24.10.2008

Dans la forêt des cauchemars

516CbSIOJRL__SL500_BO2,204,203,200_PIsitb-dp-500-arrow,TopRight,45,-64_OU02_AA240_SH20_.jpg Londres, 1939. David a 12 ans et sa mère vient de mourir des suites d'une longue maladie. Son père se remet bien vite en ménage avec une jeune femme, Rose, rencontrée à l'hôpital où sa femme était soignée. Très vite, un enfant naît, Georgie. David sent grandir en lui un ressentiment violent envers cette femme et ce demi-frère qu'il n'a pas voulu. En même temps que le ressentiment se transforme en haine féroce, des phénomènes étranges fleurissent autour du jeune garçon : il entend les livres parler, il voit la silhouette bizarre d'un homme tordu et il se sent attiré par le jardin derrière la maison. Jusqu'au jour où il se retrouve littéralement projeté dans un autre monde, peuplé de créatures terrifiantes...


J'ai reçu ce roman dans le London swap colis, chers happy few, et je ne saurais que louer encore les talents de télépathe d'Hydromielle, tant ce livre m'a complètement emballée! The book of lost things est un petit chef-d'oeuvre, qui explore comme j'ai rarement lu les tourments de l'adolescent face au deuil et à l'arrivée de "l'usurpatrice", la nouvelle femme. Le monde proprement cauchemardesque (certaines scènes sont terrifiantes, je comprends que Karine n'ait pas pu le lire la nuit, chers happy few) dans lequel se retrouve plongé David est une subtile création de ses propres tourments et de ceux qui l'ont précédé. Amenés dans ce royaume contre leur volonté par la figure de croque-mitaine du Crooked Man, qui dévore le coeur des enfants pour s'assurer l'immortalité et qui règne en éminence grise derrière un roi de pacotille mesquin et rongé par la culpabilité de l'acte qui a fondé sa prise de pouvoir, les humains voient leurs pires cauchemars devenir réalité, nourris par ce monde. John Connolly réutilise toutes les figures de contes de fées et de la mythologie qui ont bercé l'enfance et les lectures de David et il en explore les sens cachés, arrivant encore à surprendre le lecteur qui croyait avoir fait quasiment le tour des interprétations possibles. De la Belle au bois dormant attirant comme une sirène les chevaliers inconscients pour les vampiriser, aux trolls et aux harpies, en passant par la belle et la bête, Hansel et Gretel ou une réinvention assez incroyable du mythe du loup-garou mêlé au petit chaperon rouge, c'est toute la culture folklorique occidentale qui est réinterprétée et réutilisée de manière époustouflante et sanglante (hormis les 7 nains, seul passage comique du roman). Dans ce monde violent, les femmes, toutes à l'image de Rose, sont des goules, des serpents monstrueux ou des chasseresses cauchemardesques (ce personnage m'a épouvantée, vraiment, j'en ai eu des sueurs froides, chers happy few), contre lesquelles David va apprendre à se battre. Car tout l'intérêt du roman, est de montrer le cheminement initiatique d'un adolescent qui devient un homme en apprenant à lâcher prise (car c'est sa mère qu'il croit retrouver en franchissant la porte du royaume) et à aimer ceux qui ont pris de la place dans sa vie sans prendre la place de sa mère. En surmontant les épreuves, une épée au côté, et en affrontant une ultime fois le Crooked Man, c'est lui-même que David affronte, ce sont ses propres peurs et ses propres démons qu'il dompte. Magistral.


John Connolly, The book of lost things, Washington square press


Le billet de Karine, par qui tout est arrivé.


PS : à noter que le roman est suivi d'une annexe d'une centaine de pages, très intéressante, dans laquelle Connolly explique pourquoi il a choisi chaque conte et comment il les a réinterprétés. Il en donne aussi la première version ou la plus marquante (deux dans le cas du Petit Chaperon rouge puisqu'il analyse très intelligemment la version de Perrault avant de donner la version des frères Grimm). J'ai découvert ainsi un conte de Grimm que je ne me rappelais pas avoir lu, celui des Trois chirurgiens, et un conte anglais que je ne connaissais pas du tout : The Three Billy Goats Gruff.
PSbis : merci encore Hydromielle!