03.09.2009

La fureur du dragon

eon.jpgEon se prépare pour la cérémonie qui, comme chaque année, permettra à un jeune garçon de 12 ans d'accéder au rang d'apprenti d'Oeil du Dragon Ascendant. Cette année est celle du Dragon Rat et le candidat choisi au terme d'un rituel aura 12 ans (un cycle) pour apprendre à maîtriser la puissance du dragon sous les ordres de l'Oeil du dragon, Sire Ido. Mais Eon a un secret : ce n'est pas un garçon de 12 ans mais une fille infirme de 16 ans. Or les femmes ont interdiction de participer au rituel mais son maître, persuadé de ses nombreux talents (elle a un pouvoir extrêmement rare, celui de voir réellement les 11 dragons) l'a entraînée et présentée. Mais les choses ne vont pas se dérouler comme prévu... 

 

Eon le douzième dragon d'Alison Goodman est un roman dans lequel Gallimard a manifestement beaucoup investi puisqu'il est publié simultanément dans une édition jeunesse (Gallimard jeunesse, donc) et une édition adulte (La Table Ronde, dont la couverture, qui figure en tête de ce billet, est très belle). Et autant dire que ce roman de fantasy, premier volet d'un dyptique (le volume 2 est annoncé pour 2010) justifie la confiance que son éditeur-traducteur a placé en lui, tant je l'ai trouvé bon!

Le monde dans lequel se déroule ce roman d'aventures initiatique sur fond de révélations personnelles et de luttes de pouvoir est très riche, empruntant à la fois aux mythologies chinoises et japonaises qu'Alison Goodman s'est très intelligemment appropriées. On y suit donc Eona, qui se fait passer depuis des années pour un garçon afin de pouvoir être choisie par le Dragon Rat, ce qui apporterait à son maître richesse et puissance. C'est un personnage intéressant parce qu'elle est obligée de cacher à tous sa véritable nature qui l'embarrasse parfois tellement qu'elle voudrait s'en débarrasser de manière définitive, ce qui conduit à une réflexion assez fine sur les rapports masculin/féminin, réflexion accentuée par la présence de deux personnages au sexe flou : Ryko, Homme Ombre (eunuque dopé pour garder une musculature de soldat) et Dame Dela, qui est un Contraire (elle a une âme de femme et un corps d'homme). Dans une civilisation où les femmes sont tenues pour quantité négligeable (elles ne participent pas au gouvernement, les concubines de l'empereur sont cantonnées dans le harem et l'empereur est jugé irresponsable de vouloir les éduquer), Eona se rend compte assez vite qu'il n'en a pas toujours été ainsi. Son pouvoir, dont elle ignore la source, la place alors au centre d'une bataille politique entre l'Empereur régnant et son frère, Sethon, qui veut usurper le trône. Alliances stratégiques, rebondissements en série, révélations... ce roman haut en couleur est passionnant de bout en bout. Vivement la suite, tiens.

 

Alison Goodman, Eon le douzième dragon (Eon, dragoneye reborn), Gallimard jeunesse et La Table Ronde, traduit de l'anglais par Philippe Giraudon, 519 pages, septembre 2009.

La double publication de ce roman en jeunesse et en "adulte" me permet de placer ce roman dans le Challenge du 1% littéraire officiel. (4/7)

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