13.09.2010
Corpus delicti
2057. Pour le bien et la santé de tous, l'Etat a instauré la Méthode qui exige de la population qu'elle se conforme à des contrôles quotidiens et à une stricte hygiène de vie afin que nul ne tombe jamais malade. Dans ce monde aseptisé où règne en maître une science jugée infaillible, le cas de Mia dérange tout le monde, et surtout la justice. En effet, la jeune femme est instable depuis qu'elle a perdu son frère, qui s'est suicidé en prison après avoir été jugé coupable du viol et du meurtre d'une jeune femme qu'il a nié jusqu'au bout avoir même rencontrée.
Corpus delicti, sous-titré Un procès, est un roman tout à fait intéressant, chers happy few, qui se sert de l'argument de science-fiction pour dépeindre une société parfaitement glaçante dans laquelle on refuse à l'individu tout libre arbitre et toute réflexion personnelle. Parce que tomber malade coûte de l'argent à la société (toute ressemblance avec des propos entendus ici ou là est bien évidemment purement fortuite), la Méthode a mis en place un système qu'elle juge infaillible, chacun mangeant le nombre de protéines en tube nécessaires à sa bonne santé, faisant un nombre invariable de kilomètres sur son vélo d'appartement et se soumettant tous les jours à des examens de santé qui permettent aux autorités de dépister les éventuelles maladies (il y a des capteurs dans les toilettes par exemple). Dans ce monde sans microbes, il est bien évidemment interdit de consommer des drogues ou des excitants (exit le café ou le thé, bienvenue à l'eau chaude avec deux gouttes de citron) et, corollaire, il est interdit de se soustraire à la Méthode (puisqu'elle veut le bien de l'humanité), de penser par soi-même (dangereux) ou de rêver (parce que non scientifique). Dans ces conditions, l'attitude de Mia, qui veut juste qu'on la laisse faire son deuil en paix, intrigue, déroute puis inquiète les autorités. Et si elle était une dangereuse terroriste, voire même une adepte du DAM (Droit à la Maladie) ? Rédigé dans un style sec et précis, construit en courts chapitres qui font alterner phases du procès et passé de Mia, Corpus delicti est, malgré quelques joutes oratoires parfois un peu longues, un roman efficace et intelligent, chers happy few.
Juli Zeh, Corpus delicti, Un procès (Corpus delicti. Ein prozess), Actes sud, traduit de l'allemand par Brigitte Hébert et Jean-Claude Colbus, 238 pages, 2010 pour la traduction française, 2009 pour la parution en VO.
Le billet de Cuné.
18:06 Écrit par fashion dans Littérature allemande, SF | Lien permanent | Commentaires (28) | Envoyer cette note | Tags : juli zeh, vais-je me réconcilier avec actes sud ?, mon dieu que de suspense, en attendant je lis un ouvrage pour la rentrée littéraire 1120