24.07.2011

A la pointe de l'épée - Ellen Kushner

à la pointe de l'épée.jpg(Où, pour une fois, je recopie la quatrième de couverture, car je ne suis que paresse et langueur.)

Richard Saint-Vière est le plus fameux des tueurs des Bords-d'Eau (bon, ce n'est pas un tueur selon la définition courante), le quartier des pickpockets et des prostituées. Aussi brillant qu'impitoyable (c'est surtout qu'il aime exceller, l'adjectif est mal choisi), ce dandy scandaleux (bof, il est bisexuel mais dans cette société il est loin d'être le seul) gagne sa vie comme mercenaire en vendant ses talents de bretteur au plus offrant, sans trop se soucier de morale (il ne vend pas ses talents au plus offrant mais à celui qui lui propose le plus beau défi, il ne fait pas les mariages, les femmes et les duels au premier sang, il n'aime pas non plus les cibles faciles). Mais tout va se compliquer lorsque, pour de mystérieuses raisons (pas si mystérieuses que ça pour le lecteur avisé), certains nobles de la Cité décident de se disputer ses services exclusifs ; Saint-Vière va alors se retrouver au coeur d'un inextricable (n'exagérons rien) dédale d'intrigues politiques et romanesques (sentimentales aurait été mieux choisi) qui pourraient bien finir par lui coûter la vie (ce dont il n'a cure)...

 

On pourrait croire en lisant mes parenthèses, happy few de mon coeur d'angélique, que je n'ai pas apprécié ce roman, mais mes sarcasmes ne s'adressent qu'à celui ou celle qui a rédigé cette quatrième de couverture et en aucun cas à ce roman fort original et bien troussé qui m'a beaucoup plu : la preuve, alors qu'il était sur ma LAL depuis le billet de Chimère il y a de cela presque trois ans, il n'a fait qu'un séjour de quelques heures dans ma PAL, ce qui est quand même la marque d'une insigne faveur (et ce ne sont pas les romans qui y traînent depuis neuf ans qui vous diront le contraire).

A la pointe de l'épée, joliment sous-titré en français Un mélodrame d'honneur, est un roman qui emprunte quelques codes aux romans de cape et d'épée mais les détourne avec indolence pour être au final un beau roman psychologique. Dans une société imaginaire assez fortement hiérarchisée où les nobles gouvernent avec mollesse du haut de la Colline des Bordiers qui ne semblent pas se soucier plus que ça de leur condition peu enviable, les bretteurs ont une place à part : engagés pour laver l'honneur de nobles qui ne savent pas se battre, ils sont soumis à un code strict qui fait d'eux des artistes et non des assassins. Dans ce monde où la politique semble n'intéresser pas même ceux qui sont censés en faire profession, les intrigues de couloir et les complots de cour se déroulent de manière relativement compliquée mais alanguie entre deux bals et le pauvre Saint-Vière se retrouve malgré lui au coeur d'une machination visant à défaire l'homme qui gouverne le Conseil des Lords. Mais Saint-Vière, s'il ne se soucie ni de politique ni de gloire, est un homme d'honneur qui ne se laisse pas manipuler. Personnage attachant et original, à la fois complexe et droit, Richard n'est pas le moindre intérêt de ce roman, qui, sous des dehors policés, met en scène des êtres humains gouvernés par des passions pas forcément avouables qu'ils dissimulent sous leurs manchettes en dentelle et leurs sourires courtois. Si on ajoute à cela un style ciselé, on obtient une oeuvre des plus intéressantes.

Ellen Kushner, A la pointe de l'épée (Swordspoint), Folio SF, traduction Patrick Marcel, 410 pages, 2008 pour la traduction française, 1987 pour la première parution en VO.

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