31.03.2010

"Ecrire c'est embrasser avec l'esprit"

quand souffle vent du nord.jpgParce qu'il a une adresse mail qui ressemble à une lettre près à celle d'un magazine, Leo reçoit par erreur le mail d'Emmi, qui souhaite se désabonner. Ils entament une correspondance soutenue, tout en sachant bien qu'ils jouent avec le feu. Comment gérer la naissance des sentiments et l'éventuel passage à la réalité quand en plus, comme Emmi on est mariée et belle-mère de deux enfants ?

 

Le roman épistolaire est un genre délicat, chers happy few, la preuve, bien peu osent s'y frotter et parmi eux, ceux qui réussissent à transcender ses limites sont encore moins nombreux. Quand souffle le vent du nord est donc un roman épistolaire, par mails, et comme j'avais gardé un excellent souvenir de Mélissa et son voisin de Meg Cabot, bâti sur le même principe, j'ai foncé tête baissée dans l'histoire de Leo et Emmi. Mais ici, pas de chick-lit, pas de situations téléphonées ni de gloussements de collégienne, on est dans une analyse extrêmement fine de la naissance du sentiment amoureux entre deux personnes qui communiquent sans se connaître et qui ne sont pas naïves au point de ne pas comprendre tout de suite dans quoi elles s'embarquent. Leo, surtout, psychologue du langage, homme intelligent, franc, honnête, sincère et drôle (je comprends parfaitement que Cuné en soit tombée follement amoureuse, je l'aurais fait aussi si je n'étais pas aussi accaparée par un certain Docteur) (oui, j'arrive à le glisser dans n'importe quel billet, c'est ça le talent, chers happy few), saisit tout de suite que l'échange de mails entamé par hasard est loin de ne pas prêter à conséquence. Emmi, elle, a plus de mal à s'auto-analyser, empêtrée qu'elle est dans sa vie de famille et dans une relation complexe avec son mari. Ce remarquable dialogue amoureux (car Leo et Emmi ne parlent finalement que de leurs sentiments et de rien d'autre) que l'on lit d'autant plus comme un thriller que les rebondissements s'enchaînent, est servi par une forme épurée au maximum : outre le fait qu'il n'y a bien évidemment pas de narration, il n'y a pas de scories non plus dans les mails (pas de dates, pas d'heures, pas d'adresse d'expéditeur et de destinataire), ce qui permet au lecteur d'entrer de plain pied dans cette correspondance, comme s'il lisait par dessus l'épaule des personnages. Cela crée une intimité folle et participe certainement du succès de ce roman outre-Rhin ; les lecteurs allemands ont tellement aimé qu'ils ont poussé Daniel Glattauer a en écrire une suite, frustrés et furieux d'une fin que j'ai pour ma part trouvée excellente. Quand souffle le vent du nord (quel beau titre) est un roman riche et surprenant qui se sert avec subtilité d'un media contemporain qui a envahi nos vies au point de modifier nos comportements et que je recommande très chaudement, chers happy few.

 

Daniel Glattauer, Quand souffle le vent du nord (Gut gegen norwind), Grasset, traduit de l'allemand par Anne-Sophie Anglaret, 348 pages, 2010 pour la traduction, 2006 pour la publication en VO.

 

Elles sont sous le charme de Leo, l'homme qui dit embrasser comme il écrit : Cuné, Celsmoon et Emeraude. Cathulu, elle, a refusé de succomber. Quelle force d'âme.