12.11.2008

Tsuru no Sugomori

41hrGOOessL__SL500_AA240_.jpg Aéroport de Rome, fin des années 70. La CIA abat deux terroristes israéliens, qui s'étaient donné pour mission d'exécuter, à Londres, des terroristes palestiniens ayant prévu de détourner un avion. Mais la CIA a fait le travail à moitié : elle ne savait pas qu'il y avait un troisième terroriste, la jeune Hannah Stern. Cette dernière se rend dans les Pyrénées basques, non loin de Tardets, pour demander de l'aide à Nicholaï Hel, le tueur le plus réputé du monde, désormais à la retraite et ami de son oncle, feu Asa Stern. La CIA, contrôlée par la Mother Company, un puissant consortium qui gère le pétrole dans le monde, ne l'entend pas de cette oreille...


Shibumi est un roman d'espionnage absolument passionnant, chers happy few, dont la première qualité, et non la moindre, est de nous proposer une intrigue dense et foisonnante parfaitement tenue de bout en bout. Au début du roman alternent les chapitres mettant en scène les Américains, et la façon dont un homme, Diamond, se rend compte que la CIA s'est fait avoir (ils n'avaient pas vérifié leur source, c'est ballot mais cela va de pair avec la description qui est faite des ces balourds incompétents) avec des chapitres retraçant la vie de Nicholaï Hel, né à Shangaï dans les années 30 de mère russe et de père allemand, pris à la mort de sa mère sous l'aile du dernier amant de celle-ci, le colonel Kishikawa, envoyé étudier le Go auprès de Otake-san dans un petit village japonais pendant la seconde guerre mondiale, puis devenu, par un concours de circonstance, un tueur spécialisé dans l'élimination des terroristes. La deuxième qualité de ce roman est d'ailleurs la caractérisation et la densité des personnages : Nicholaï Hel est un homme fascinant, occidental par sa naissance mais oriental par son éducation, qui joue au Go et cherche désespérement le shibumi, la beauté inacessible, par la méditation ou encore l'entretien de son jardin japonais. Il se livre aussi à la spéléologie, sa grande passion, en compagnie d'un homme haut en couleurs, le Basque Benat Le Cagot, personnage truculent, un peu terroriste, complètement loyal et vraiment drôle (j'ai adoré ses jurons : il jure toujours par les couilles de saints célèbres mais de manière adaptée, par exemple par les couilles criblées de flèches de saint Sébastien ou par les couilles enflammées de Moïse). C'est un roman où tout le monde en prend pour son grade, les agences de renseignement se révélant être aux mains d'hommes dont l'opportunisme est une seconde nature, motivés uniquement par le profit et les individus ne valant guère mieux, motivés par l'appât du gain ou par des idéaux fumeux mais où paradoxalement l'amitié est forte (Nicholaï Hel entretient de vraies relations, fondées sur le respect et une forme d'amour avec sa concubine, Hana, Benat ou encore avec le Gnome, son agent de renseignements personnel). Le Pays basque tient aussi une place importante dans cette histoire, avec ses habitants secrets et ragoteurs, ses contrebandiers, ses jours blancs (phénomène très angoissant d'ailleurs, en tout cas dans la description qui en est faite) et ses gouffres (je tiens à dire que les parties consacrées à la spéléologie sont aussi passionnantes que le reste ce qui tient pour moi du tour de force). La plume de Trevanian est acérée et cynique et il a assurément le sens de la formule et de la narration. Excellent, chers happy few, vraiment excellent.


Trevanian, Shibumi, Gallmeister (traduit de l'américain par Anne Darmour, nouvelle traduction révisée), 443 pages (parution originale 1979, première parution en France 1981 chez Robert Laffont)


L'avis enthousiaste d'Emeraude, qui m'a donné envie de le lire.
Le site des éditions Gallmeister, qui publient dans leur collection Noire des auteurs américains dont les traductions étaient épuisées en France, ce qui est une idée géniale.

PS : ce roman est en cours d'adaptation au cinéma avec Keanu Reeves dans le rôle de Nicholaï Hel.
PSbis : le titre de mon billet est emprunté au Go, il s'agit de la phase au cours de laquelle les pierres ennemies sont capturées.