15.06.2009
42 km et des poussières
Comme vous le savez, chers happy few assidus, ce week-end j'ai bravé le réveil matutinal, ma peur de l'avion (personne n'est parfait) et les 36° toulousains pour assister au Marathon des mots, manifestation littéraire qui propose des lectures de textes plus ou moins contemporains par des comédiens célèbres. Le principe est séduisant, car si je préfère lire à haute voix qu'écouter une lecture, je ne peux pas résister à la perspective d'écouter des acteurs, qui maîtrisent donc la diction et l'incarnation du texte. C'est donc avec plaisir que j'ai accepté l'invitation des Espaces Culturels Leclerc et que je me suis retrouvée au Cloître des Jacobins (à côté de mon ancien lycée, la vie est un éternel recommencement, chers happy few) avec Caroline, Stéphanie, Papillon, Erzébeth, Yueyin, Choupynette et Ankya.

Côté lectures, nous avons entamé la journée avec Charles Berling, qui a lu des extraits de Léger, humain mais pardonnable de Martin Provost. J'ai trouvé le texte inintéressant (une espèce d'autobiographie dans laquelle un narrateur raconte son enfance en province dans les années 60, genre de texte auquel tout le monde peut s'identifier : "tiens, mes parents/grands-parents/oncles/tantes/voisins (rayez la mention inutile) avaient eux aussi une table en formica vert dans la cuisine, c'est incroyable") et la lecture de Charles Berling ne l'a pas rendu plus attractif (je fais partie des gens qui pensent qu'une belle lecture fait passer n'importe quoi : si Sami Frey voulait bien me lire le bottin, je serais littéralement ravie). Le comédien maîtrise mal sa respiration sur les phrases longues, il a interverti des syllabes, confondu des pronoms personnels, en bref il n'avait pas correctement préparé sa lecture, passant d'un extrait à l'autre sans expliquer ses choix. Heureusement que les deux lectures suivantes ont été magnifiques. Bernard-Pierre Donnadieu, a lu des extraits de Nous ne sommes pas d'ici de Michel Le Bris, qui était à ses côtés. Les deux hommes sont amis et unis par une belle complicité (le comédien se tournant vers l'écrivain pour vérifier qu'il avait bien prononcé certains mots bretons) et Donnadieu a une voix vibrante et chaude qui magnifie un texte déjà sublime sur le vent. "Nos Bretagne à nous sont toujours intérieures" lit le comédien, et la salle, pourtant gasconne, vibre. Et c'est Bernard Giraudeau qui clôture la journée, avec des extraits de son dernier ouvrage, Cher Amour, qui décline l'autobiographie sur le thème du voyage, aussi bien géographique que temporel. Partie avec des réticences (on ne se refait pas), je découvre un texte épistolaire plutôt bien écrit, traversé d'histoires d'amour et de pointes d'humour, parfaitement incarné par le comédien, qui pour le coup justifie ses choix et commente son texte. Une excellente surprise.
Côté conversations (car c'est le deuxième aspect du Marathon), nous avons assisté à des rencontres avec Lambert Wilson, sublime (of course), Bernadette Laffont et Jean-Louis Trintignant. Ces conversations ont souffert de l'indigence de la présentatrice/animatrice, Karine Papillaud (en orange sur la photo), qui avait manifestement très mal préparé ces entretiens. Elle a posé quasiment les mêmes questions beaucoup trop vagues aux trois comédiens et a trouvé le moyen de dire à Lambert Wilson que la lecture était un "art rudimentaire", ce qui, vous imaginez bien chers happy few, en a fait frémir plus d'un, Lambert le premier (oui, je l'appelle Lambert, deux rencontres en 15 ans permettent ce genre de familiarité, non mais). Heureusement pour le public, ces comédiens sont rompus à l'exercice et, même si les questions les laissent parfois perplexes (et franchement, il y avait de quoi), ils rebondissent avec facilité. Si l'entretien avec Lambert Wilson a beaucoup tourné autour du chant et de son rapport avec la musique (il sera d'ailleurs avec Kristin Scott-Thomas sur la scène du Théâtre du Châtelet à partir du 12 février pour six représentations de Little night music, une comédie musicale adaptée de Bergman (oui, moi aussi, ça me laisse dubitative, chers happy few), qu'il a qualifiée de "marivaudage dans la campagne suédoise" et il est en train de monter un concert qui devrait tourner à partir de décembre), celui avec Bernadette Laffont a été plus littéraire. Venue pour lire des extraits du Quatuor d'Alexandrie, de Durell, elle a parlé de ses pratiques de lectrice : elle n'achète que des occasions et cherche à retrouver d'anciennes émotions littéraires en relisant de vieux romans aimés, comme L'herbe du diable et la petite fumée de Carlos Castaneda, elle a une passion pour les biographies et les correspondances (celle de Flaubert en tête) et n'a pas aimé Harry Potter (au grand drame d'Erzébeth qu'il a fallu réanimer). De son côté, Jean-Louis Trintignant a émaillé ses réponses de citations de Boris Vian, a expliqué son amour pour la poésie (il ne lit pas de romans, "trop psychologiques"), a cité Aragon, Desnos et Jules Renard et a digressé sur les femmes laides, le tout avec une vivacité que ne laissait pas présager son arrivée de vieux monsieur. Un très bon moment.

Et comme nous sommes incorrigibles, nous avons fait un tour dans les tentes librairies installées place du Capitole, où nous sommes tombées nez à nez avec Emmanuelle Urien, qui dédicaçait ses ouvrages, et comme la chair est faible, hélas, et la PAL minuscule, j'ai acheté Tu devrais voir quelqu'un (n'y voyez pas une quelconque allusion à ma LCite aigüe, chers happy few) (de toute façon, je refuse de me soigner).
Au final, ce fut un très bon week-end, qui ne serait pas ce qu'il a été sans les copines, qu'elles soient parisiennes ou toulousaines, les discussions de haute volée (as usual) et les lasagnes au chocolat, qui, oui, sont toujours sur la carte 15 ans après. La pérénité de certaines choses ne laisse pas de me rassurer, chers happy few.
Les billets de Papillon (chez qui vous trouverez une photo des fameuses lasagnes) et Stéphanie.
Un grand merci à Elodie G., qui a rendu ce week-end non seulement possible mais extrêmement agréable. Girl, you're the best. Again.
EDIT de 20h10 : Suite à un affreux chantage, je suis obligée, à mon corps défendant, de rappeler une vérité vraie : Erzébeth est fabuleuse. Pas moins. Limite fantabuleuse. Voilà qui est dit, je me sens mieux.
16:35 Écrit par fashion dans Salons, rencontres, dédicaces | Lien permanent | Commentaires (30) | Envoyer cette note | Tags : lambert est sublimissime, répétons tous en choeur, lambert est le plus beau, le plus grand, le plus sexy, et en plus on se connaît bien, pour ceux qui n'auraient pas suivi notre folle histoire, elle est dans les archives, je vous laisse chercher...