02.09.2009

En Afrique

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Norah rentre en Afrique à la demande de son père, qui a commis l'irréparable.

Rudy prie toute la journée pour que sa femme, Fanta, à qui il avait promis monts et merveilles si elle acceptait de le suivre en France, ne le quitte pas.

Khady Demba, qui ne possède rien en dehors de son nom auquel elle se raccroche désespérément, est contrainte par sa belle-famille de tenter de passer en Europe, se livrant au pouvoir des passeurs et autres.

Trois femmes, trois destins.

 

Trois femmes puissantes est assurément un bon roman, chers happy few, même si j'ai trouvé sa deuxième partie moins bonne que les deux autres, parce que moins dense. Mais reprenons par le commencement (évidemment qu'il y en a un, méchantes langues). Ce roman est composé de trois parties distinctes qui sont reliées entre elles par le lieu (il est question dans la première et la deuxième partie de Dara Salam, un village de vacances au Sénégal, et je me suis demandé si ce n'était pas à cause de la tragédie enclenchée par le père de Rudy que le père de Norah avait pu acheter ce village pour une bouchée de pain) ou par les personnages (Khady Demba apparaît dans la première histoire comme la jeune domestique qui s'occupe des fillettes du père de Norah, et on lui ordonne dans l'histoire qui lui est consacrée de rejoindre Fanta, une cousine qui vit en France), mais, de manière plus profonde que ces détails narratifs, elles sont liées par l'Afrique, cette terre qui impose aux femmes une place dont elles ne peuvent sortir.

La première partie raconte comment Norah, par amour pour son frère, enlevé par son père alors qu'il n'avait que 5 ans, et emmené en Afrique (ils vivaient tous en France), accepte de retourner voir ce père qu'elle exècre et qui la domine totalement, homme machiavélique et terrible. Le désarroi de cette femme, qui a pourtant fait son chemin (elle est avocate) pour se sortir d'une enfance triste marquée par l'absence du frère et la cruauté psychologique du père, est magnifiquement rendu dans son errance autant psychologique que physique dans une ville africaine qu'elle refuse de reconnaître et le portrait du père, en patriarche absolu est glaçant de justesse. La deuxième partie est celle qui m'a le moins touchée, certainement en raison de la personnalité de son personnage principal. Rudy est un homme veule et lâche, dont la mesquinerie et l'étroitesse de vue contaminent le récit et le rendent terriblement poisseux, à l'image du soleil qui irradie tout au long de cette journée d'errance (lui aussi erre, dans sa toute petite ville de province française). Le style se fait moins dense et plus répétitif, à l'instar des pensées qu'il ressasse comme une mélopée plaintive et sans fin. La troisième histoire, enfin, est elle aussi une histoire d'errance et de quête mais physique cette fois, Khady se laissant balloter par les événements sur lesquels sa condition de femme veuve et sans enfants l'empêche totalement d'avoir prise. C'est sans conteste la plus terrible des trois et la violence qui lui est fait coupe le souffle du lecteur.

Ces trois histoires font toutes l'objet d'un contrepoint très court, qui donne le point de vue de l'autre personnage de l'histoire, de manière parfois inattendue et saisissante. Trois femmes puissantes est donc un bon roman, au style beaucoup moins hermétique que ce que j'avais pu lire jusque là de Marie NDiaye, traversé de fulgurances incantatoires, de figures féminines bouleversantes et d'oiseaux magiques. Je recommande.

 

Marie NDiaye, Trois femmes puissantes, Gallimard, 317 pages, août 2009

Le billet de Cathulu, conquise.

Challenge du 1% littéraire officiel (3/7)

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