01.08.2009

Du rififi chez les dieux

seigneurs de l'olympe.jpgZeus est un peu inquiet : Lycaon, le roi impie, l'a menacé avant de mourir, les déesses caquetantes complotent derrière son dos, menées par la perfide Héra, Athéna, sa fille préférée, a couché avec Ganymède, les géants réclament plus de territoire, les satyres, centaures et autres faunes protestent contre la destruction des forêts par les humains, cette sale engeance, et un monstre, mi homme, mi bête et totalement affreux, Typhon, réclame le trône. C'est pas facile tous les jours d'être le roi des dieux...

 

Seigneurs de l'Olympe est un roman de fantasy tout à fait réussi, chers happy few, qui a pour particularité de raconter à sa manière la Gigantomachie, guerre que Zeus mena contre les géants pour s'assurer définitivement le trône. Javier Negrete reprend à son compte les sources connues (notamment Hésiode, Apollodore et dans une moindre mesure Homère) et des travaux de recherche modernes et livre une histoire passionnante qui combine avec bonheur des éléments mythologiques (et pas seulement empruntés à la mythologie grecque) et d'autres clairement fantasy (des dragons, des anneaux magiques...) voire même de science-fiction (Zeus est équipé d'un bras de cyborg, même si le mot n'est jamais énoncé et Héphaïstos a créé des femmes automates). Le grand intérêt de cette réécriture très personnelle, outre une intrigue solide et un final grandiose digne des plus grandes batailles de l'heroïc fantasy, est de faire vivre sous nos yeux des dieux qui ont finalement des traits bien humains (Apollon est mélancolique, Hermès courageux mais peureux, Aphrodite égoïste, Arès idiot comme ses sandales, Athéna très attachante dans sa volonté de plaire à tout prix à son père et sa détermination sans faille...) et de proposer sa propre explication de certains faits jamais expliqués (comme le fait qu'Aphrodite n'a jamais couché avec Zeus). Il modifie la mythologie de manière très judicieuse (je pense notamment au personnage d'Héraclès, parfaitement introduit et campé pour servir l'action), rend Zeus sympathique (une prouesse) et s'offre le luxe d'une pirouette finale très réjouissante, faisant finalement de Cronos le plus malin de tous. Un roman astucieux, bien documenté, bien construit, bien écrit : parfaitement jouissif donc.

 

Javier Negrete, Seigneurs de l'Olympe (Senores del Olimpo), L'atalante, coll. La dentelle du cygne, traduit de l'espagnol par Christophe Josse, 412 pages et une couverture de circonstance puisqu'il s'agit du tableau d'Ingres, Thétis implorant Jupiter.

A noter que ce roman a obtenu le prix Minotauro en 2006.

 

(PAL de vacances : - 6)