15.05.2009

Le Roi Canute avait le coeur usé...

ivanhoé à la rescousse.gifIvanhoé s'ennuie : sa femme Rowena est une insupportable bigote et leur mariage est un échec. Il décide alors de repartir en croisade auprès de Richard Coeur de Lion, dans le secret espoir de retrouver celle qu'il n'a jamais cessé d'aimer, la belle Rebecca...

 

 

Non, vous ne rêvez pas, chers happy few, cet ouvrage de Thackeray (l'auteur de La foire aux vanités, l'un de mes romans cultes) est bel et bien la suite d'Ivanhoé, l'un des romans les plus célèbres de Walter Scott. Partant du principe que, comme trop souvent, l'auteur a arrêté son oeuvre "de manière aussi peu satisfaisante que prématurée à la page 320 du troisième tome", Thackeray, très déçu que le chevalier Wilfrid n'ait pas épousé la belle Rebecca et se soit contenté de Rowena "aux cheveux filasses", a décidé de leur donner une deuxième chance, en rédigeant, en 1851, ce petit ouvrage qui est une réjouissante parodie des romans de chevalerie du XIXe siècle. En une centaine de pages bien troussées, Thackeray reprend tous les poncifs du genre : le chevalier mélancolique et héroïque (Ivanhoé tue des milliers d'ennemis à chaque bataille), la belle martyrisée (la pauvre Rebecca survit quatre années complètes en ne mangeant que du pain et de l'eau), la femme parfaite (Rowena est insupportable de radinerie, de dévôterie et de flegme britannique), le trouvère qui accompagne le héros (et qui ici chante toujours à mauvais escient) pour ne citer que ces figures emblématiques... Richard Coeur de Lion en prend pour son grade, roi pétri de mauvaise foi et ne songeant qu'à la bagatelle, et les Chrétiens en croisade sont présentés comme des barbares plus sanguinaires que les Maures contre qui ils se battent. Le narrateur intervient tout le temps, refuse de donner des détails, passe sur dix années en deux lignes et permet à des personnages morts d'aller boire une bière puisque leur rôle est terminé. C'est drôle, bourré d'ironie (la fin est délicieuse) et de références : un régal, chers happy few.

William Thackeray, Ivanhoé à la rescousse! (Rebecca & Rowena), Rivages, Série humoristique, 107 pages, traduit de l'anglais par Thierry Beauchamp, première traduction française en 2006, présente édition 2009.

PS : que ceux qui n'auraient pas lu Ivanhoé se rassurent : la préface propose un résumé qui permet de suivre parfaitement l'intrigue. Pour ceux qui n'auraient pas eu la chance de le lire au collège et qui voudraient réparer cette impardonnable lacune, il existe au moins une édition jeunesse complète en folio junior.