10.12.2008

Derrière le miroir

51SD4dXoyzL__SL500_AA240_.jpg Vous avez adoré Uglies, Pretties, Specials et Extras ? Vous avez envie d'en savoir plus sur l'univers et l'imaginaire de Scott Westerfeld ? Vous voulez comprendre comment fonctionne réellement une planche magnétique ou un gilet de sustentation ? Toutes les réponses que vous vous posez sont dans ce guide de l'univers d'Uglies, qui se présente finalement comme un cinquième volume à part entière de la série de SF.


J'ai pour ma part beaucoup apprécié de suivre les traces de Westerfeld : c'est un auteur attachant, qui a construit son guide comme une véritable discussion avec ses lecteurs. Il revient sur la genèse de l'oeuvre (et dit au passage deux ou trois choses très intéressantes sur la création littéraire et sur la nécessité de créer une mythologie autour de la façon dont est née l'Idée de départ), puis explique des faits scientifiques qui sont considérés comme acquis dans les romans et donc juste évoqués comme les grilles qui permettent aux planches de voler, la lévitation magnétique (utilisée par les trains dans Extras) ou la nanotechnologie (présente un peu partout, des cuves de chirurgie à l'Arsenal, en passant par les fentes murales qui distribuent tout ce qu'on leur demande et les tatouages mobiles). Le tout est complété par un dossier sur le monde de Tally, qui le reprend dans sa globalité, cartes à l'appui, une explication détaillée des économies de la réputation (fondement du monde d'Aya) et des explications sur le choix des noms (j'ai bien aimé notamment l'origine de La Fumée). En plus de l'incontournable glossaire, Westerfeld dit deux mots sur les couvertures américaines (qui sont aussi les couvertures françaises). Il explique aussi pourquoi il a choisi de fonder tout ce monde futuriste sur la notion de beauté, en remontant aux canons antiques et en expliquant comment la beauté changeait la vie des gens (des études ont montré que les gens beaux ont globalement une vie plus facile que les gens laids) et comment elle était "normalisée" dans le monde de Tally (si tout le monde est beau, nul n'est très beau). Au final, un guide très intéressant et indipensable pour tous ceux qui ont aimé cette série!


Scott Westerfeld, Secrets, Le guide de l'univers d'Uglies (Bogus to Bubbly, An insider's guide to the world of Uglies), Pocket jeunesse, traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Guillaume Fournier, 194 pages


L'avis d'Emmyne, que je remercie pour le prêt!

26.08.2008

Love me, I'm famous

41KS146glHL__SL500_AA240_.jpg Quatre ans après le Déferlement d'intelligence qui a bouleversé la Terre, le monde redécouvre la liberté. Dans une ville japonaise, tout le monde ne vit que pour devenir célèbre, car c'est le seul moyen de se voir accorder du crédit (c'est-à-dire de l'argent). La population vit au rythme des sujets "claqués" sur les sites internet, sujets qui attribuent un "rang facial" à chacun, rang qui lui-même donne une place dans la société. Aya a 15 ans, c'est une Extra, une jeune fille au rang facial très bas qui n'a pas encore le droit de choisir son visage. Elle cherche par tous les moyens à devenir célèbre, et elle pense tenir le sujet idéal quand elle entend parler des Rusées, une bande de filles qui prend des risques énormes. Aya se fait accepter dans la bande, et découvre quelque chose qu'elle n'aurait manifestement pas dû voir. Les ennuis commencent...



Quatrième tome de ce qui était au départ une trilogie (Uglies, Pretties, Specials), chers happy few, on peut s'interroger sur l'intérêt de ce volume, dédié par l'auteur à "ceux qui [lui] ont écrit pour [lui] révéler le sens secret du mot trilogie", autant dire écrit pour contenter des milliers de fans et certainement une maison d'édition ravie d'exploiter encore un peu le filon (oui, je sais, je suis terriblement pragmatique et un brin cynique, c'est affreux). Rallonger la sauce produit rarement de très bons résultats (on en a eu encore la preuve avec le quatrième Indiana Jones, qui quand j'y repense me fait encore pleurer des larmes de sang), surtout quand la trilogie initiale est aussi cohérente et réussie. Il n'empêche que j'avais quand même très envie de lire ce roman (si la curiosité a tué le chat, elle met aussi les nerfs des LCA à rude épreuve) et je trouve que Westerfeld s'en tire pas mal avec cet Extras (dont le titre polysémique peut se lire justement comme un "ajout" à la trilogie).

Le roman est construit sur une bonne idée : ne pas faire de Tally le personnage principal. Certes, on l'attendait tous, ce qui déstabilise momentanément le lecteur, qui se demande si elle va apparaître et comment, mais du coup, quand elle finit par faire son apparition (je ne spoile pas, on comprend vite qu'elle n'est pas loin), on la voit avec les yeux d'Aya, ce qui permet d'avoir un autre éclairage sur cette jeune femme que l'on suit depuis le début de son propre point de vue. On la voit comme les autres la voient, avec sa cruauté, son impulsivité et, paradoxalement, son humanité. Le deuxième intérêt du roman réside dans la vision d'une société du spectacle, où les bébés reçoivent dès leur naissance un site internet à leur nom afin d'y raconter leur vie le plus vite possible et où les aérocams (des caméras volantes téléguidées par la voix) filment en permanence les gens, à la recherche du scoop qui rendra leur possesseur célèbre. Dans une société pareille, il n'y a plus d'intimité possible et s'engage une course perpétuelle pour conserver son rang facial, à coup de scoops, de modes, de "démolitions" médiatiques et de coups bas. La façon dont l'humanité profite de sa liberté retrouvée (puisque Tally a mis fin au totalitarisme, pas moins) est assez terrifiante : les gens se plaignent que le Prettytime a empêché les progrès scientifiques et ils mettent au point des opérations (encore) permettant par exemple d'avoir les yeux connectés à Internet, de communiquer grâce à une antenne dermique ou de choisir de se faire greffer un pelage d'animal, une "face de manga" ou des pixels sur la peau... On n'est pas loin des Pretties si décriés, la seule différence étant que le gouvernement n'impose plus les opérations. L'humanité semble avoir troqué une forme d'asservissement pour une autre.

A côté de ces éléments plutôt réussis, j'ai trouvé que le roman pêchait par quelques défauts : Aya est une héroïne qui manque de charisme (on ne peut s'empêcher de la comparer à Tally, c'est mal, je sais) et sa bluette avec Frizz est loin d'être aussi intéressante et émouvante que les atermoiements amoureux de Tally partagée entre David et Zane ; l'intrigue avec les Inhumains met du temps à se développer et l'argument écologique, si finement utilisé dans la trilogie initiale, est ici plutôt indigeste car trop appuyé. Il n'en reste pas moins que c'est un assez bon roman.


Un volume à considérer comme un petit plus à la trilogie, chers happy few!


Scott Westerfeld, Extras, Pocket jeunesse (traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Guillaume Fournier), 432 pages


L'avis de Virginie


PS : encore merci à Cilablue pour le cadeau!

26.06.2008

"Les baisers sont un meilleur sort que la sagesse"

51gVcA3NVwL__SL500_AA240_.jpg Tally a enfin obtenu ce qu'elle désirait depuis si longtemps : elle est devenue une Pretty au visage d'ange. Elle cherche à se faire admettre dans la bande des Crims, des jeunes Pretties qui ont eu un passé criminel et dont le chef, Zane, est "intense". Mais lors de la cérémonie d'admission, un Ugly surgit du passé de Tally : Croy prend des risques pour lui donner une bourse qui contient une lettre et deux cachets. Et brutalement Tally se souvient...



L'autre jour, chers happy few, alors que j'étais innocemment entrée dans la librairie de mon quartier afin d'acheter le livre pour le swap Eternel féminin (vous remarquerez que je ne fréquente plus les librairies qu'avec une excuse valable), je me suis vue contrainte, pour de sombres raisons de moyen de paiement, d'acheter des livres supplémentaires. Si, je vous jure Monsieur le Juge, je n'y suis absolument pour rien, je ne voulais pas du tout repartir avec ça, ça, et encore moins ça. Quant à Pretties, il s'est traîtreusement glissé dans mon panier et quand je m'en suis rendue compte je n'ai pas eu le courage de le reposer d'où il venait. Je suis une âme sensible, Monsieur le Juge, je ne supporte pas les cris de détresse et les larmes des livres qui veulent être adoptés. J'ai donc cédé, Monsieur le Juge, mais c'est pour la bonne cause. Et puis comme je l'ai lu tout de suite, ça ne compte pas, il n'a pas vu la PAL, même de loin (il paraît d'ailleurs qu'il en est marri, il aurait bien aimé séjourner un peu aux côtés de ses pairs et vérifier le confort tant vanté des étagères, qui explique pourquoi certains romans sont là depuis 6 ans) (au bas mot).


Et j'ai bien fait de céder, chers happy few, parce qu'en toute honnêteté, Pretties est encore meilleur que Uglies, pour lequel, je vous le rappelle, j'ai eu un coup de coeur que j'ai exprimé bien fort dans ce modeste salon. Ce deuxième volet des aventures de Tally est excellent. La jeune fille est devenue une Pretty qui se rend assez vite compte que quelque chose cloche. Elle lutte contre "la belle mentalité" par tous les moyens, aux côtés de Zane, personnage très intéressant, chef de bande secret et charismatique qui a lui aussi compris depuis longtemps que l'Opération ne s'était pas contentée de le rendre beau. Parfaitement construit, plein de rebondissements, ce roman d'aventures marie action et réflexion et pose de nombreuses questions de manière fort habile : la fin justifie-t-elle les moyens ? Peut-on sauver quelqu'un qui ne le demande pas ? Qu'est-ce que le libre-arbitre ? Pourquoi certains se rebellent-ils et pas d'autres ? Qu'est-ce que la trahison ? La psychologie des personnages est d'une incroyable justesse et Tally continue de mûrir, en découvrant que les relations sentimentales ne sont pas de tout repos et que l'amitié est une chose difficile quand elle est à sens unique (le personnage de Shay devient terrifiant). C'est peu de dire donc que j'adore cette série, chers happy few!


A lire de toute urgence (enfin, après avoir lu Uglies) : j'ai comme l'impression que mes pas vont me porter à l'insu de mon plein gré vers la librairie, chers happy few, car évidemment il y a une suite!


Scott Westerfeld, Pretties, Pocket Jeunesse (traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Guillaume Fournier)


Les billets d'Emmyne et Virginie


PS : le titre de mon billet est emprunté à Cummings, cité dans le roman.