14.05.2009

Un monde qui meurt dans les flammes

un dieu un animal.jpgLe narrateur est un mercenaire rentré d'un pays en guerre dans son village natal. Il a vu des horreurs sans nom, il a perdu son meilleur ami, il est rongé par une violence sourde et un désespoir sans fond. Au milieu du chaos qu'est devenue sa vie, il se raccroche à son premier amour, Magali, une jeune fille qu'il voyait pendant les vacances et dont il est sans nouvelles depuis des années. Il lui envoie une lettre comme d'autres jettent une bouteille à la mer. Mais Magali, qui vit de son côté une petite vie minuscule et étriquée est dévouée corps et âme à son entreprise...

 

Un dieu un animal, premier roman que je lis dans la sélection 2009 du Prix Landerneau, chers happy few, est un roman qui vous frappe comme un coup de poing en plein visage. Dans un style ciselé et incandescent, qui alterne avec brio et fluidité la deuxième et la troisième personnes (le narrateur se tutoie comme pour exprimer la distance terrible qu'il éprouve face à ce qu'il est devenu et parle de Magali à la troisième personne), le jeune homme raconte une véritable descente aux enfers. Il voulait quitter à tout prix ce village qui l'emprisonnait et pour cela il n'a rien trouvé de mieux que l'armée. Remercié au bout des deux ans qu'a duré son contrat, il attend, étouffé par la moiteur du climat et les hallucinations causées par la drogue, que le lieutenant Conti tienne sa promesse et le rappelle, pour en faire un mercenaire. Il ira assurer la sécurité de ceux qui le payent dans les pays en guerre, où il verra se déployer la cruauté humaine sous toutes ses facettes (certains passages sont d'une violence inouïe comme ce que ce père fait subir à son tout jeune fils, où le martyre d'Ibn Mansur). Persuadé d'avoir été abandonné par Dieu, le jeune homme croit trouver en Magali une espèce de planche de salut, comme un îlot intact d'enfance et de sentiments sincères. Mais Magali est devenue une femme broyée par la course à la productivité, elle vit dans un monde où la compétition est la vie (c'est le slogan de sa boîte). Chasseuse de têtes, elle passe son temps à échafauder des stratégies pour détourner les bons éléments de leur entreprise et les faire embaucher ailleurs, aiguillonnée par les primes et la volonté de voir son nom figurer sur la liste des employés du mois. Entre ces deux âmes blessées, le rendez-vous ne mènera à rien car il est trop tard. Un dieu un animal est la description sans concession et terrifiante d'une humanité qui court à sa perte. Glaçant.  

Jérôme Ferrari, Un dieu un animal, Actes Sud, 110 pages, 2009

L'avis de Lily, qui a eu un coup de coeur.

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14.06.2008

Sous les bombes

410TsN6aO3L__SL500_AA240_.jpg Beyrouth sous les bombes. La narratrice, une jeune fille de 15 ans, vit avec son père, brisé de chagrin par le départ de sa femme, ses oncles et tantes et sa grand-mère, dans le quartier aisé de la ville. Libre, farouche et indépendante, elle continue à aller au Lycée, marche sous les bombes, refuse de se voiler et rencontre un homme...


Voilà un roman, chers happy few, que je n'aurais jamais eu l'idée d'ouvrir si on ne me l'avait pas mis dans les mains (il fait partie de la sélection du prix Landerneau) : le sujet ne me tente pas et je lis très peu de romans édités dans la Blanche, bref, autant de préjugés qui font que je serais passée à côté et ça aurait été vraiment dommage, tant ce roman, dense et foisonnant est une excellente découverte! L'histoire de cette jeune fille, écartelée entre la France et le Liban (sa mère, enfuie avec un amant, était Française), entre la guerre qui fait rage à l'extérieur et la quiétude illusoire et trompeuse de son foyer (sa famille vit comme s'il n'y avait pas de combats, pas d'obus, pas de tireurs embusqués), entre la modernité procurée par son père (elle est libre, elle va au Lycée, même sous les bombes, elle traîne dans les rues dangereuses) et le traditionalisme de ses oncle et tantes (ils veulent qu'elle porte le voile, qu'elle accepte un mariage arrangé, qu'elle ne bouge plus de la maison) est d'une incroyable violence à la fois montrée et retenue, qui sourd des paragraphes où alternent la première et la troisième personne, comme si parfois cette narratrice se regardait vivre de loin, tant la réalité est douloureuse. Cette histoire initiatique est magnifiquement servie par une langue acérée et froide comme l'acier des armes et par un style vraiment très beau, extrêmement puissant. On suit cette histoire en sentant monter progressivement un sentiment d'inéluctable jusqu'à la fin, espèce d'apothéose abrupte et brutale qui m'a laissée sans voix.


Une très belle découverte, chers happy few : si tous les romans de la sélection sont de cet acabit, je risque de ne pas m'en remettre!


Yasmine Char, La main de Dieu, Gallimard


Les billets d'Amanda (qui lui reproche sa brièveté) et de Stéphanie (conquise, ce roman a eu droit à un joli coeur rouge).

Lu dans le cadre du prix Landerneau.
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