06.02.2009

L'héritière et le mendiant

Après avoir péniblement terminé Possession, frôlé la panne de lecture (ben oui, ça arrive même aux meilleurs, y a pas de raison) et remis le pied à l'étrier grâce la roborative et profonde lecture d'un roman Harlequin (acheté pour le Swap Saint Valentin, si, si, je vous le jure monsieur le Juge, jamais je n'irais acheter une histoire de guerrière écossaise amoureuse d'un colosse Irlandais viril mais correct de mon plein gré), j'ai eu besoin d'exhumer de la désormais célèbre PAL un victorien que j'aime d'amour et le choix s'est porté sur


la magicienne.jpg

Stevenson (Bob pour les intimes) et sa Magicienne, une nouvelle dont le manuscrit a connu pas mal de déboires avant d'être enfin publié en 1989 et traduit en 1991.


La Magicienne, qui raconte une histoire de marché entre un jeune gentleman ruiné par ses dettes de jeu et une riche héritière qui va lui venir en aide de bien étrange façon, a été rédigé par Stevenson à la fin de sa vie alors qu'il vivait dans les îles Samoa, lors d'une croisière où chaque invité devait inventer et raconter une histoire à la façon du Décaméron. Le manuscrit qui nous est parvenu n'est donc quasiment pas retouché, il s'agit certainement d'une histoire que Stevenson a rapidement couchée sur le papier (d'après la description qui en est faite dans l'introduction on voit que certaines parties ont été écrites par temps houleux) mais il n'en demeure pas moins que même en l'état cette nouvelle est fort bonne (ben oui, on est un grand écrivain ou on ne l'est pas). L'histoire tient en peu de mots : un jeune Anglais, en France pour des raisons qu'on ne nous explique pas, décide de mendier une somme d'argent à une belle jeune femme ; il n'a plus un sou en poche et a gagé jusqu'à son manteau. Mais la jeune femme, Miss Croft, comprend tout de suite qu'elle peut se servir de cet homme pour échapper à l'emprise de son tuteur. Elle le manipule donc pour parvenir à ses fins. Dans cette nouvelle, les rôles sont inversés : le jeune homme est romantique et sentimental, honnête jusqu'à la naïveté et c'est la jeune femme qui mène la danse en faisant preuve d'une capacité d'adaptation tout à fait remarquable et d'un sens des affaires pour le moins étonnant pour une femme de son époque. Il y a pas mal de cynisme et d'ironie dans cette histoire fort enlevée et la plume de Bob est comme toujours délicieuse. Une belle curiosité pour les amateurs du grand homme ; les autres y trouveront peut-être l'envie de découvrir l'oeuvre de cet écrivain exceptionnel.


Robert Louis Stevenson, La Magicienne (The Enchantress), Rivages, Bibliothèque étrangère, traduit de l'anglais par Patrice Repusseau, 83 pages