09.09.2008
Et la mer s'est teintée de pourpre
Au début des années 80 à Beyrouth. Bassam et Georges sont adolescents et ils ont l'impression d'avoir toujours connu la guerre. Ils vivent sous les bombes et gagnent de l'argent comme ils peuvent. Mais Georges est attiré par la milice alors que Bassam n'a qu'une idée en tête : fuir le pays...
De Niro's game est un roman que vous risquez de voir chroniqué un peu partout, chers happy few, puisqu'il a été proposé à de nombreux blogueurs par Chez les filles, et comme la chair de la LCA que je suis est faible hélas et que je n'ai pas lu tous les livres, j'ai accepté de bon coeur de le recevoir (ok, je ne refuse jamais un livre, je sais, c'est mal, je pense aller en reading rehab'). Et c'est une excellente surprise! L'histoire de Bassam (dont il est le narrateur) commence comme un pied de nez à la mort, dans l'insouciance de l'adolescence confrontée à la guerre civile : les deux ados se baladent à moto, font du trafic pour s'acheter des cigarettes et draguent les filles. Une vie semblable à celle des ados du monde entier, sauf que... sauf que les bombes tombent dru, sauf que les femmes sont en noir et les maisons éventrées, sauf que l'eau est coupée cinq jours sur sept, sauf que Georges ne se promène pas sans son revolver, sauf que la violence a déjà gagné le coeur et le comportement des deux adolescents. Et ils s'éloignent l'un de l'autre, inexorablement. De trahisons en coups montés, d'attentats en assassinats, le destin de Georges et de Bassam se confond avec celui du Liban jusqu'à la fin, inexorablement tragique. C'est une histoire poignante et bouleversante, d'une grande justesse psychologique, qui montre que la guerre est paradoxalement un jeu très sérieux pour ces jeunes gens nourris de cinéma américain et qui ne se sentent pas mortels (la référence à Voyage au bout de l'enfer qui parcourt le roman, est assez terrifiante), histoire magnifiquement servie par un style très poétique, qui forme un contraste saisissant avec la violence du propos.
Une réussite, violente et âpre, qui a le goût amer du sang et de l'innocence perdue, chers happy few!
Rawi Hage, De Niro's game, Denoël, & d'ailleurs (traduit de l'anglais (Canada) par Sophie Voillot), 262 pages
Les avis de Caro[line], Cathulu, Karine, Kathel, Levraoueg, Erzébeth
PS : A noter que ce roman a reçu le Prix des Libraires du Québec.
Rentrée littéraire 2008, romans étrangers
13:15 Écrit par fashion dans Littérature canadienne | Lien permanent | Commentaires (29) | Envoyer cette note | Tags : rawi hage, beyrouth