19.01.2011

Nord et Sud - Elizabeth Gaskell

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Après de nombreuses années passées à Londres auprès d'une parente riche, Margaret Hale, 18 ans, rentre chez ses parents dans un petit village du Hampshire. Son père est pasteur et elle espère reprendre auprès de lui une vie réglée et paisible dans cette région qu'elle aime tant. Mais M. Hale traverse une grave crise qui le pousse à quitter l'Eglise et sa fonction. La famille Hale déménage alors pour Milton, ville industrielle du nord de l'Angleterre en plein essor. Désorientée par le changement radical, Margaret décide de s'armer de courage et découvre un monde dont elle ne soupçonnait pas l'existence, celui des usines et des ouvriers. Elle découvre la lutte des classes et fait bien malgré elle la conquête de John Thornton, directeur d'une manufacture...

 

Ma culture victorienne laissant fortement à désirer, chers happy few, je n'ai découvert l'existence d'Elizabeth Gaskell que fort récemment (à ma décharge on dirait bien que c'est un écrivain qui est injustement tombé dans l'oubli) et j'ai été véritablement charmée par cet excellent roman. Je lui ai trouvé des accents dickensiens (la description du monde ouvrier, la pauvreté, la mort qui rôde) et austeniens (l'histoire d'amour entre Thornton et Margaret est fortement entravée par leur orgueil et leurs préjugés sur lesquels ils campent tous deux avec obstination) mais ces accents n'empêchent en rien Nord et Sud d'être un roman vraiment singulier, par sa façon de mélanger l'histoire de Margaret et l'histoire sociale de l'Angleterre, qui est, comme le suggère le titre, la base même du roman. Le Nord est industriel, enfumé mais énergique et plein de possibilités ; le Sud est rural et tranquille. Les deux ne sont mis en opposition que pour être finalement conciliés par le personnage de Margaret, contrainte de vivre à Milton (ville imaginaire inspirée de Manchester) et qui en tirera le meilleur parti possible. Le lecteur découvre d'abord par ses yeux les conditions de vie des ouvriers, le pouvoir des syndicats, les grèves, les affrontements entre patronat et prolétariat et suit avec intérêt la façon dont elle s'investit très rapidement dans cette ville et dont elle incarne finalement la conciliation en poussant les uns et les autres au dialogue. Mais on a aussi le point de vue de Thornton, homme volontaire et respecté qui croit que la volonté peut tout et qui a finalement des idées assez en avance sur son temps (ce qu'il appelle ses "expérimentations" et qui sont des avancées sociales pour les ouvriers). Margaret est un personnage très attachant et très intéressant, une femme droite et morale qui se remet sans cesse en question tout en s'adaptant avec facilité et en s'émancipant de la tutelle des autres (il faut dire que la vie l'y contraint un peu, la pauvrette). Nord et Sud est un roman riche et dense, d'une grande finesse psychologique (j'ai vraiment beaucoup aimé l'histoire d'amour et les personnages secondaires, notamment M. Bell, malgré son arrivée tardive dans le roman), servi par un style très agréable et non dénué d'humour. Je n'en ai assurément pas fini avec Elizabeth Gaskell, ce qui tombe plutôt bien puisque Cranford et Femmes et filles sont dans ma PAL. Mais avant, je vais regarder l'adaptation BBC de Nord et Sud : il paraît que je vais tomber sous le charme de Richard Armitage, chers happy few, ce qui m'étonnerait fort, car je sais me tenir, moi, madame. Ahem.

 

Elizabeth Gaskell, Nord et Sud (North and South), Points, 686 pages, 1855 pour la première parution, 2005 pour la traduction française.

Les billets de ChiffonnetteIsil, Karine (dont l'exemplaire en anglais est dans ma PAL depuis deux ans, hum), Keisha, Pimpi et Titine.

 

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J'entame ainsi le Challenge Nécrophile.

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