12.08.2009

Sauvons le monde, parce qu'il le vaut bien

(Ce billet est le résultat d'un harcèlement de tous les instants, subi de la part de certaines LCA que je ne veux pas nommer. Pour toute réclamation, adressez-vous donc à Caroline, Chiffonnette et Delphine, elles transmettront.)

 

Comme vous le savez déjà, perspicaces happy few, j'ai un net penchant pour les films de la lose, aussi appelés daubes par des esprits forcément chagrins. J'aime voir à l'écran des explosions, de la castagne, des scènes abracadabrantes, des histoires qui tiennent sur un timbre-poste et des répliques à deux balles, à croire que j'ai été un homme dans une vie antérieure. Il était donc évident que je finisse par me retrouver dans une salle obscure devant

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(Quelle belle affiche, aux couleurs toutes symboliques et à la composition de maître, pas moins.)

 

Faut-il vraiment que je pitchasse, chers happy few déjà atterrés par ce qui va suivre ? (Bon en même temps, c'est vrai que l'intrigue est retorse.) (Nan, je déconne, elle est sacrément retorse.) Dans un futur proche, une entreprise d'armement, Mars industries, dirigée par McCullen (Christopher Eccleston qui a provoqué une légère syncope chez la who-addict que je suis) met au point des ogives contenant des nanobots qui attaquent le métal, pouvant provoquer ainsi la destruction de villes entières. Les ogives, sous la protection de l'armée américaine, quittent les usines du Kirghistan, mais le convoi tombe dans un guet-apens (avouez que le suspense est monté d'un cran, chers happy few). Nos deux héros, Duke (Channing Tatum, transparent mais musclé) et Rip (Marlon Wayans pas aussi énervant que d'habitude) se battent avec bravoure (ce sont des hommes, des vrais, des purs, des durs, des tatoués) mais les ennemis sont suréquipés et menés par... Ana (Sienna Miller, jolie et manifestement choisie pour sa capacité à porter la combinaison en latex sous toutes les latitudes), l'ex de Duke (voyez-vous se profiler la partie "émoi et psychologie", chers happy few ?). Notre pauvre militaire ne peut bien sûr pas la tuer (il a un coeur sous sa mâchoire virile), et c'est alors qu'intervient une autre équipe de choc, les Joe, qui mettent les ennemis en fuite. Les gentils se rendent ensuite dans la base secrète des Joe sous le désert et cogitent très très fort pour comprendre qui est le méchant (moi j'avais deviné mais ils ne m'ont pas écouté les bougres). S'engage alors une course-poursuite aux ogives de presque deux heures (oui, mais ça passe très vite, je vous assure, limite ça aurait pu être plus long) (limite).

 

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(Ah, Christopher, tu portes si bien la cravate et l'accent écossais que c'en est un péché.)

 

Pour dire les choses avec cette honnêteté qui m'honore chers happy few, je suis allée voir ce film uniquement sur le nom de son réalisateur, car Stephen Sommers est peut-être un détail pour vous mais pour moi il veut dire beaucoup : d'Un cri dans l'océan à La Momie, en passant par Van Helsing et Le Roi scorpion (au scénar uniquement), Sommers est un homme qui sait ce que nanar de qualité veut dire et qui le prouve avec talent. Et G.I Joe, côté réalisation, est comme d'habitude avec Sommers au-dessus du tout-venant nanardesque, même si les effets spéciaux, parfois trop ambitieux, peuvent prêter à sourire (mais pas à rire parce que Bienveillance is my middle name). Evidemment le scénario est simplissime et déjà vu et revu, mais attention, on y décèle des références kulturelles de haute volée (le masque de fer y fait une apparition, les duels à l'épée avec des adversaires en blanc et noir ressemblent à Star Wars (mais inversés, quelle réécriture de folaïe), et on y revisite le mythe de l'Atlantide). Jetons un voile pudique sur l'interprétation de certains (Dennis Quaid a manifestement décidé de s'auto-caricaturer en toute lucidité, pauvre de lui, Saïd Taghmaoui est condamné à suivre les autres en tenant un ordi de poche manifestement piqué à Tosh sans jamais avoir une seule scène de combat), sur la vision de Paris (pour aller de la rive gauche à la rive gauche, le GPS les fait passer par la rive droite, j'ai toujours dit que c'était pas fiable ces bêtes-là) et sur le côté comic-book assumé (la fin, avec la naissance de Destro et du Commander est de toute beauté, au moins), et ne voyons dans ce film que ses bons côtés : l'exaltation de la solidarité et des talents internationaux des gentils face à des méchants qui ont oublié l'adage rabelaisien (voilà ce que c'est de sécher les cours de Lettres pour se concentrer uniquement sur ceux de "Bad Boyitude, Manipulation d'ADN et Mégalomanie"). Le spectateur impressionné devant tant de philosophie, bée d'aise devant les apparitions d'Arnold Vosloo et de Brendan Fraser (oui, j'ai mauvais goût, j'assume), prend des leçons de "sexytude on ze banquise", apprend deux mots en gaélique et anticipe tranquillement le peu de révélations distillées dans le cours de l'intrigue. Un film totalement bourrin, complètement décomplexé et donc parfaitement jouissif.

 

G.I Joe, de Stephen Sommers, à l'affiche partout où on sait ce que nanar veut dire (et croyez-moi, c'est tout un art), 118 mn, 2009.