23.10.2009

Si c'était possible, bah alors...

Comme vous avez pu le constater, chers happy few, en ce moment c'est un peu le calme plat dans ce modeste salon, coincé en haute mer sans vent aucun, pour des raisons évidemment passionnantes : je passe toutes mes soirées avec un certain Fox M. avec qui j'ai noué à ma grande surprise une relation suffisamment intense pour que nous nous voyions tous les jours (bon, rien à voir avec celle qui m'unit au Docteur, hein, mais une relation de cette nature et de cette force est évidemment inégalable), j'ai inventé le concept de la copie auto-reproductrice (il doit y avoir un climat propice à la gaudriole dans ma belle chemise jaune, je ne vois que ça), je relis de la littérature jeunesse au kilomètre (pour ceux qui n'auraient pas suivi, le rectorat, dans sa grande bonté, m'a envoyée en collège cette année, me voilà donc repartie dans les "on souligne en rouge, tu n'as pas fait tes devoirs c'est mal tu seras privé de lecture (ah non, ça, ça marche pas), je ne veux pas lire encore Odile Weulersse, au secours, donnez-moi une autre idée!") et je lis des livres dont je ne peux pas parler puisqu'ils font partie de la sélection du Prix des Chroniques de la rentrée littéraire (je programme les billets, vous lirez mes avis éclairés après le 9 novembre donc) (oui, je sais c'est dans longtemps) (ou pas : il me reste 12 titres à lire, plaignez-moi).

 

C'est alors qu'Emma, dans sa grande bonté, m'a sauvée du marasme en me proposant un tag (j'en étais à un point où j'aurais pu vous poster ma liste de courses, vous pouvez la remercier de vous avoir évité ça), un tag original, une création, pas moins, intitulée : "Si c'était possible, bah alors...", que je vous livre donc en avant-première mondiale.

 

1. Si on vous proposait d'écrire votre biographie, vous prendriez qui pour nègre ? (eh oui, tout le monde n'a pas un don pour la littérature)

J'aimerais que ma folle et trépidante vie soit narrée par quelqu'un qui en retirerait toute la substantifique profondeur et qui en ferait un roman d'aventures haletant (ceux qui me connaissent en vrai vous diront que je suis sans conteste la fille la plus aventurière à l'ouest du Pecos) : Jasper Fforde me paraît un excellent choix, car lui seul pourrait rétablir la vérité et faire enfin de moi une Mrs Darcy.

 

2. Vous êtes en train de lire le tout dernier chapitre d'un livre, celui qui vous a fait passer une nuit blanche, la fin qui vous fait saliver (notez le jeu de mots siouplé) depuis une centaines de pages... Lorsque survient un homme, torse nu. On va dire qu'il s'appelle... Daniel Craig. Il a l'air chagrin. Il a une petite douleur à l'épaule, et est persuadé qu'un petit massage lui ferait le plus grand bien. Que faites-vous ? (PS pour les garçons : à la place de Daniel Craig, merci de comprendre... Allez, soyons fous, Scarlett Johansson, mais en bikini, pas torse nu !)

Que ce soit bien clair, chers happy few : le meilleur livre au monde ne m'empêchera jamais de rendre service à mon prochain. Si un homme blessé, qu'il se prénomme Daniel, David, Hugh, Nathan ou Colin (je cite bien évidemment des prénoms totalement au hasard) vient me demander de l'aide, un massage ou un bisou (c'est pas comme ça qu'on soigne les bobos ?), je laisse choir séance tenante le livre qui occupait mes nuits et je me consacre à la tâche demandée avec abnégation et ferveur. Je sais que vous êtes admiratifs, chers happy few, mais je n'ai aucun mérite, j'ai une nature altruiste.

 

3. C'est la fin du monde. Quel livre mettriez-vous dans la capsule qui sauvegardera une trace de l'humanité ? (voudriez-vous vraiment que ce soit Orgueil et Préjugés ?)

Je vais faire semblant de ne pas avoir lu la vilenie cachée dans la parenthèse et tenter de répondre à la question, chers happy few. Je dirais bien La planète des singes parce que la boucle serait bouclée (oui, j'ai un sens de l'humour très particulier, j'assume), sinon, évidemment une Encyclopédie me paraît le meilleur choix. Et on peut imaginer qu'au chapitre Littérature il y aurait des extraits d'oeuvres, dont Orgueil et préjugés, non mais.

 

4. Quelle est pour vous la pause lecture idéale ?

Celle où je ne suis dérangée par rien ni personne, autant dire qu'elle n'existe pas. Dans un monde idéal, c'est une histoire entre le canapé, le plaid, un roman, ma théière et moi. Dans le monde réel, je grappille des instants de lecture où je peux et c'est déjà pas mal.

 

5. Si vous aviez le pouvoir de trucider/effacer un personnage de roman, ce serait qui  ?

Personne. La littérature ne serait pas la même si je ne pouvais pas haïr en toute légitimité et avec constance les bad men qui la font vivre, qui catalysent nos pulsions passionnelles et meurtrières et qui incarnent nos mesquineries et nos travers. Que serait la littérature si elle n'était pleine que de bons sentiments et de guimauve ? ... Une Harlequinade, parfaitement. Et je ne sais pas vous, chers happy few, mais moi ça ne me fait rire que le temps d'un été.

 

6. Sauveriez-vous Voldemort, juste pour avoir un huitième tome ?

Non. Il faut savoir s'arrêter et créer autre chose. Je préfère pleurer toutes les larmes de mon corps sur la fin d'une série réussie que finir par lâcher prise en bâillant.

 

7. Jusqu'où êtes-vous allé pour un livre ?

A l'étranger. Je prends régulièrement l'Eurostar pour aller faire les librairies à Londres. Je regarde systématiquement les livres abandonnés sur les poubelles et les trottoirs, je farfouille sur les sites de vente d'occase. Mais je n'ai jamais tué personne pour un livre si c'était ça la question. Enfin, pas encore.

 

8. Si vous pouviez retourner dans le passé rencontrer un auteur. Ce serait qui ? Quelles seraient vos toutes premières paroles ? (A part "bonjour")

Le jour où le Docteur m'emmènera dans son TARDIS rendre visite au grand Henri, je lui dirai certainement après les salutations d'usage (genre "Hiiii, je vous aime trop!") : "Allez, à moi tu peux le dire, La chartreuse, en 55 jours, vraiment ? et sans EPO ?" Sinon, je pense que Charlie aurait droit à une supplique du style : "Allez, juré, je ne dirai rien à personne, jamais, je serai muette comme une tombe, promis,  my lips are sealed, limite elles sont cousues, mais qu'est-il arrivé à Edwin Drood ? Puh-lease!" (oui, parfois je suis une chouineuse hystérique, c'est pas beau, je sais)

 

9. Décrivez la bibliothèque (personnelle ou pas) de vos rêves.

Une pièce entière dans un manoir anglais (bon, ça nécessite d'avoir d'abord le manoir mais c'est une broutille, on ne va pas s'arrêter à si peu), couverte de livres du sol au plafond avec une coursive et des échelles mobiles, des canapés et des fauteuils en cuir sombre. Et une cheminée (oui, je sais, avec tous ces livres ce n'est guère prudent mais je croyais que depuis le temps, chers happy few, vous aviez compris que j'avais fait mien l'adage nietszchéen et que j'aimais vivre dangereusement). Et un majordome qui m'apporte le tea. Oui, c'est plus qu'une bibliothèque, c'est carrément un art de vivre. Bah, on peut bien rêver.

 

10. Vous retournez dans le passé (décidément, bande de veinards !), en pleine 2ème guerre mondiale. Quel livre donneriez-vous à Hitler pour qu'il arrête de cramer des bouquins ?

Comme je pense que rien ne l'aurait jamais détourné (même si je crois à l'immense pouvoir de la culture, mais il a des limites, hélas), je fais lire par Mo (celui qui a le pouvoir de faire disparaître les gens dans la fiction dans Coeur d'encre) à côté de lui un poème de Mallarmé : prisonnier à vie de cet univers incompréhensible et funèbre, je ne saurai imaginer meilleur châtiment.  

 

Et comme ce tag est tout nouveau et qu'il faut bien qu'il tourne pour prendre son envol, je suis dans l'obligation, chers happy few (et croyez bien qu'il m'en coûte, évidemment) de taguer à mon tour Theoma, Mo, Yueyin, Pimpi, Karine, Caro[line] et Bladelor.

 

PS : Vous remarquerez que j'ai réussi à placer le nom du Docteur deux fois dans ce billet. Parfois je m'épate moi-même.

PSbis : Erzébeth, ne me remercie pas, tu seras dans l'obligation de venir voir Dorian Gray avec moi. Yes, I'm evil, I know.