. Indefer Jones est un riche propriétaire terrien gallois sans héritier. Homme droit et scrupuleux jusqu'à l'excès, il atermoie depuis des années quant à la teneur de son testament : doit-il laisser ses biens à Isabel, sa nièce adorée qu'il élève comme sa fille depuis une dizaine d'années ou à Henry, un autre neveu qu'il déteste cordialement mais qui présente l'indéniable avantage d'être un homme, dans cette société anglaise qui privilégie depuis des siècles par toute une série de lois et de coutumes l'héritage des mâles ? Jones hésite et finit par mourir en laissant ses biens à Henry. Mais ses dernières paroles et le témoignage de deux de ses fermiers indiquent qu'il a rédigé in extremis un testament qui lègue ses biens à Isabel. Mais malgré des recherches approfondies, le testament reste introuvable.

Inutile de s'attendre à un roman à suspense, chers happy few : il n'est ici jamais question de course au testament (le lecteur sait tout de suite où il se trouve) mais d'une très fine analyse psychologique des ressorts à l'oeuvre dans l'âme humaine quand il est question d'héritage. Nul ne sort grandi de cette affaire, que ce soit les fermiers qui ont pris en grippe Henry sans véritables raisons, le journaliste Evans qui use de moyens bien peu honnêtes pour faire sortir la vérité au grand jour, Isabel, dont la droiture morale se confond vite avec un orgueil aussi démesuré que mal placé ou encore Henry, dont la lâcheté molle l'empêche de prendre une quelconque décision que ce soit, le maintenant dans les limbes de la veulerie sans en faire ni un cynique manipulateur ni un honnête homme. Trollope disait avoir voulu écrire avec Le cousin Henry une étude plus qu'un roman. Il est brillamment parvenu à réunir les deux.

Henry Trollope, Le cousin Henry (Cousin Henry), traduction Honorine Martel, 186 pages, édition numérique disponible (entre autres) ici.

24.07.2011

A la pointe de l'épée - Ellen Kushner

à la pointe de l'épée.jpg(Où, pour une fois, je recopie la quatrième de couverture, car je ne suis que paresse et langueur.)

Richard Saint-Vière est le plus fameux des tueurs des Bords-d'Eau (bon, ce n'est pas un tueur selon la définition courante), le quartier des pickpockets et des prostituées. Aussi brillant qu'impitoyable (c'est surtout qu'il aime exceller, l'adjectif est mal choisi), ce dandy scandaleux (bof, il est bisexuel mais dans cette société il est loin d'être le seul) gagne sa vie comme mercenaire en vendant ses talents de bretteur au plus offrant, sans trop se soucier de morale (il ne vend pas ses talents au plus offrant mais à celui qui lui propose le plus beau défi, il ne fait pas les mariages, les femmes et les duels au premier sang, il n'aime pas non plus les cibles faciles). Mais tout va se compliquer lorsque, pour de mystérieuses raisons (pas si mystérieuses que ça pour le lecteur avisé), certains nobles de la Cité décident de se disputer ses services exclusifs ; Saint-Vière va alors se retrouver au coeur d'un inextricable (n'exagérons rien) dédale d'intrigues politiques et romanesques (sentimentales aurait été mieux choisi) qui pourraient bien finir par lui coûter la vie (ce dont il n'a cure)...

 

On pourrait croire en lisant mes parenthèses, happy few de mon coeur d'angélique, que je n'ai pas apprécié ce roman, mais mes sarcasmes ne s'adressent qu'à celui ou celle qui a rédigé cette quatrième de couverture et en aucun cas à ce roman fort original et bien troussé qui m'a beaucoup plu : la preuve, alors qu'il était sur ma LAL depuis le billet de Chimère il y a de cela presque trois ans, il n'a fait qu'un séjour de quelques heures dans ma PAL, ce qui est quand même la marque d'une insigne faveur (et ce ne sont pas les romans qui y traînent depuis neuf ans qui vous diront le contraire).

A la pointe de l'épée, joliment sous-titré en français Un mélodrame d'honneur, est un roman qui emprunte quelques codes aux romans de cape et d'épée mais les détourne avec indolence pour être au final un beau roman psychologique. Dans une société imaginaire assez fortement hiérarchisée où les nobles gouvernent avec mollesse du haut de la Colline des Bordiers qui ne semblent pas se soucier plus que ça de leur condition peu enviable, les bretteurs ont une place à part : engagés pour laver l'honneur de nobles qui ne savent pas se battre, ils sont soumis à un code strict qui fait d'eux des artistes et non des assassins. Dans ce monde où la politique semble n'intéresser pas même ceux qui sont censés en faire profession, les intrigues de couloir et les complots de cour se déroulent de manière relativement compliquée mais alanguie entre deux bals et le pauvre Saint-Vière se retrouve malgré lui au coeur d'une machination visant à défaire l'homme qui gouverne le Conseil des Lords. Mais Saint-Vière, s'il ne se soucie ni de politique ni de gloire, est un homme d'honneur qui ne se laisse pas manipuler. Personnage attachant et original, à la fois complexe et droit, Richard n'est pas le moindre intérêt de ce roman, qui, sous des dehors policés, met en scène des êtres humains gouvernés par des passions pas forcément avouables qu'ils dissimulent sous leurs manchettes en dentelle et leurs sourires courtois. Si on ajoute à cela un style ciselé, on obtient une oeuvre des plus intéressantes.

Ellen Kushner, A la pointe de l'épée (Swordspoint), Folio SF, traduction Patrick Marcel, 410 pages, 2008 pour la traduction française, 1987 pour la première parution en VO.

Les billets de Chimère, Kali, Lhisbei...

23.07.2011

"Elle entretient sa superbe silhouette en tirant vigoureusement des conclusions hâtives."

glen.jpgGarrett est détective privé à Tonnefaire, la ville gigantesque et pas forcément bien fréquentée où se côtoient les elfes, les trolls, les humains et les autres. Un matin, une sublime blonde aux longues jambes et aux yeux revolver vient lui demander son aide : un "ami" lui a donné à garder un coffret et elle ne se sent pas tranquille, elle a l'impression d'être épiée et suivie. Garrett accepte mollement l'affaire, mais il est approché peu après par un autre genre de client, un prélat très en vue de la Grande Eglise qui cherche des reliques sacrées qui ont disparu en même temps que le Gardien. L'histoire se complique, alors même que Garrett n'aspirait qu'à se la couler douce. Pauvre de lui. 

 

Comme je ne fais pas forcément les choses dans l'ordre, chers happy few, j'ai de manière toutafaitement fortuite, voire même hasardeuse, manifestement décidé à l'insu de mon plein gré de lire cette série de Glen Cook (dont je suis une fan absolue : dois-je vous rappeler qu'il a écrit La compagnie noire, ce chef d'oeuvre de dark fantasy ?)  dans l'ordre inverse de sa parution. J'ai en effet commencé avec le tome 4, Chagrins de ferraille (lu en décembre 2008, ouah, quelle rapidité dans le suivi, hum, passons) et me voici donc quelques mois plus tard (ben oui, deux ans et demi, ça fait bien 32 mois, non ?) avec Pour quelques deniers de plus, le tome 3. Si Chagrins de ferraille était un hommage à Dix petits nègres, Pour quelques deniers de plus en est un au roman noir façon Dashiell Hammett : difficile en effet de ne pas penser en lisant le premier chapitre au début du Faucon maltais et de ne pas voir dans le couple formé par Garrett et Jill Craight un reflet déformé de celui de Spade et Brigid O'Shaughnessy. Le reste du roman se déroule comme un roman noir : le privé encaisse les coups, séduit les femmes à son corps (presque) défendant, boit beaucoup, fréquente un milieu pour le moins interlope et semble se laisser un peu balader pour mieux résoudre une intrigue alambiquée. La grande force de Glen Cook est de réussir à lier habilement et sans coutures apparentes l'univers du roman noir à celui d'un monde de fantasy bruyant, moche et dangereux, le tout avec un talent certain pour les personnages secondaires fort intéressants (dont Dean, le vieil homme à tout faire qui a une dizaine de nièces à marier, l'homme-mort depuis quatre cents ans et Morlet Dotes, l'elfe noir assassin, qui sont mes préférés), l'ellipse (il faut parfois s'accrocher pour ne pas sauter une étape du raisonnement de Garrett) (c'est une des particularités du style de Cook, que l'on retrouve aussi dans La compagnie noire), l'humour pince sans rire et les dialogues qui font mouche. Love it.

Glen Cook, Pour quelques deniers de plus (Cold copper tears), J'ai lu, traduction Jean-François Le Ruyet, 286 pages, 2005 pour la traduction française, 1988 pour la première parution en VO.

22.07.2011

"Nous sommes jeunes, beaux, intelligents... - Et modestes, apparemment."

Quand Cryssilda a lancé son mois Kiltissime, happy few de mon coeur grenadine, je n'avais qu'une envie : lire toute une tripotée de romans écossais afin de pouvoir utiliser les délicieux logos composés pour l'occasion.

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Oh, le bel Highlander.

 

Hélas, mes résolutions durant souvent ce que durent les roses, je me suis retrouvée fort dépourvue lorsque la fin de cet événement kulturel fut venu. (J'avais bien lu un Harlequin Spicy se déroulant en Ecosse, Envoûtement, mais je l'ai trouvé tellement mauvais que je n'ai pas pu le terminer, oui, je sais, j'envisage de porter plainte contre l'auteur, la collection, le temps qu'il fait, les distributeurs français de Pimm's et le reste.) Heureusement, Cryssilda, dans sa grande magnanimité, a décidé de prolonger le mois jusqu'à la fin août, ce qui m'a permis de découvrir une auteure dont j'avais lu le plus grand bien ici et là : Loretta Chase.

Oui, je sais, happy few de mon coeur menthe à l'eau, il y a de fortes chances pour que ce nom ne vous dise pas grand chose, sinon rien. Mais comme dans ma grande futilité je lis aussi des blogs d'américaines aimant la romance (nul n'est parfait), j'avais repéré ce nom sur nombre d'entre eux, et je me disais depuis longtemps qu'il était temps que je jette un oeil (voire même les deux car rien ne m'arrête) sur la bibliographie de celle qui est considérée outre-Atlantique comme l'une des meilleures romancières dans le genre.

J'ai donc lu

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Lady Carsington (qui est le xème volume d'une série mais on s'en fiche, tous peuvent se lire séparément).

Nous sommes à Londres en 1831. Olivia (la Lady Carsington qui donne son titre à ce délicieux roman) est une jeune fille de très bonne famille, très jolie mais très têtue, qui ne rentre pas vraiment dans les cadres que sa famille souhaite lui imposer. Elle est amoureuse depuis toujours de Lisle, un jeune lord aux parents insupportables, qui vit depuis une dizaine d'années chez l'oncle d'Olivia, en Egypte. Lisle, de passage en Angleterre, est contraint par sa famille et par Olivia, de se rendre dans un trou perdu de l'Ecosse afin de rénover le château familial laissé à l'abandon. Avec Olivia dans les bagages, des autochtones peu accueillants et une chasse au trésor, voilà le jeune homme, qui ne rêve que de retourner à ses fouilles égyptiennes, bien embarrassé.

J'avais envie d'une romance bien troussée, chers happy few, et j'ai été servie avec ce roman qui, si j'en crois la quatrième de couverture, a été nommé pour le Prix de la romance historique la plus divertissante (quand je dis qu'il y a des prix pour tout et qu'il n'y a pas de raisons pour qu'on ne décerne pas celui de la pire quatrième de couverture ou du roman avec le plus d'adverbes). Loretta Chase occupe un créneau très spécifique : ses romans se déroulent tous sous la Régence anglaise et mettent en scène des femmes de tête qui n'entendent pas se plier à la domination masculine imposée par l'époque (oui, j'en ai lu d'autres depuis, parce que je vous rappelle que toute étude scientifique est fondée sur l'e-xhaus-ti-vi-té). Mais elle n'en oublie pas pour autant de donner de l'épaisseur à ses personnages masculins qui ne sont pas exempts de défauts (Lisle est un homme d'étude, rigide et compassé et un brin coléreux). Des situations suffisamment denses pour être soulignées (c'est rare dans ce genre de romans), une construction dynamique, des personnages secondaires savoureux (les deux chaperons d'Olivia sont de vieilles dames indignes totalement obsédées par le sexe opposé) et des dialogues parfois hilarants ont fait de cette lecture ce que j'en attendais : un divertissement de fort bonne qualité.

Loretta Chase, Lady Carsington (Last night's scandal), J'ai lu Aventures et Passion, 377 pages, traduction Anne Busnel

 

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Oh, le beau David.

(Sous un slogan que je ne comprends même pas.) (Et qui prouve la terrible perfidie et le flagrant manque d'objectivité des copines.)

(Nt, nt, nt, que nul ne dise rien.) (Chut, j'ai dit.) (Oui, surtout toi là-bas.)

21.07.2011

Oh oui... reade-moi...

Cet été, j'ai pris une résolution proprement bouleversifiante, chers happy few, surtout quand on sait à quel point la technoquichitude ne m'a jamais abandonnée : j'ai décidé de tester une liseuse électronique, un de ces fameux e-book dont on nous rebat les oreilles. Je sais bien que j'avais dit ici ou là que ce genre de choses me rendait sceptique (difficile de penser autrement quand 26 bibliothèques et quelques milliers de livres se partagent les murs de mon appartement) mais j'ai plié cette année sous un argument de choc (et le poids des ans) : avec une liseuse, on peut trimballer des centaines de livres dans quelques grammes seulement et pour quelqu'un qui transporte en permanence sa maison dans son sac à main et qui a passé tout le mois de juin à balader Le Trône de Fer, l'idée était plus qu'alléchante. Caroline, qui est décidément parfaite, m'a donc prêté un Sony Reader (l'avant-dernier modèle ; c'est que ces choses-là se perfectionnent à toute allure).

Verdict après trois lectures (dont je parlerai plus tard, me contentant ici du côté technique de la lecture) : le confort de lecture est assez incroyable pour la femme de peu de foi que j'étais (même si sur ce modèle il y a un petit problème de luminosité qui a manifestement été réglé depuis) et je suis conquise par la prise en main : la taille et le poids sont parfaits et on peut lire d'une main (non, il ne s'agit pas d'une allusion salace, qu'allez-vous donc imaginer ?), puisqu'on tourne les pages en appuyant sur un bouton (très pratique aussi quand on vient de se faire les ongles) (oui, je suis une femme, so what ?). Il y a une fonction prises de notes dont je ne me suis pas servie (en même temps, dans mes lectures papier, la prise de notes se limite chez moi au cornage de pages) et une fonction marque-page qui, si j'ai bien tout compris, ne fonctionne que pour le dernier livre en cours, ce qui est dommage pour ceux qui lisent plusieurs livres à la fois.

Il se peut donc, chers happy few, que j'acquière ce genre d'objet, pour m'en servir surtout en vacances, mes valises étant toujours incroyablement alourdies et encombrées de bouquins (s'il faut choisir entre un livre ou une paire de chaussures, je choisis le livre, je suis terrible) (et Dieu sait pourtant que j'aime les chaussures). Mais avant de me décider, je fais un tour d'horizon des readers disponibles sur le marché et des avantages (et des défauts) de chacun. Voilà pourquoi je m'adresse à toi, là, qui en as un, et toi aussi, voire même toi, oui, là-bas, au fond de la classe : quelles liseuses possédez-vous, chers happy few ? Qu'y téléchargez-vous ? Comment vous en servez-vous ? Que leur reprochez-vous ? Ou au contraire qu'adorez-vous ?

17.07.2011

Comme un Salon abandonné...

... qui a compris depuis belle lurette qu'il passait après les cocktails, les copines, le ciné, les copies, les listes, les lubies et le reste.

 

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Oh, guess what was in my mailbox last friday ?

Beautiful, isn't it ? And veeeeeeery heavy, yes, too.

 

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Oh, guess who's back ?

My favorite dwarf. At last. (C'est que les dernières 1000 pages sans lui, ça avait été long quand même.)

Bon, il a fallu que j'intègre les noms de lieux, quelques mots de vocabulaire spécifique, que je m'habitue à ce que Daenerys soit Dany neuf fois sur dix, et me voilà partie.

 

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Je ne vous cache pas que j'ai un très faible rendement : page 57 en plus d'une heure, sachant qu'il y a 1000 pages... Do the math, dearest happy few.

See you quand je see you, donc. (Oui, aujourd'hui, je lapalisse, c'est comme ça, c'est dimanche, j'ai droit.)

Ne soyez pas trop sages, hein, quand même.

 

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