01.11.2011

Mon kindle et moi (il s'appelle Randy, il est important que vous le sachiez)

A force de lire des papiers ici et là et d'entendre questions et réticences là et ici, chers happy few, je me décide à partager avec vous mon expérience de la liseuse comme on dit par chez nous, ou du reader, comme on dit ailleurs. Vous m'excuserez par avance de vous raconter ma vie, vous êtes bien urbains, merci beaucoup.

Quand les premiers readers sont apparus sur le marché, j'ai accordé à l'information un haussement de sourcil discret et je suis retournée à mes moutons : non pas que je sois technophobe, mais je suis technoquiche. Je suis d'une génération qui n'a découvert l'informatique qu'adulte, qui a vu naître les téléphones portables avec un émerveillement un peu naïf et qui a longtemps eu un accès internet ultra limité (je tenais le compte du nombre de minutes que j'y passais par jour histoire de ne pas dépasser mon forfait, je sais, mon jeune lectorat se demande de quoi je parle), autant dire que je suis un dinosaure. Cela dit, j'éprouvais pour les liseuses (suis-je la seule à trouver ce terme étrange ? chez moi une liseuse c'est un gilet si possible plein de dentelles et de rubans ultra kitsh que l'on met pour lire au lit quand on a froid) (mon jeune lectorat pense définitivement que j'ai 80 ans), bref disais-je avant qu'une parenthèse mal élevée ne m'interrompe, j'éprouvais pour les liseuses plus de désintérêt que de réticences. En gros, je ne voyais pas vraiment en quoi ça pouvait me concerner, un peu comme le hockey et les chaussettes en soie pointure 43.

Et puis le temps a passé comme l'eau sous les ponts (si on peut plus se permettre un petit cliché de temps en temps où va-t-on, je vous le demande) et les copines ont commencé à s'équiper. J'ai haussé un deuxième sourcil et je suis retournée à ma tartine de lemon curd, parce que je suis comme ça, un peu longue à la détente. Jusqu'à cet été. C'est que voyez-vous, happy few de mon coeur, j'ai décidé de ne plus voyager en voiture (information qui a son importance, si, si) et j'ai deux enfants, dont un qui est déjà un gros lecteur. Et y a pas à dire, mais quand on prend le train ou l'avion, on réfléchit à deux fois au nombre de livres que l'on emporte (il m'est arrivé de laisser des chaussures à la maison pour pouvoir prendre quelques livres supplémentaires, quelle violence). La solution : la liseuse. J'ai donc demandé à Caroline de m'en prêter une, une Sony, que j'ai testée l'été dernier. Séduite par le confort de lecture, je suis passée à l'achat. Après interrogations et farfouillages, je me suis décidée pour un kindle. Les raisons ? C'est un modèle ultra simple qui ne se connecte pas à un ordinateur pour charger les livres (eh oui, je suis une technoquiche, dois-je le rappeler ?). Quand je commande en ligne (ce qui m'arrive, je ne suis pas que chasteté et librairies indépendantes, vous pouvez me frapper) j'achète toujours sur amazon, aussi je ne voyais pas pourquoi ne pas acheter le kindle sous prétexte qu'il est inféodé à amazon (je suis une fille simple, je raisonne simplement).

Deux mois après mon achat, la lune de miel dure toujours. Le kindle tient toutes ses promesses de simplicité et de confort de lecture. Mais surtout, pour répondre à tous les détracteurs des readers, il n'a strictement rien changé à mes habitudes de lecture. En réalité, il me fait acheter plus de livres : non seulement j'achète toujours autant de livres papier, mais j'achète aussi des livres numériques. Comment m'en sers-je alors ? J'y télécharge des romans qui ne sont disponibles qu'en format numérique (ça arrive dans le cas de certaines rééditions), des romans moins chers au format numérique (ce qui n'est pas toujours le cas, contrairement à une idée reçue) que je suis certaine de ne pas prêter, des romans en promo (des romances pour la grande majorité), et, ce qui constitue pour l'instant le fond de mes achats numériques, des classiques britanniques et américains que j'ai téléchargés par auteurs (l'oeuvre complète de George Elliott par exemple, que je voulais lire depuis longtemps, tous les romans de Mark Twain, que je voulais relire, l'intégrale des romans de Louisa May Alcott, qui ne sont pas traduits, et bien d'autres). Ce qui me plaît dans le kindle, c'est qu'on n'est jamais à court de lecture (il m'est arrivé de télécharger un roman dans le métro), qu'on peut avoir une envie de lecture à 2 heures du matin (testé aussi, ne dites rien, il vaut mieux relire Persuasion que regarder une énième rediffusion de Chasse, pêche et fromages quand on a une insomnie, non ?), qu'on ne se casse plus le dos en trimballant des pavés de plus de mille pages dans le sac et qu'on n'est plus obligé de lire deux livres en même temps parce que le dernier tome du Trône de Fer ne rentre pas dans son sac à main (on a les précoccupations qu'on peut, je suis superficielle, je sais). Et puis le catalogue de l'offre numérique hors amazon est passionnant : faites un tour sur projet Gutenberg par exemple et vous verrez le nombre d'auteurs français que le passage au numérique est en train de sortir de l'oubli. Nous pouvons lire des auteurs dont les oeuvres étaient complètement inaccessibles, dans leur orthographe d'époque, ce qui personnellement, me rend complètement hystérique (je suis un peu bizarre, c'est l'âge, certainement).

Après, les liseuses posent des problèmes qui leur sont propres : on ne peut pas faire dédicacer un roman par son auteur (il suffit de racheter une version papier que l'on conservera dans sa bibliothèque) et on ne peut pour l'instant pas prêter un livre numérique parce que ça ne se transfère pas (j'ai cru comprendre que ça allait changer). Mais si j'en crois ma petite expérience, celle des copines et les chiffres récents (qui portent sur le lectorat américain, le mieux équipé pour l'instant), les liseuses ne signeront jamais la mort du livre papier car elles ne sont qu'un complément que chacun utilise à sa guise (je pense qu'il y a autant d'utilisations que de lecteurs). Certains pensent certainement que je vis au pays des Bisounours, mais cette expérience n'est que la mienne et n'engage que moi. Sur ce, je retourne à mon bouquin. Papier.