24.05.2010

La revanche du Métropolite

plasma.jpgDans un lointain futur, la Terre, protégée par un Bouclier au-delà duquel se trouvent les Elevés, est divisée en gigantesques métropoles qui tiennent lieu d'Etats, concentrant des millions d'habitants sur quelques pâtés de maisons. La science n'existe plus, remplacée par le plasma, énergie créatrice et réparatrice maîtrisée par les plus riches et à laquelle le peuple n'a pas accès. Ayah est une jeune femme qui travaille pour l'Office du Plasma. Envoyée détecter une source illicite de plasma, elle découvre un gisement illimité. Elle décide alors de le vendre à Constantin, ancien révolutionnaire qui, malgré sa défaite quelques années auparavant, n'a pas abandonné ses idéaux politiques...

 

Voilà un passionnant roman, chers happy few, qui mêle de manière originale et habile, deux univers qui en général ne coexistent pas : la science-fiction et la fantasy. En effet, si le monde créé par Walter Jon Williams est futuriste (moyens de transport aériens, tours de centaines d'étages, êtres humains génétiquement modifiés...), c'est aussi et surtout un monde régi par la magie du plasma, matière dont on ne sait d'où elle vient (elle est là, point), qui permet aux mages de construire n'importe quoi ex nihilo, de faire la guerre ou encore de soigner toutes les maladies. Ce mélange fonctionne parfaitement, parce que Williams a bâti une société complexe qui a perdu ses repères historiques (nul ne sait vraiment ce qui s'est passé avant la mise en place du bouclier) et qui est régie par des centaines de sectes dont les très nombreuses légendes, qui sont devenues paroles d'évangile pour les différentes populations, tiennent lieu à la fois d'explications du monde et de dogmes. C'est dans ce monde très riche et très cloisonné qu'évolue Ayah, qui est une Barkazi ; elle appartient à une minorité ethnique mal considérée en raison de la couleur de sa peau et de son passé. Elevée dans l'idée qu'elle doit se servir de ses talents de menteuse et d'improvisatrice pour tenter de s'élever dans la société, Ayah n'hésite pas un seul instant à prendre des risques pour s'enrichir et lie son histoire à celle de Constantin, le charismatique leader responsable de la quasi-disparition du peuple Cheloki, qui veut oeuvrer pour rendre au peuple la liberté qu'il a perdue il y a des milliers d'années. Au contact de ce stratège politique, Ayah se découvre des capacités de maîtrise du plasma insoupçonnées ainsi qu'un début de conscience politique, qui vont bouleverser sa vie. Parfaitement construit, Plasma est un roman très réussi, premier tome d'une trilogie dont il me faut évidemment absolument lire la suite, La Guerre du Plasma.

 

Walter Jon Williams, Plasma (Metropolitan), J'ai lu, traduction de Guy Abadia, 382 pages, 2001 pour la traduction française, 1995 pour la première parution en VO.

 

Le billet de Yueyin.

03.12.2009

Interfacé

cable.jpgCowboy est un panzerboy : il livre des cargaisons de marchandises de contrebande aux mafieux de la zone libre, au nez et à la barbe des Orbitaux, qui gouvernent de très loin les habitants de la Terre. Sarah est une ancienne prostituée devenue tueuse à gages : elle a les nerfs câblés pour optimiser sa façon de combattre et porte dans sa gorge une arme mortelle, un cobra cybernétique. Le chemin de ces deux Glaiseux va se croiser : arriveront-ils à mettre fin aux rêves de toute-puissance des Orbitaux ? Vous ne le saurez que si vous vous câblez.

 

Je suis bien consciente que mon résumé en a déjà perdu plus d'un, chers happy few, et c'est une erreur que je vais tenter de rattraper avec brio (et avec mon clavier) (oups, désolée, je ne le ferai plus, my bad). C'est que voyez-vous, après des semaines de rentrée littéraire pour le moins mollassonne (en même temps, la rentrée littéraire est toujours aussi excitante qu'un bol d'ovomaltine, je ne sais pas pourquoi je m'obstine chaque année à penser que cette fois-ci peut-être elle aura, soyons fous, un goût de ricorée) et de lectures en demi-teinte, j'ai décidé de prendre la PAL par les cornes et de me tourner vers un de mes genres de prédilection, qui ne m'a pratiquement jamais déçue (certainement parce que j'y choisis mes titres avec discernement, en toute modestie parfaitement assumée évidemment), la S-F. Dans mon hénaurme PAL (70 titres rien qu'en SF/fantasy/fantastique), j'ai exhumé ce Câblé, premier volume de la tétralogie du même nom de Walter Jon Williams, dont j'avais lu le quatrième volet, Le souffle du cyclone, il y a de cela très longtemps, parce que parfois je suis désordonnée, chers happy few, c'est là mon moindre défaut.

 

Walter Jon Williams est un écrivain de SF relativement prolifique, très mal traduit chez nous, hélas (certaines de ses séries ont vu leur premier volume traduit et pas les autres), qui s'est essayé à de nombreux genres dont le cyberpunk, auquel cette série appartient. Comme je ne voudrais pas perdre les deux courageux et demi qui sont encore devant leur écran, j'en donne rapidement une définition simplifiée (car oui, croyez-moi, on peut en parler pendant des heures, surtout quand le serveur prépare de délicieux Cosmo, n'est-ce pas les filles ?) : il s'agit d'un courant de SF qui met en scène une personne évoluant marginalement dans une société ultra-technologique dominée par une autorité totalitaire, dans un monde plongé dans le chaos suite à un bouleversement technologique, économique et/ou politique. Dans Câblé, la Terre est plongée dans le chaos suite à une guerre contre les Orbitaux, qui ont facilement gagné et pris le pouvoir. Les Etats-Unis se retrouvent coupés en deux zones, une libre et une occupée (en gros, l'Ouest et l'Est) et les Terriens, victimes des prix prohibitifs pratiqués par les Orbitaux qui contrôlent absolument toutes les usines et toutes les industries agro-alimentaires,  se retrouvent bien malgré eux contraints d'avoir recours au marché noir, à la merci donc des plus véreux et des plus malins, qui trafiquent des denrées de première nécessité et des drogues en tous genres, car il n'y a pas de raison que l'humanité ait changé, même dans un futur lointain.

 

C'est dans ce monde tout sauf glamour, où règne la violence et où tout le monde vit en interface plus ou moins grande avec le monde virtuel que Cowboy évolue : ancien pilote de Delta, nostalgique du ciel, il subodore une entourloupe des Orbitaux et profite de ses incessants voyages en tant que convoyeur pour tenter de rassembler autour de lui d'autres panzerboys et de contrôler le marché noir. Cet homme idéaliste (si, si) croise le chemin de Sarah, personnage complexe et tourmenté qui n'a qu'un but : s'arracher elle et son frère, à ce monde de brutes et rejoindre les Orbitaux. Mais le prix du billet est tellement exorbitant qu'elle accepte une mission trop bien payée, mission qui la mettra à la merci des Orbitaux. Autour de ces deux personnages que tout sépare Walter Jon Williams bâtit une intrigue très solide à défaut d'être très originale (mais n'oublions pas que ce roman date de 1986, soit à peine deux ans après Neuromancien de Gibson, considéré comme fondateur du genre), et met en place de manière très habile un monde terrifiant, où les mesquineries humaines semblent décuplées par l'utilisation à outrance de la technologie (clonage, interfaçage, câblage, chirurgie plastique de remplacement et j'en passe). Les personnages sont très attachants et on suit leur parcours et leurs atermoiements avec infinement de plaisir, d'autant que Williams fait preuve d'un réel talent dans la construction narrative comme dans le style, traversé parfois de douloureuses fulgurances. Excellent.

 

 

Walter Jon Williams, Câblé (Hardwire), Denoël, Présence du futur, traduit de l'américain par Jean Bonnefoy, 371 pages, 1986, 1987 pour la traduction.

 

 

challengecrazy sf.jpg

 

Challenge Crazy SF

Catégorie Cyberpunk

2/3

 

 

pal.jpg

 

Challenge Objectif PAL

Catégorie "In ze PAL depuis 2007, ne dites rien, je sais (et il y a pire) (hum)"

5/20