06.04.2010

Bite me, Brody

L'autre jour, alors que, comme toute ménagère qui se respecte, je faisais mes courses au Monop' du coin (le fait que j'errais au rayon bières belges n'a aucune incidence sur la suite de l'histoire, bande de mauvaises langues que vous êtes), je me suis dit, comme ça, tout à trac, l'esprit certainement embrumé par les vapeurs d'alcool, que ça faisait bien longtemps que je n'avais pas lu un roman Harlequin, six mois, même, pour être tout à fait exacte, chers happy few. Et comme Chif' et moi préparons les Harlequinades 2010 (vous ne croyiez quand même pas y échapper, non ?), je suis allée, dans le souci de rigueur qui me caractérise et animée de cet esprit scientifique qui fait ma renommée, faire un tour du côté du rayon librairie, histoire de jeter un oeil aux nouveautés, voire même d'ouvrir un roman de la nouvelle collection, Nocturne, qui marie romance et bit-lit, oui je sais, ça fait peur tout d'un coup (et pour ceux qui se demandent comment je sais qu'il y a une nouvelle collection chez Harlequin, inutile de me menacer de tortures diverses et variées à base de tueur en préservatif corporel blanc, j'avoue sans honte que je suis abonnée à la newsletter Harlequin, oui, je sais, vous pouvez rire, sarcastiques happy few, mais j'assume, of course).

 

Bref. J'ai eu un instant d'égarement devant les couvertures bleues et lunaires proprement hideuses mais comme je suis une aventurière, j'ai acheté (oui, je sais, c'est incompréhensible cette façon que j'ai de payer pour lire des romans ridicules, je pense que c'est un vice de ma part)

 

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Dans l'ombre du loup de Rhyannon Byrd (et j'aimerais bien qu'on m'explique pourquoi pas un seul auteur H. ne se choisit un pseudo normal) (oui, j'ai des questionnements existentiels).

 

Et comme je suis d'humeur généreuse, j'ai décidé de vous faire partager cette lecture, chers happy few, qui fut évidemment puissante et dévastatrice, qui en doutait ?

 

Micheala Doucet est une sublime cajun au corps tout en courbes de rêve, aux yeux bleus et à la chevelure de jais (ceux qui ont suivi activement les Harlequinades 2009 reconnaîtront immédiatement une héroïne Harlequin, sauf qu'elle n'est pas rousse, dommage, c'est sa meilleure amie qui a "une chevelure semblable à une traînée de feu"), mais hélas pour elle, son frère, Max, a été mordu par un loup-garou. Cela crée un schmilblik peu clair qui contraint la jeune femme à vivre sous la protection de Brody Carter, un "runner", c'est-à-dire un hybride loup/homme, couturé et dangereusement séduisant, à la longue chevelure couleur "rubis éthéré" et aux yeux "émeraude". Il est tellement viril qu'il "sent" l'homme, comprenez une senteur musquée qui rappelle les champignons et les sous-bois (moi je dirais plutôt qu'il sent le moisi, mais c'est parce que j'ai mauvais esprit, évidemment). Et cette cohabitation forcée est compliquée par l'attirance surhumaine qui anime ces deux-là : il ne rêve que de la prendre sauvagement et de la mordre dans un tourbillon ininterrompu de passion, elle n'aspire qu'à être tout entière soumise à son désir sauvage (et voilà que ça recommence, dès que je lis un Harlequin, j'écris comme un Harlequin, c'est la magie de cette prose, chers happy few, je ne peux y résister, my bad). Mais il y a un problème, évidemment, et il est de taille (non, ce n'est pas ce  à quoi vous pensez, bande d'obsédés, encore que si, pour Brody, qui est comment dire, sur-développé de partout, c'en est un car il a peur de lui faire mal et cela le mine, pauvre chou) : Brody est un homme malheureux car il a toujours été mal-aimé et les femmes le considèrent comme un homme-objet dont elles se servent et se débarrassent une fois assouvi leur désir d'étreintes sauvages et dangereuses (ouh les vilaines). Comme il n'a pas lu la suite de l'histoire, il ne peut pas savoir que Michaela est son âme soeur et qu'elle l'aime vraiment, elle, dans son petit coeur tout mou. Notre pauvre héros au coeur en berne et à la virilité ardente croit donc qu'il est voué à la solitude, ce qui le rend agressif comme un ado boutonneux dont il a les réactions idiotes (eh oui, il n'est manifestement pas sur-développé du cerveau). Et comme on en attend toujours beaucoup des héros, des vrais, des durs, des tatoués, il doit en plus résoudre une énigme sans intérêt et mal ficelée à laquelle la lectrice a cessé de s'intéresser depuis la page 85, se contentant de rire comme une baleine devant les descriptions de toute beauté et les fines remarques psychologiques. Moi je dis qu'un homme qui a "envie d'explorer l'âme lumineuse" de la femme qu'il aime et de "boire à la source de son coeur" tout en étant capable de la clouer aux montants du lit avec ses griffes acérées (c'est bien, il est outillé, pas besoin d'aller chercher les menottes) est un héros complet qui allie corps et esprit et qui a en plus le mérite de faire rire la lectrice, qui n'en demandait finalement pas tant. "L'éternité, c'est long", dit Brody dans un accès de lucidité. Moins que la lecture de ce roman, chers happy few.

 

Rhyannon Byrd, Dans l'ombre du loup (Last wolf watching), Harlequin Nocturne, traduit de l'anglais par Yohan Lemonnier-Meheu (et s'il m'arrive de dire du mal dans ce salon des traducteurs, je tiens quand même à saluer ici le travail des traducteurs/rewriters Harlequin, qui en bavent les pauvres), 280 pages pleines de clichés, de loups qui hurlent à la lune et de scènes drôlatiquement torrides, 2010 pour la traduction, 2008 pour la VO.

 

C'est une lecture commune avec Bookomaton, à qui Caro[line] et moi, dans un accès de folie, avons offert ce roman. Ne nous remercie pas, va, nous savons que tu as apprécié les multiples talents de Brody.

 

PS : vous pardonnerez le titre de ce billet, chers happy few, mais c'était trop tentant.