20.07.2009
Amour, magie et ... oui, tiens, quoi d'autre ?
Chose promise, chose due, voici le premier billet des Harlequinades 2009 (auxquelles vous êtes pour l'instant 37 à participer, ce qui nous promet des analyses sociologiques, historiques et kulturelles de haut vol et extrêmement variées : l'été sera à la fois torride et intellectuel, chers happy few, si, si, c'est possible, et c'est parfait). Et pour ouvrir le bal, j'ai choisi un roman de la collection Luna, Aux portes de l'imaginaire (car oui, chaque collection a son slogan, et certains sont très réussis, y a pas à dire, ma préférence allant sans conteste aux Historiques : Le tourbillon de l'Histoire, le souffle de la passion, je trouve ça puissamment évocateur, et ça explique les cheveux dans le vent sur la plupart des couvertures de la collection, voilà un mystère résolu, on dormira mieux, chers happy few). J'avais bien envie de voir ce que les auteurs Harlequin avaient fait de la fantasy, puisque c'est d'elle qu'il s'agit, et avec

La nuit des fées de Bertrice Small, le moins que l'on puisse dire, c'est que je n'ai pas été déçue, chers happy few, oh non : le contenu est à la hauteur de la couverture. Largement. Car des codes de l'heroic fantasy (puisque c'est de celle-ci dont il est censé être question ici), la chère Bertrice n'a pas retenu grand chose, laissant définitivement son imagination aux portes de l'imaginaire (en même temps, elles sont souvent lourdes et hautes ces portes, comme celles que pousse Aragorn de son bras viril et musclé avant de les franchir de son pas de cow-boy, mais je m'égare).
Nous sommes dans la Capitale du royaume d'Hétar. Lara (qui a un prénom étrangement plus jivagoesque que fantasyesque, je dis ça, je dis rien) est une jeune fille de 15 ans qui a deux particularités assez hallucinantes : elle est demi-fée et d'une beauté sublimissime, étonnante, surhumaine, incroyable, ahurissante, extraordinaire (les synonymes, c'est moi qui les ai trouvés, Lara est juste "très belle", "d'une grande beauté", "belle", "vraiment très belle", moi je dis que le dictionnaire des synonymes est à offrir d'urgence à Bertrice, on pourrait même se cotiser, chers happy few). Ah, et elle est demi-fée. Comment ça je l'ai déjà dit ? Comme cette information capitale nous est répétée toutes les 49 lignes en moyenne, je pense qu'il est bon moi aussi que je l'assénasse, afin d'être bien sûre que tout le monde suit. Même ceux qui lisent L'héritière indomptable d'Emma Darcy au fond de la salle. Non mais.
Bref. La pauvre Lara est la fille d'un mercenaire désargenté qui a toutes les qualités requises pour être soldat de la Croisade mais hélas, qui ne peut pas prétendre en faire partie faute d'argent. Qu'à cela ne tienne, il vend sa fille au riche Gaius Prospero (encore un nom de toute beauté), qui veut la vendre à son tour à une maison de plaisir. Mais la beauté demi-fée de la jeune fille la rend invendable (pensez donc, les hommes se battent déjà pour elle, que de désordre, chers happy few) et contraint Prospero à l'envoyer en dehors de la Capitale, vers les Provinces Côtières. Hélas Ménélas, la caravane, après avoir traversé les Terres du Milieu (sans rire, chers happy few), aborde la Forêt, et le pauvre Rolf Fairplay (l'onomastique semble décidément être le fort de Bertrice) est contraint et forcé de vendre la belle Lara aux terribles et cruels Seigneurs de la Forêt, qui cherchent à l'engrosser pour lever la malédiction lancée sur eux par la reine des fées. Mais Lara, malgré sa jeunesse et son inexpérience, a plus d'un tour dans son pendentif magique, et elle s'enfuit car elle n'a peur de rien (vous ai-je dit qu'elle était demi-fée ?), traverse le Désert, découvre la passion dans les bras du Prince Kaliq, et poursuit son périple vers les Terres Extérieures, où elle rencontre Vartan (Michael, farpaitement, mais avec une épée) et sauve le Monde. Tout ça sans se décoiffer ni perdre jamais sa dignité, sa beauté et sa soif de savoir, car oui, elle est en quête notre Lara, en quête de connaissance : elle veut savoir, tenez-vous bien, si l'amour existe. Et pour cela, elle accomplit son Destin, ce qui la pousse à répéter à tous les vilains pas beaux qui veulent l'arrêter dans sa Quête : "non, merci, j'ai un Destin à accomplir moi monsieur, ôtez vos sales pattes de mes seins semblables à deux fruits mûrs, ou il vous en cuira, non mais".
Alors, chers happy few, que retenir de cette Nuit des fées dans le cadre de notre très sérieuse étude sur les codes de la fantasy ? Tout d'abord que pour Bertrice Small, la fantasy est avant tout affaire de majuscules : il y en a partout, et ça la dispense surtout de chercher des noms de lieux (franchement, la Forêt pour la forêt, le Désert pour le désert, un enfant de 6 ans fait mieux que ça et je sais de quoi je parle, chers happy few, vous pouvez me croire sur parole), quand elle ne va carrément pas les piocher ailleurs (pauvre Tolkien, qui a dû se retourner dans son trou de hobbit). Ensuite, elle tente de reprendre les grands traits de l'heroic fantasy, mais tout ça est très maladroit (c'est le moins que l'on puisse dire) : un personnage en quête (mais ici sans vraiment d'objet, sinon un Destin, oui, bon, c'est un peu vague, pourquoi pas un chapeau magique ou un anneau, ça en jette plus, non ?), un peu de magie (pas grand chose non plus, il ne faudrait pas perdre les lectrices entre deux sortilèges, on se contente donc de quelques métamorphoses et de bottes de 7 lieues (si, si, je vous jure, chers happy few, sauf que c'est un géant qui les porte, wouah le détournement, je suis bluffée)), quelques combats à l'épée et une guerre entre deux régions. C'est un peu maigre mais on aurait pu le lui pardonner (car n'oubliez pas que magnanimité is my middle name) si le reste avait été à la hauteur, c'est-à-dire si la passion avait été au rendez-vous. Mais hélas, trois fois hélas, les scènes de galipettes sont mal écrites et très rapides (beaucoup de "brûlant" et de "passion", une preuve supplémentaire de la nécessité urgente d'un dictionnaire des synonymes) et les personnages masculins à la fois totalement clichesques et même pas drôles, ce qui est un comble, chers happy few. Le pire reste une narration beaucoup trop linéaire et bien trop répétitive : notre oie à demi-fée (comment ça, vous ne saviez pas ?) raconte intégralement son histoire à chaque fois qu'elle rencontre un nouveau personnage, en employant à chaque fois les mêmes phrases (eh oui, le copier-coller existe même en Hétar, c'est incroyable, chers happy few, limite magique). Au final, 616 pages (oui, ils sont longs dans cette collection, chers happy few) de fantasy de pacotille, mais la très belle Lara accomplit sa quête, les boucles au vent et le courage chevillé au corps : l'Amour existe, chers happy few. Rassurés ?
Bertrice Small, La nuit des fées (Lara), Harlequin, Luna, traduit de l'américain par Karen Degrave, 616 pages, 2009 pour la traduction, 2005 pour la première parution.
PS : pour les valeureux harlequins et harlequines qui participent au challenge, je vous propose de venir déposer ici les liens vers vos billets hautement kulturels, nous en ferons une "belle" liste "brûlante" et "pleine de passion". What else ?
22:14 Écrit par fashion dans Harlequinades | Lien permanent | Commentaires (74) | Envoyer cette note | Tags : bertrice small, la nuit des fées, tout ça donne envie de lire honoré tiens, ou marcel, ne soyons pas sectaire