19.11.2008
Objets trouvés
Antoine, la quarantaine, prof d'anglais, est en plein divorce. Sa femme, Anne, l'a quitté pour un autre et elle est partie avec les deux enfants, Mathilde et Léo. Antoine décide alors de déménager et de vendre les objets qui encombrent sa vie dans un vide-greniers dominical. Avec chaque objet qui trouve un acquéreur, c'est un pan de sa vie qui refait surface...
Ah que j'aime décidément la plume de Blondel, chers happy few, qui est bien parti pour être ma révélation française de l'année (ben oui, pourquoi ne décernerais-je pas ce genre de prix, après tout ?)! Après l'alternance des points de vue sur quatre décennies (Accès direct à la plage), l'alternance des points de vue face à une date graffitée sur un mur (1979) et le Top 50 intime (Juke-box), voici un inventaire à la Prévert, qui permet de reconstituer des bouts de l'histoire d'Antoine. Et je dois dire, que si ce procédé m'a semblé pas mal dans la première partie du récit, je l'ai trouvé excellement utilisé dans la deuxième partie du roman, où l'on suit les nouveaux acquéreurs des objets, faisant ainsi un peu de chemin avec eux, pour se rendre compte parfois qu'ils ont aussi tenu un rôle dans la vie d'Antoine. Le tour de force est la grande efficacité d'un procédé qui ne sent finalement jamais l'artifice mais qui sert au contraire l'histoire et surtout une caractérisation tout en finesse des personnages. Il y a comme dans les précédents opus de Blondel une grande humanité dans l'histoire de ce quadra un peu paumé, dans ses relations à sa femme, à ses enfants, et une vision très juste de l'enfance en province : je retrouve pas mal de choses personnelles dans sa description de la petite ville, notamment l'ennui, le centre-ville resserré, l'impossibilité d'échapper aux gens qu'on connaît, un côté étriqué... Je trouve en plus que le style progresse à chaque volume (c'est tout l'intérêt finalement de cette lecture chronologique que je me suis imposée, la logique de l'oeuvre envisagée comme un tout devient évidente, de même que sa progression), il y a ici plus d'humour que dans les précédents romans et pas mal de nostalgie. C'est un roman qui donne envie de donner la parole aux objets qui nous entourent, parce qu'ils sont finalement riches de sens. Très réussi.
Jean-Philippe Blondel, Un minuscule inventaire, Pocket, 273 pages (2005)
Le billet d'Amanda qui vous donnera d'autres liens, merci à elle!
06:30 Écrit par fashion dans Littérature française | Lien permanent | Commentaires (16) | Envoyer cette note | Tags : jean-philippe blondel, la province c'est mortel, j'aime les vide-greniers, objets inanimés avez-vous donc une âme ?
21.10.2008
A bicyclette
Mélie a soixante-douze ans et elle vit seule à la campagne. Clara, sa petite-fille de 10 ans , vient passer l'été chez elle et Mélie prépare la maison. La veille de l'arrivée de la petite, Mélie apprend que, peut-être, elle a un problème de santé. Lequel ? Grave, pas grave ? Mélie ne veut pas savoir. Elle décide de passer l'été dans l'insouciance et de fabriquer à Clara de beaux souvenirs. Ce qui n'était pas prévu, c'est qu'en plus, l'amour s'en mêle...
Parce que je fais parfois tout dans le désordre, chers happy few, j'ai lu A Mélie, sans mélo, deuxième roman de Barbara Constantine, avant d'avoir lu le premier, qui est pourtant dans la PAL (en même temps, que n'y a-t-il pas dans cette PAL, à part les oeuvres complètes de Hegel et celles de Guillaume Musso, hein, je vous le demande ?). Mais bon, cela n'a je pense, guère d'importance (c'est là qu'en fait ça en a une terrible et que je vais encourir les foudres de certains, mais tant pis, il faut vivre dangereusement comme disait l'autre, en courant nu dans les bois) et je dois dire en guise de préambule que j'ai beaucoup apprécié ce très joli roman. Barbara Constantine a une jolie plume, légère et acidulée, et elle a le don des situations drôles et pleines d'humanité : Mélie qui met en panne les machines qui l'entourent (voiture, machine à laver, grille-pain...) pour donner un prétexte à Marcel pour sortir de la maison de retraite, Marcel qui ne se déplace qu'en fauteuil roulant, souvenir d'une blague, le parrain de Clara qui adopte des filleuls pour remplacer les enfants qu'il ne saurait pas élever, le père d'Antoine qui ne se remet pas de la mort de sa femme... Tous ces personnages, et plus encore, se croisent et se re-croisent le temps d'un été où on observe les araignées tisser leur toile et les bambous pousser au son de La Traviata, où les couples se reforment après plus de 20 ans et où Mélie et Marcel, enfin, se trouvent. C'est un roman plein d'amour et de surprises, et plein de surprises amoureuses, un roman où les personnages regardent résolument vers l'avenir tout en laissant une trace de leur passé (les cassettes de Marcel), un roman où les chaises parlent, où on fait de longues balades à vélo et où on chante Nougaro sous la pluie. Un roman plein de vie et de joie, en définitive, comme un pied de nez à cette possible maladie qui rôde. Une réussite!
Barbara Constantine, A Mélie, sans mélo, Calmann-Lévy
Ils l'ont lu aussi : Bernard (à qui ça a fait un drôle d'effet), Carolyn Grey (qui a délaissé un instant ses chères atmosphères victoriennes pour faire du tandem à la campagne) et Cathulu (qui a préféré le premier roman de Barbara Constantine)
Rentrée littéraire 2008
08:27 Écrit par fashion dans Littérature française | Lien permanent | Commentaires (17) | Envoyer cette note | Tags : barbara constantine, le tandem c'est pas simple, j'en aurais presqu'envie de faire un tour à la campagne, objets inanimés avez-vous donc une âme ?, elle est pas un peu jeune clara pour avoir un amoureux ?, (je dis ça je dis rien)