10.06.2011
Mais enfin, Fashion, à nous, la raison, la vraie, la diras-tu ?
Dans le nombreux courrier de fans énamourés que je reçois tous les jours, chers et fidèles happy few (j'en suis à me demander si je ne devrais pas moi aussi créer une chaîne de télé toitube pour répondre en live à toutes ces questions aussi existentielles que profondes qui me sont adressées, histoire de répandre mon savoir universel), il est une question qui manifestement vous taraude, la coquine, juste après le fameux "Mais comment fais-tu pour lire autant ?" (J'ouvre les livres et je tourne les pages, je sais, c'est proprement stupéfiant, mais il y a plus, il y a mieux : je lis avec les deux yeux ouverts en même temps, ce qui explique mon efficacité.) : "Mais, Fashion, pourquoi éprouver le besoin de bloguer ?" (en même temps, quand on sait que c'est la première question que tous les journalistes, attachés de presse, lecteurs et autres posent quand on les rencontre, c'est manifestement l'expression d'une soif de savoir inextinguible). J'ai donc décidé de répondre à cette question ô combien fascinante sous forme d'un Top Ten Friday.
Why que je blogue, donc ?
1. Pour avoir le poil soyeux. Depuis que je tiens ce modeste salon, par une mystérieuse relation de cause à effet sur laquelle les spécialistes stupéfaits planchent nuit et jour, mes cheveux sont devenus souples et brillants.
2. Pour recevoir du courrier. Vous n'avez pas d'amis ? Une boîte mail désespérément vide malgré votre inscription à toutes les newsletters de France et de Navarre ? Ouvez un blog. Vous recevrez tous les jours des mails d'amour ("Comment osez-vous chroniquer des romans Harlequin, blogueuse mononeuronale de peu de légitimité que vous êtes ?!"), lyriques ("Ah, Fashion, quelle prose que la vôtre, ne voulez-vous pas faire de la publicité pour mon roman publié à compte d'auteur que je vous propose d'acheter à un tarif défiant toute concurrence, pensez donc, je vous fais une ristourne de 1,542% TTC. PS : je vous envoie ce mail en 84 exemplaires de peur que vous ne l'ouvriez pas la première fois.") ou désintéressés ("Je vous offre mon roman, en échange vous en faites de la pub sur votre blog, votre facebook, vous linkez ma page facebook sur votre blog de manière permanente et vous dites au monde entier que je serai en dédicace le 24 à la librairie de Trifouillis les oies, attention, places limitées, on ne peut mettre que quatre chaises.").
3. Pour que les attachés de presse de maisons d'édition over généralistes, genre celles qui ne publient que des romans qui se déroulent dans le monde de l'automobile moldave ou des essais sur l'usage et l'évolution des sanitaires de la préhistoire à nos jours m'envoient des propositions de SP assorties d'une demande de mes statistiques.
4. Pour pouvoir dans les dîners en ville répondre à l'invariable question : "C'est quoi ton job ?" par "Blogueuse influente". Depuis que je dis ça, je n'ai plus droit aux invariables "Ouais, feignante, ça va, t'as assez de vacances ?" et autres "Moi, mon fils, il a une prof de Lettres complètement folle, mais bon, elles le sont toutes, hein", mais à un regard plein de respect, voire même d'envie (la vénération viendra quand je me mettrai à twitter et que j'ouvrirai une page facebook pour mon blog, mais je n'ai pas le temps, là, j'ai trop à faire avec la gestion de mes SP, classés par ordre de priorité de lecture et listés dans mon petit carnet prévu à cet effet).
5. Pour avoir enfin des cartes de visite à mon nom.
6. Pour être invitée à des événements over people. Entre le prix de la nouvelle qui contient le plus d'adjectifs de Ste Marie les Mouettes, la rencontre-dédicace-dégustation d'un éleveur de canards qui a tenu son journal intime de janvier 2001 à août 2002 et qui raconte sa perception du 11 septembre de son Périgord natal (par sa mère, son père est breton) et le petit déjeuner avec un auteur cacochyme et sourd qui a vendu 36 exemplaires de son premier roman publié à 86 ans, Une vie digne et bien remplie, je ne sais où donner de l'agenda.
7. Pour avoir des sujets de conversation. Du la courtoisie du backlink à la politique d'utilisation des images libres de droit en passant par des débats de fond : répondre à tous ses commentaires ou uniquement à ceux qui contiennent plus de trois virgules, visiter les gens qui nous visitent les jours pairs ou les jours impairs en ôtant les week-ends, accepter ou pas un partenariat pour un recueil de poèmes russes sur la solitude de la ménagère devant son rayon de compotes... ô combien de questions, combien de capitaines !
8. Pour devenir Maître du Monde : blogueurs, blogueuses de tous les pays, unissons-nous ! Créons un parti et réclamons des droits : nous voulons que le bloguing soit reconnu comme un véritable travail à temps plein, que les épinards soient définitivement bannis des cantines scolaires, que Marat Safin soit nommé ministre de la culture et de la sexytude et que la paix règne dans le monde !
9. Pour rétablir quelques vérités essentielles : David Tennant est le meilleur acteur du monde, il y a bien une mauvaise littérature mais elle n'est pas forcément celle qu'on croit, l'éclectisme n'est pas une maladie, même s'il s'avère qu'il est parfois contagieux, les fraises tagada sont la preuve de l'existence de Dieu (avec le champagne, le Pimm's dans un pub bondé un samedi soir de printemps dans un quartier de Londres sans touristes avec des copines, la parution d'un roman de Neil Gaiman, un mail d'un auteur adulé et aimable, le rendez-vous annuel avec Ranger et Morelli, Michael Fassbender dans son petit blouson en cuir), lire un roman à l'eau de rose n'a jamais fait de mal à personne (sauf peut-être à l'autre, là, Emma je ne sais plus comment) et la littérature sauvera le monde. Avec le shampoing Head & Shoulders, évidemment.
10. Pour le plaisir de faire des listes. De rencontrer des gens fabuleux. D'aller au théâtre voir David chou avec des copines qui ont déjà prévu de ne pas s'asseoir à côté de moi. D'échanger 236 mails par jour avec des blogueuses devenues des amies et de savoir qu'il y en aura toujours une qui aura la bonne réponse au bon moment. De recevoir des colis pleins de livres et de sirop d'érable. De boire un vinho verde dans une rue pentue de Lisbonne. De tester toute la carte des cocktails de quelques bars parisiens. En plusieurs fois. De prendre un fou rire au petit matin en lisant un SMS. De découvrir un auteur que je n'aurais jamais lu sans l'insistance d'une blogueuse bien intentionnée et de me dire que j'ai fait une rencontre. Geronimooooo ! (Il eut été impensable que le Docteur n'eût pas le dernier mot, lui qui fut ma plus belle découverte bloguesque.)
10:51 Écrit par fashion dans Choses vues, Poétique de la liste | Lien permanent | Commentaires (32) | Envoyer cette note | Tags : un café, deux cafés, trois cafés, moi fatiguée ?, quelle idée