17.11.2008

Au Whistle Stop Cafe

51NN9T5SH0L__SL500_AA240_.jpg Birmingham, Alabama, 1986. Evelyn Couch a quarante-huit ans et une vie dans laquelle elle s'est complètement enlisée. Tous les dimanches, elle accompagne son mari à la maison de retraite de Rose Terrace pour voir sa belle-mère, Big Momma. Elle y fait la connaissance de Mrs Threadgoode, une très vieille dame de 86 ans, qui raconte à Evelyn l'histoire d'Idgie Threadgoode et de Ruth Jamiston, qui ont tenu le Café de Whistle Stop dans les années 30 et 40...


J'ai vu il y a longtemps le film de Jon Avnet, Beignets de tomates vertes, chers happy few, et j'en avais gardé un très bon souvenir. Aussi, quand j'ai découvert il y a quelques mois que le film était adapté d'un roman de Fannie Flagg je n'ai eu qu'une envie, évidemment, comme toute LCA qui se respecte : le lire. Ma quête a été rendue ardue car ce roman est épuisé (le destin s'amuse parfois à nous jouer des tours, c'est terrible) mais comme le Hasard, ce dieu protecteur de la blogueuse-lectrice fait parfois bien les choses, il me l'a mis entre les mains dans une foire aux livres cet été (c'était dans le délicieux village de Pujols, il faisait beau et j'avais convaincu toute la famille que oui il était impératif voire nécessaire de monter à la bastide et j'ai bien fait, la preuve) (si en plus je vous dis que je l'ai payé 50 cts, je sais que vous allez m'envier terriblement) (tant pis).

Et ce roman, chers happy few, est entré d'un coup d'un seul dans le panthéon de mes lectures thérapeutiques. C'est un roman léger et grave à la fois, léger par le ton et la construction éclatée (des chapitres où Mrs Threadgoode raconte, des chapitres racontés directement, des extraits de la Gazette de Weems, et d'autres extraits, de journaux ou autres) et grave par les sujets qui y sont abordés, notamment la Crise de 29, la misère des gens du Sud (Birmingham a longtemps été la ville la plus pauvre des Etats-Unis) et la ségrégation. Mais ce qui est fabuleux dans cette histoire, ce sont les sentiments et la chaleur humaine qui s'en dégagent. Les gens sont pauvres mais ils s'entraident, ils se prennent le bec mais ils s'aiment et on n'oublie jamais la mémoire des morts. Au centre de la vie de ce petit village (il n'y a qu'une centaine d'habitants à Whistle Stop), il y a le couple hors-normes formé par Idgie, la sauvageonne, et Ruth, sublime et douce, qui fuit un mari épouvantable. Ce sont deux femmes extraordinaires chacune à leur manière, autour desquelles gravitent les autres habitants : Grady, le shérif bougon au grand coeur, Ninny, les autres enfants Threadgoode, Stump, le fils de Ruth, Sipsey, la cuisinière, Big George, son fils, et j'en passe. Les caractères sont finement dessinés sans aucun manichéisme (car nul n'est parfait ou tout mauvais), la palme revenant ex-aequo à Grady et au révérend, pour des raisons que je ne révèlerai pas. Il y a de la tendresse, de la drôlerie et beaucoup d'émotion (j'ai versé quelques larmes à plusieurs reprises, je l'avoue bien volontiers) dans ces vies. Et le lecteur, comme Evelyn (dont la vie sera d'ailleurs totalement bouleversée par sa rencontre avec Mrs Threadgoode), qui attend impatiemment le dimanche pour avoir la suite de l'histoire, est ravi de faire un bout de chemin avec ces hommes et ces femmes hauts en couleur, généreux et courageux. Et il n'a qu'une envie : goûter aux fameux beignets de tomates vertes.


Fannie Flagg, Beignets de tomates vertes (Fried green tomatoes at the Whistle Stop Cafe), J'ai lu (traduit de l'américain par Philippe Rouard), 475 pages

A noter que les recettes des plats servis au Whistle Stop Cafe sont données en fin de roman : j'ai très envie de les essayer, c'est dire à quel point ce roman m'a emballée, chers happy few!

Les billets de Karine (conquise aussi) et d'Anjelica
(J'étais persuadée d'avoir lu un autre billet avant les vacances d'été et je ne le retrouve plus : que celle qui l'avait écrit se manifeste!)


PS sans aucun rapport, mais vous êtes habitués : à partir d'aujourd'hui, vous pouvez lire des billets inédits de votre serviteuse ici : www.lapagelitterature.com. Le billet du jour : Un lieu incertain de Vargas (oui, Belle-Maman, j'ai fini par le lire!)