24.01.2009
L'artiste doit être absolument et totalement fou
Thomas Bernhard, écrivain et dramaturge autrichien (1931-1989), rencontre en 1974 le comédien Bernhard Minetti, pour qui il écrit la pièce éponyme Minetti, montée en ce moment et jusqu'au 6 février dans la grande salle du théâtre de la Colline (Paris, 20°), avec Michel Piccoli dans le rôle titre. Minetti raconte une soirée dans la vie d'un vieux comédien qui attend dans un hôtel d'Ostende, un 31 décembre au soir, un directeur de théâtre qui lui a proposé de reprendre le rôle du roi Lear, rôle qu'il n'a pas tenu depuis 30 ans. Minetti attend, Minetti bavarde, Minetti se souvient, Minetti tempête, Minetti vitupère, Minetti discourt.

Alors que dire de cette pièce, sachant que le théâtre de Bernhard n'est pas ma tasse de thé (c'est un euphémisme) et que j'y allais poussée par l'envie de revoir Piccoli sur scène (je l'avais vu dans La jalousie de Guitry en 2001) ? Eh bien, hier soir, Piccoli a été magistral, parfait dans le rôle de ce vieil acteur radoteur, qui attend un directeur de théâtre dans un hôtel d'Ostende comme d'autres ont attendu Godot. La voix feutrée, toute en retenue puis en délires redondants, il vaut à lui seul le déplacement. Ce n'est malheureusement pas le cas de la pièce elle-même : représentée ici dans un décor extrêmement académique et très lourd (ah ce beigeasse et ces appliques), Minetti est finalement une pièce où le comédien soliloque, en présence d'autres personnages pratiquement silencieux, qui, comme le spectateur, sont un peu désemparés devant la loghorrée verbale qui s'est emparée de ce pathétique comédien. Pendant 1 h 20, Minetti ressasse ses succès et ses échecs, sortant de sa valise des bouts de sa vie, comme un reflet misérable du prestidigitateur qu'il fut avant de devenir comédien, et disserte de manière décousue sur l'art, la célébrité, la littérature classique (à laquelle "il s'est refusé"), Shakespeare et la cruauté du monde artistique. Les thèmes abordés ne sont pas inintéressants mais ils reviennent avec la régularité d'un métronome et sont répétés à l'identique 5 ou 6 fois : si l'on comprend parfaitement ce qui se joue ici, dans la mémoire défaillante de cet homme qui n'a peut-être pas vraiment rendez-vous et qui cherche seulement une oreille attentive pour y déverser sa vie et ses obsessions, le procédé n'en est pas moins parfaitement ennuyeux pour le spectateur. A voir pour Piccoli.
Thomas Bernhard, Minetti, avec Michel Piccoli, Evelyne Didi, Gilles Kneusé, Julie-Marie Parmentier..., mise en scène d'André Engel, au Théâtre de la Colline, Paris 20°, métro Gambetta, jusqu'au 6 février 2009. La pièce sera ensuite en tournée à Reims (11 au 14 février), Genève (18 février au 18 mars), Berlin (12 au 14 mars), Villeurbanne (18 au 28 mars), Grenoble (31 mars au 4 avril), Lille (8 au 18 avril), Lausanne (21 au 25 avril et 12 au 17 mai) et Toulouse (28 avril au 7 mai).
Les billets de Rue 89 (le journaliste a malheureusement assisté à une représentation où Michel Piccoli a eu des trous de mémoire, ce qui n'a pas été le cas hier soir et je partage assez sa conclusion) et Le figaro.fr (très élogieux)
09:21 Écrit par fashion dans Au théâtre ce soir | Lien permanent | Commentaires (14) | Envoyer cette note | Tags : minetti, michel piccoli, portrait de l'artiste en vieil homme, 1h20 parfois ça dure 2h20