17.10.2008

La parenthèse enchantée

S'il y a un cinéaste dont je ne rate jamais aucun film, chers happy few, même cas de force majeure comme un accouchement ou Colin qui attend à la maison (oui, je sais, mais on peut bien rêver un peu, non ?), c'est bien Woody Allen. Notre histoire d'amour a commencé en 1987, quand j'ai vu La rose pourpre du Caire, un film qui a enchanté la cinéphile qui sommeillait en moi (je sais que c'est difficile à croire quand on voit le nombre de daubes dont je fais l'apologie, chers happy few, mais j'ai été cinéphile) (un jour) : la réflexion sur le cinéma, le personnage interprété par Mia Farrow, l'humour, tout m'a séduite. J'ai donc entamé la découverte à rebours de la filmographie allenienne, à coups de cassettes vidéos de qualité douteuse et pas toujours en VO (c'est qu'à l'époque, dans une petite ville de province, il fallait souffrir pour la kulture) et j'ai trouvé dans ses obsessions et son humour quelque chose qui m'a parlé. A partir de là, je me suis rendue chaque année (ou presque) en salles pour voir le nouveau cru. Et, comme dans toutes les grandes histoires d'amour, celle-ci n'est pas allée sans heurts et sans grincements de dents. Parce que je suis magnanime et que j'aime tant Woody, je lui ai beaucoup pardonné, chers happy few : j'ai fermé les yeux quand la légèreté est devenue superficialité (le summum restera pour moi Le Sortilège du Scorpion de Jade), quand il est tombé dans l'autoparodie (ah, son personnage dans Maudite Aphrodite) et quand il a recyclé son propre scénario (Le rêve de Cassandre, pour moi le plus mauvais film de toute sa filmographie est à bien des égards le décalque de Match Point). Vous avez donc compris que je ne pouvais pas ne pas aller voir


18982308.jpg Vicky Cristina Barcelona.

Vicky (Rebecca Hall, la révélation du film) et Cristina (Scarlett Johansson) vont passer l'été à Barcelone, chez une parente éloignée de Vicky. Elles font rapidement la connaissance de Juan Antonio (Javier Bardem, so sexy que c'en est un péché), un peintre dont les déboires conjugaux ont défrayé la chronique peu de temps auparavant, son divorce d'avec Maria Elena (Penelope Cruz éblouissante) ayant fini dans une tentative d'assassinat de la part de sa femme. Juan Antonio, séduit par les deux Américaines, leur propose de passer un week-end en sa compagnie, à Oviedo...


Après Londres et ses couleurs froides, c'est à Barcelone que Woody a donc posé sa caméra, et la ville, magnifiquement filmée dans des tons jaunes lumineux est véritablement le troisième personnage du film, comme le laissait penser le titre. Elle est l'endroit où tout est possible : parce qu'elles sont loin de chez elles, les deux jeunes femmes vont pouvoir vivre autre chose, quelque chose de nouveau et de forcément excitant. Suivies par une voix off, procédé que j'ai adoré tant il est à la fois littéraire et distancié (car le narrateur ne donne que très rarement des aperçus des sentiments des protagonistes comme c'est la cas d'habitude mais il comble les trous narratifs), Vicky et Cristina, séduites par la personnalité chaleureuse et sensuelle de ce peintre au diapason de sa ville (et je ne dirai jamais assez combien Javier Bardem est follement séduisant, Magda avait raison, sauf que ce n'est pas un oreiller que je vais broder à son nom mais une parure de lit, carrément), envisagent un instant (mais un instant seulement) de changer enfin de vie. La sage et pragmatique Vicky se demande si elle ne pourrait pas devenir un être passionné et l'indécise Cristina si elle ne pourrait pas poser ses bagages dans ce milieu artistique qui lui plaît tant. Mais parce qu'on est dans un film de Woody Allen, l'été (pas si sulfureux que ce que la bande-annonce nous laissait croire) ne sera qu'une parenthèse. Le spectateur, lui, ressort de ce film le sourire aux lèvres avec l'envie furieuse d'aller faire un tour à Barcelone. Enchanté, donc.


Vicky Cristina Barcelona, de Woody Allen, à l'affiche actuellement


Ils y sont allés aussi : Secondflore et Ariane