04.02.2010

"It's the future, Watson"

L'heure est grave, chers happy few. (Bon, certes pas autant que quand on a su que David T. ne serait plus jamais le Docteur, mais sachons raison garder et comparer ce qui est comparable. Bref.)

 

Voici venu le temps, non pas des rires et des chants (encore que, ça peut s'arranger si vous y tenez car il n'est rien qui ne me soit impossible) ni des cathédrales (oui, elle était facile celle-ci mais tellement tentante que vous m'en auriez voulu de ne pas la faire, chers happy few et je ne voudrais pour rien au monde vous décevoir) mais de la confession. J'ai un aveu à faire, un aveu terrible, qui va changer la face du monde et bouleverser mes milliers de lecteurs : je suis une holmésienne convaincue. Voilà, c'est dit, je me sens mieux. J'entretiens avec le détective au violon et aux mauvaises habitudes une relation durable (la preuve si besoin était que je suis la fidélité incarnée) depuis près de 20 ans (oui, je sais, tout ça ne nous rajeunit pas, chers happy few, et j'en suis la première marrie). Nous nous sommes aimés à la première lecture, j'ai poussé le vice jusqu'à relire toutes ses aventures en anglais et je le fais étudier à mes têtes blondes avides de kulture dès que l'occasion se présente parce qu'en bonne obsessionnelle monomaniaque que je suis j'aime imposer mes marottes, c'est mal, je sais, j'assume.

 

Je ne pouvais donc pas passer à côté de la dernière adaptation, celle de Guy Ritchie avec Robert *soupir* Downey Jr et Jude *soupir aussi* Law.

 

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Non, je n'y suis pas allée pour le regard coquin de Bob, bande de mauvaises langues.
Enfin, pas que.

 

Pitchons, chers happy few, dans ce souci de clarté et de rigueur qui a fait ma réputation : Holmes et Watson aident la police, en la personne de l'inspecteur Lestrade, à attraper un serial killer qui sacrifie des jeunes filles au cours de messes noires un peu sanglantes. Et comme ils sont compétents, ils l'arrêtent et ce dernier, Lord Blackwood, est condamné à mort et pendu. Mais voilà-t'y pas qu'un témoin affirme l'avoir vu sortir de la tombe quelques jours après son enterrement...

 

N'y allons pas par quatre chemins et disons-le tout net, chers happy few : j'ai été conquise par cette adaptation, qui réutilise très intelligemment le mythe et lui insuffle un second souffle tout à fait bienvenu et résolument moderne sans pour autant trahir l'esprit des personnages créés par Conan Doyle. La vraie bonne idée du film c'est d'éviter l'écueil des origines bien connu des scénaristes et de situer l'intrigue au moment où Watson, sur le point de se marier, quitte l'appartement qu'il occupait en colocation avec Holmes. Nous voilà donc plongés directement au milieu d'une relation de longue date entre ces deux hommes qui ont déjà résolu bon nombre d'enquêtes et qui s'entendent comme larrons en foire, même si Holmes rechigne grandement à laisser partir celui qu'il considère comme un frère. L'évolution de l'attitude de Holmes, qui finira par accepter le départ de Watson occupe donc une grande place au milieu de l'intrigue, qui, ma foi, est plutôt bien ficelée. Ce que j'ai trouvé formidable, c'est la façon dont les scénaristes ont truffé le film de références aux nouvelles et romans de Conan Doyle : on y croise des personnages récurrents (Lestrade, Irene Adler, le professeur Moriarty), il y est fait allusion à plusieurs nouvelles (la montre du frère de Watson dans Le signe des Quatre, le diamant qui orne le cou d'Irene Adler vient de La pierre de Mazarin, le portrait d'Irene est un emprunt à Un scandale en Bohême, on reconnaît des citations empruntées à Silver Blaze, L'Homme à la lèvre tordue et j'en passe) et quelques allusions notamment à la toxicomanie de Holmes), et les traits principaux des caractères des personnages sont respectés (la cyclothymie de Holmes qui enchaîne périodes d'abattement et périodes d'exaltation, son désordre, sa façon toute particulière de concevoir le violon, son goût du déguisement et du danger, son amour des sciences, sa mémoire encyclopédique ou la placidité de Watson qui ne sort jamais sans son arme...).

 

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Y a pas à dire, le costume trois pièces et la moustache, ça habille un homme, chers happy few.

 

Mais les scénaristes ont su ne pas être prisonniers de ce matériau de départ et recréer un duo qui fonctionne parfaitement, en faisant de Watson plus que le faire-valoir qu'avait créé Conan Doyle : c'est un homme intelligent, parfois exaspéré par le comportement de Holmes et qui a un solide sens de l'humour. Et ce bon docteur Watson gagne évidemment à voir son rôle étoffé et enrichi. De la même manière, Holmes est un peu plus bagarreur que l'original, un peu débraillé (mais bon, why not ?) mais toujours animé de cette farouche volonté de savoir et de cette intelligence aigue qui font tout son charme. J'ai aussi beaucoup apprécié la reconstitution du Londres de cette fin de XIXème siècle et le final sur le Tower Bridge en construction, l'humour omniprésent et la façon dont le montage évite l'écueil du bavardage : les explications du raisonnement de Holmes, toujours un peu longues dans les nouvelles, sont ici habilement mises en scène par des anticipations ou des flash-backs. Ajoutons à cela la qualité d'interprétation des deux acteurs principaux et l'on obtient un film ma foi fort réussi, chers happy few.

 

Sherlock Holmes, à l'affiche actuellement.