21.06.2010

Did I fall asleep ?

Comme ceux qui suivent les élucubrations auxquelles je me livre depuis plus de trois ans dans ce modeste salon le savent, chers happy few, je voue à Joss Whedon un culte, un vrai, un de ceux qui incluent danse nue autour d'un autel à sa gloire avec "evohé" de bon aloi (car je suis digne en toutes circonstances comme chacun le sait), lecture d'articles qui lui sont consacrés, visionnage en boucle de ses séries et mails hystériques à destination des autres whedonaddicts. Et malgré tout mon amour, je n'avais pas encore regardé la saison 1 de Dollhouse, pourtant acquise il y a quelques mois (oui, parfois je suis comme ça, je manque à tous mes devoirs, d'ailleurs pour me punir, je vais rouvrir les Harlequinades, tiens, ça m'apprendra). Il faut dire que je ne sais pas vous, chers happy few, mais je ne connais pas pire situation que la déception artistique provoquée par un être que l'on aime d'amour, d'où mes atermoiements.

 

Dollhouse_Season_1_Poster.jpg

 

Dollhouse (littéralement, la maison de poupée) est une organisation secrète qui propose à des gens très riches et peu encombrés par des considérations morales un service extrêmement spécial : louer les services de "poupées", des gens vides, dont la personnalité a été effacée et stockée dans un petit boîtier et à qui on injecte une personnalité composite qui correspond à la demande du client. Certains veulent une femme pour un week-end parfait, d'autres attendent la baby-sitter d'exception, d'autres encore une voleuse hors-pair ou une dominatrice. Echo (Eliza Dushku) est une "poupée" ("active" dans le langage politiquement correct de la maison) très demandée, elle enchaîne les missions puis reste en sommeil dans la maison de poupées, mémoire vide et occupations routinières (yoga, natation, travaux manuels dignes d'un enfant de cinq ans). Le hic, c'est que contre toute attente, elle semble garder la mémoire, fragmentée et non gérée, de ses missions, ce qui inquiète les dirigeants de la maison. En parallèle, un flic, Paul Ballard (Tahmoh Penikett) bien décidé à mettre fin à ce qu'il considère à juste titre comme de l'esclavage et de la traite d'êtres humains, est prêt à tout pour prouver l'existence de la maison de poupées.

 

dollhouse1.jpg
Les "Actifs", un terme neutre qui cache une réalité épouvantable, encadrés à gauche par Paul Ballard, le flic obsessionnel et trop curieux et à droite par Topher Brink, le savant fou, Adele De Witt, qui dirige la maison et Boyd Langton, celui qui s'occupe d'Echo quand elle est sur le terrain.

 

Oh mon Dieu, chers happy few, quelle série! (Oui, c'est le grand retour du couinement enthousiaste, en même temps, on me dit en régie qu'il n'est jamais bien loin, c'est pas faux.) Originale, complexe (on va de découvertes en rebondissements parfois inattendus et c'est une atteinte du syndrome "je trouve toujours le coupable au bout de cinquante pages" qui vous parle), Dollhouse est une série de pure science-fiction avec tout le sous-texte que cela implique : utilisation de la science (ici la manipulation cérébrale) et mise en scène de ses dérives (pourquoi ne pas profiter de ces corps volontaires pour se réincarner à l'infini ?), réflexion sur l'individualité et l'humanité (qu'est-ce que la personnalité, qu'est-ce que l'âme ?) et la responsabilité personnelle, résistance politique et une très intéressante réflexion morale. Tournée pour moitié comme un huis-clos dans les locaux à la fois zen et étouffants de la maison de poupées, c'est une première saison très riche, qui explore magistralement la complexité de la psyché humaine et met en scène des personnages passionnants, Topher Brink et Adele De Witt en tête (car contre toute attente, ce n'est pas le personnage principal le plus intéressant, en partie en raison de son absence de personnalité, en partie en raison de ce que l'on apprend de sa vie "d'avant" qui en fait une femme finalement sans surprise et sans zones d'ombres).

 

dollhouse2.jpg
"Did I fall asleep ?"

 

Mais comme on ne change pas une équipe qui gagne, c'est évidemment une saison qui a souffert (encore!) de l'ingérence de la production (Joss a vraiment eu la chance que Buffy rencontre immédiatement un public qui ne l'a jamais désavoué parce que pour le reste, entre le massacre de Firefly et ce qui est arrivé à la saison 1 de Dollhouse, c'est la lose, hélas). Whedon avait signé pour 13 épisodes, qu'il a tournés, mais la production n'a pas diffusé le pilote (again, l'histoire Firefly se répète) et lui a alors réclamé un quatorzième épisode. L'existence d'une saison 2 étant fortement compromise, Whedon a alors tourné un treizième épisode (Epitaph One) qui clôture totalement la saison 1 mais que la Fox n'a jamais diffusé, lui allouant finalement le budget (largement amputé) pour une saison 2 (qui sera la dernière). Cet épisode figure dans le coffret DVD (de même que le pilote jamais diffusé), ce qui permet paradoxalement de voir cette saison 1 comme une série terminée, de manière totalement incroyable et brillante (j'ai adoré ce dernier épisode aux accents d'apocalypse) : je me demande vraiment comment Whedon a scénarisé la suite (en faisant comme si cet épisode n'existait pas ou en s'en servant au contraire d'une manière ou d'une autre), ce que je découvrirai quand la saison 2 sortira, ce qui ne saurait tarder, chers happy few.

 

Le billet de Thomas, élogieux en diable.

 

Dollhouse, saison 1, 2009, 14 épisodes dont 2 jamais diffusés.

26.03.2010

Had I not seen the sun, I could have borne the shade

 

amos.jpgsatya.jpgzic.jpgviolette.jpgLes Blue Cerises, c'est une bande d'ados de 16 ans, Amos, Satya, Zik et Violette. Ils sont soudés par un secret et même s'ils appartiennent à des milieux différents, même s'ils n'habitent pas le même quartier, entre eux, c'est une amitié très forte, comme on en connaît à cet âge-là, faite de confidences et de soirées partagées.

 

Le pari un peu fou de cette série est de faire raconter leurs histoires en parallèle sur plusieurs saisons (la troisième sort la semaine prochaine et il y en aura au moins 4 si mes sources sont bonnes), par quatre auteurs différents, qui ont en charge chacun un des personnages : Sigrid Baffert pour Amos, Jean-Michel Payet pour Satya, Maryvonne Rippert pour Zik et Cécile Roumiguière pour Violette. Et ce pari séduisant et risqué est une totale réussite, chers happy few. Côté narration, toutes les histoires se mêlent sans redite aucune et chacune, centrée autour d'un personnage qui n'est qu'en arrière-plan dans les autres, est parfaitement construite, le tout possédant un équilibre narratif absolument parfait (il faut évidemment lire les romans dans l'ordre prévu, qui est clairement indiqué au début). Côté personnages, chaque auteur a su peindre des ados au comportement d'une infinie justesse, dont le lecteur accompagne avec plaisir et intérêt les doutes et les questionnements. Cette première saison, qui se déroule pendant les vacances de la Toussaint, met en scène avec talent des ados tous confrontés d'une manière ou d'une autre au surgissement du désir amoureux, chaque histoire étant le reflet de la personnalité de celui qui la vit : Amos et son archer beau comme Saint Sébastien, Satya et sa poétesse, Zik et son Jim Morrissey et Violette et son infirmier brutal. C'est bien écrit, les personnages sont attachants (pour l'instant mon préféré est Amos), il y a de l'humour et de la poésie dans ces vies-là... Je me suis déjà procuré la suite, chers happy few!

 

Les Blue Cerises, saison 1 : Amos, Cibles mouvantes (58 p.) / Satya, L'attentat (63 p.) / Zik, L'ange des toits (55 p.) / Violette, L'amour basta (57 p.), Milan, Macadam, 2009.

 

Merci à Emmyne d'en avoir fait un livre voyageur! Stéphie et Bladelor ont aussi beaucoup aimé.