J'avais vaguement entendu parler de Pierre Magnan quand j'ai vu La maison assassinée il y a très longtemps (je vous parle assurément d'un temps, chers happy few, que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître, un temps où la seule mention du nom de Patriiiick faisait se pâmer les jeunes filles et déplacer des hordes d'ados vers le cinéma le plus proche, que voulez-vous, il faut bien que jeunesse se passe) mais je n'avais jamais lu un seul de ses romans. Enthousiasmée par l'histoire assez terrible de cette petite fille têtue et courageuse qui tente de faire en sorte que sa vie ne soit pas semblable à celle de cette mère qui la déteste.
C'est un faux roman de terroir, qui en reprend certains ingrédients : une nature omniprésente, sublime mais inhospitalière, une famille qui se définit par rapport aux grands-parents, autoritaires chacun à leur manière, une héroïne différente qui paye cette différence tous les jours, l'arrivée de la modernité dans cette vie rude et dure... On ne peut pas ne pas s'attacher à cette petite Laure, qui a pour armes une intelligence inattendue et un goût prononcé pour l'école mais certaines choses m'ont gênée. Au niveau de l'histoire, j'ai eu un peu de mal à croire que l'oisillon maigrelet se transforme d'un coup en plantureuse jeune fille qui excite la convoitise des mâles, j'ai eu l'impression que Magnan ne savait plus quoi inventer comme épreuves pour faire pleurer dans les chaumières, parce qu'on a évidemment droit, ô surprise, à plusieurs épisodes tournant autour de la tentative de viol, bon, une fois aurait suffi... Du coup, le récit acquiert une dimension démonstrative trop appuyée, genre, "ah les paysans sont rudes mais au fond certains ont un coeur et puis cette petite, quel courage quand même et voilà c'est la vie", typiquement le genre de récit qui m'ennuie. Du côté du style, ce n'est pas mal écrit, il y a une certaine fluidité dans la narration mais l'abus de patois en début de roman, qui disparaît après comme s'il faisait partie d'une espèce de "couleur locale" qu'il fallait asseoir lourdement pour donner de la crédibilité au récit, a failli me faire abandonner au bout de quelques pages (même si certains mots et expressions sont similaires à des expressions qu'on utilise dans le sud-ouest). Un roman qui se laisse lire, mais Magnan ne repassera pas par moi, chers happy few.