30.12.2008
A la pointe de la plume
1808. Jane Austen vit à Southampton avec sa mère, l'irrascible Mrs Austen depuis 18 mois. Cassandra est en voyage, et la jeune femme mène une vie bien monotone, quand réapparaît Lord Harold, surnommé le Gentleman Gredin, qui la charge d'une mission d'espionnage auprès de la sublime Sophia Challoner, veuve de fraîche date, récemment rentrée du Portugal et soupçonnée d'avoir des accointances catholiques...
Jane Austen et les fantômes de Netley est le septième volume de la série dans laquelle Stephanie Barron a fait de la célèbre romancière une espèce de détective qui résout des énigmes qui pimentent un peu sa vie si régulière. Et comme je vois les puristes des séries dans l'ordre (qui sont très nombreuses et dont je fais partie, je l'avoue bien volontiers) hausser déjà la voix pour demander ma pendaison par les pieds en place publique, j'explique tout de suite pourquoi j'ai lu le septième volume et non le premier : il m'a été offert par Karine dans le cadre du swap Noir c'est noir de l'année dernière et elle avait à l'époque vainement cherché les premiers de la série, manifestement plus disponibles au Québec. Je rassure tout le monde : commencer par le septième n'entame en rien la compréhension de l'intrigue même si je découvre ici le fameux Gentleman Gredin, dont ce n'est manifestement pas la première apparition.
Ceci étant posé, et après avoir précisé que j'avais très envie de découvrir cette série dont on avait pas mal parlé l'année dernière sur la blogosphère, j'ai trouvé que c'était une lecture agréable mais pas renversante. La plus grande réussite tient à mon avis dans l'atmosphère : le port, l'automne, les bavardages pénibles de Mrs Austen (qui emprunte quelques aspects à Mrs Bennett), l'abbaye de Netley qui est le décor principal de l'intrigue, le style qui imite un peu celui d'Austen (l'histoire que l'on découvre est censée être rédigée de la main même d'Austen dans son journal intime), la couleur locale (ah, la modiste!), tout ça est très bien rendu et permet de faire naître un décor crédible et attachant. L'utilisation de Jane Austen en tant que personnage principal est, elle, plus discutable. Evidemment, en bonne austenite j'étais fort curieuse de la voir vivre un peu ; on est content de voir apparaître ses frères et soeur, on apprend quelques bricoles sur sa vie, mais l'auteur semble s'être trouvée piégée par son personnage : à trop suivre la vie réelle de son héroïne, elle ne lui donne aucune liberté et l'empêche de vivre (ce qui est assez paradoxal pour un romancier). Cette restriction de ses mouvements et de ses élans sentimentaux confère au personnage finalement assez peu d'autonomie et la rend peu active dans la résolution d'une intrigue pas franchement passionnante. Une curiosité, mais il m'étonnerait fort que je lise les autres titres de la série.
Stephanie Barron, Jane Austen et les fantômes de Netley, Le Masque, coll. Labyrinthes, traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Patricia Christian, 396 pages, une jolie couverture et de grosses coquilles, dont un joli (ou vilain c'est selon) "Lord Harold et moi suivirent".
Ce roman a été lu dans le cadre du challenge Le nom de la rose, catégorie nom propre. J'en ai lu 4/6. A suivre.
PS : merci encore Karine!
06:30 Écrit par fashion dans Challenge le Nom de la Rose, Littérature anglo-saxonne, Polars | Lien permanent | Commentaires (25) | Envoyer cette note | Tags : jane austen, son journal, ses enquêtes, toutes les abbayes ont-elles leur fantôme ?