15.09.2009

Ecrire était une chose merveilleuse...

ravalec.jpgEn 1995, Vincent Ravalec, à l'époque estampillé "jeune auteur très prometteur" avait écrit une espèce d'essai sur la condition d'auteur où il racontait la façon dont le succès lui était tombé dessus (il a reçu le premier Prix de Flore pour Cantique de la Racaille), les paillettes, le showbiz, les filles (ou leur absence) et tout le reste. Il a repris le texte initial, l'a légèrement revu et lui a ajouté 80 pages, intitulées Le Retour de l'auteur, sur son expérience d'écrivain avec plus de 10 ans de recul et 37 romans à son actif.

 

C'est Cuné, monsieur le juge, qui a mis cet ouvrage entre mes blanches mains, je plaide non-coupable donc pour cet ajout PALesque, qui n'a en fait même pas eu vraiment le temps de coexister avec ses petits camarades tant je l'ai lu rapidement (qui a dit que c'était pour ne pas l'ajouter au terrible nombre à trois chiffres qui constitue ma MTPAL ? méchantes langues sans coeur, vous mériteriez de subir mes cours d'héraldique, tiens, vous feriez moins les malins, non mais). Bref. J'ai lu il y a longtemps (l'année de sa sortie pour être tout à fait précise, ça ne nous rajeunit pas ma brave dame) Cantique de la racaille, et le style de ce Retour de l'auteur ne correspond pas du tout au souvenir que j'avais gardé du style de Ravalec. On est ici dans un récit au ton résolument léger, qui tient plus de la galéjade sans conséquence que de la satire corrosive. Si certains passages m'ont fait sourire, comme la description des manifestations provinciales autour du livre ou la visite des boîtes échangistes pour le magazine Couples, j'ai trouvé que l'ensemble manquait d'envergure et de mordant, et que la dernière partie, qui met en scène une société secrète autour du Livre, n'était pas assez fantaisiste. Un ouvrage inabouti sur un sujet qui aurait à mon sens mérité nettement plus de drôlerie.

 

Vincent Ravalec, Le Retour de l'auteur, Le dilettante, 250 pages, septembre 2009

Les billets de Cuné, la tentatrice et de Martine, déçue.   

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09.09.2009

A Vatapuna

Parfois, chers happy few, la vie vous joue des tours.

Comme vous vous en souvenez peut-être, j'avais lu, pour le Prix Landerneau 2008, Et mon coeur transparent de Véronique Ovaldé, que j'avais détesté. Comme j'avais manifestement été l'une des rares dans ce cas, j'avais retenté l'expérience Ovaldé avec Déloger l'animal, qui était dans ma PAL grâce au Lotobook et que j'ai abandonné page 56. Je pensais alors que Véronique et moi étions définitivement en froid, ce qui, malheureusement, arrive parfois.

Et puis elle a sorti un nouveau roman. Je ne m'y suis du coup pas intéressée jusqu'à ce que je lise de jolies choses sur lui, ici et là, surtout ici d'ailleurs et surtout . Me voilà donc, presque malgré moi, en train de le feuilleter dans une librairie, et de me rendre compte au bout d'un quart d'heure que non seulement j'allais être en retard à mon rendez-vous, mais qu'en plus j'avais lu 40 pages, comme ça, d'une traite. J'ai alors demandé à Dame C. si elle voulait bien me prêter ce roman et me sauver ainsi de l'incertitude qui s'était abattue sur moi : pouvais-je vraiment aimer Ce que je sais de Vera Candida ?

La réponse est oui. Sans réserve.

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Vera Candida quitte la petite île de Vatapuna à 15 ans, enceinte d'un viol. Elle laisse derrière elle Rose, sa grand-mère, qui l'a élevée à la place d'une mère défaillante et maltraitante et la pauvreté d'une vie sans horizon. Elle se réfugie sur le continent où elle rencontre un journaliste, Itxaga, qui tombe éperdument amoureux d'elle...

 

Ce que je sais de Vera Candida est un roman à la fois tragique et enlevé, qui raconte le destin de trois femmes de la même famille dont l'existence a été bouleversée par un homme, Jeronimo, qui a un jour décidé que la cabane de Rose gênait sa vue. A cause de cette histoire de cabane Rose tombe enceinte et le cercle infernal de la fatalité s'abat sur sa fille, Violette, puis sur sa petite-fille, Vera Candida. Au-delà d'une histoire souvent bouleversante de femmes qui survivent comme elles peuvent dans une société aux mains des hommes qui imposent leur loi et brandissent leur désir comme un étendard, j'ai été conquise par un style enchanteur, d'une fluidité et d'une limpidité totale, dont les ruptures de ton sont d'une drôlerie souvent inattendue. On  croise dans les rues de Lahomeria, la ville imaginaire ou de Vatapuna, l'île où l'on finit toujours pas revenir, un homme qui se travestit et tente de sauver les filles abusées, une femme qui cache de bien vilains secrets, un journaliste idéaliste en vespa qui est le seul de toute la ville à porter un casque, une petite fille qui devient une femme en habits démodés, un fantôme, un trésor, un squelette de pendu et surtout, beaucoup d'amour. Un très beau roman, définitivement.

 

Véronique Ovaldé, Ce que je sais de Vera Candida, L'Olivier, 293 pages, août 2009.

Les billets d'Amanda et Cuné (thanx again!).

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