09.10.2008

L'amour en Iran

41DNUnqthiL__SL500_AA240_.jpg En Iran, de nos jours. Arezou, 41 ans, est divorcée. Elle élève seule depuis longtemps sa fille, Ayeh, qui entre à l'université et elle dirige l'agence immobilière héritée de son père. Un jour, elle fait visiter une maison à un riche client, Zardjou. Une idylle se noue.


On s'y fera est un joli roman qui, sur fond de bluette entre quadras, dépeint le quotidien de certaines femmes iraniennes, partagées entre tradition et modernité. Car ce qui dans une comédie romantique américaine ne poserait pas plus de problème que ce qu'un scénariste imaginerait pour pimenter un peu une situation somme toute banale (deux quadras se rencontrent, ils sont libres tous les deux, l'homme fait gentiment la conquête de la femme en faisant tomber ses préjugés), pose en Iran des problèmes insurmontables. Dans une société machiste où les femmes mariées n'ont aucun pouvoir et où le voile ne s'enlève que chez soi, il paraît impensable qu'une femme divorcée puisse éprouver le désir de se remarier. Arezou se trouve en butte aux reproches de sa fille, qui ne comprend toujours pas pourquoi sa mère a quitté son père et de sa mère, qui ne peut envisager un seul instant que sa fille épouse un homme du commun. De son côté, Shirine, la meilleure amie d'Arezou la prend pour une folle et s'éloigne d'elle, refusant d'entendre que Zardjou puisse être différent des autres hommes (il cuisine, il dialogue, il est cultivé) : il faut dire que Shirine a été larguée peu de temps avant le mariage par un homme qui ne lui a plus donné de nouvelles depuis et sa confiance envers les hommes est largement émoussée. Mais là où la situation aurait donné un happy end comme dans 10 bonnes raisons de se faire larguer où Kate Hudson comprend l'étendue de sa bêtise en voyant revenir l'ex-petit ami de sa meilleure amie, elle sert ici une fin douce-amère, qui porte en elle le fardeau de siècles de servitude féminine (oui, je sais que la comparaison peut paraître étrange mais c'est vraiment à ce film que la fin m'a fait penser). Au final, on est en présence d'un roman qui ne révolutionnera pas la littérature mais qui se lit avec un plaisir certain, ne serait-ce que pour une ambiance particulière de gynécée et des dialogues et des situations assez savoureux (même si la référence à Jane Austen sur la quatrième de couverture est absolument inopérante, mais décidément la pauvre Jane est à la mode et se retrouve mise à toutes les sauces, c'est désolant).


Zoyâ Pirzâd, On s'y fera (Adat Mikonim), Le Livre de Poche (traduit du persan par Christophe Balaÿ), 313 pages


L'avis de Saxaoul (qui a beaucoup aimé), de Tamara (pas emballée), de Brize (qui n'a pas aimé non plus)


PS : j'ai décidé, dans un élan incontrôlable inspiré de la délicieuse vision de McDreamy en blouse blanche, de signer les papiers pour ressusciter le McChallenge ABC 2008 littérature asiatique qui était dans un McComa depuis de longs mois (8 pour être tout à fait exacte) (oh my, je suis décidément une piètre challengeuse). Je remplace le titre initialement choisi pour la lettre P par celui-ci et je remplace la lettre A par Le tigre blanc. J'en suis donc à 8 livres sur 26 lus : il me reste donc à lire 18 livres en 83 jours. Hum. Ben quoi ? Vous ne croyez pas aux miracles, chers happy few ?