05.03.2009
Le paysan et la princesse
Non, vous ne rêvez pas, chers happy few, me voici de retour après une panne de lecture qui a duré près de dix jours, ce qui est, hélas un triste record. La faute certainement au fameux Docteur qui nous a maraboutées, Karine et moi, je ne vois que ça pour expliquer de manière plausible et totalement crédible (qui ricane bêtement au fond de la salle ?) le désintérêt total qui s'est abattu en même temps sur nous à des milliers de kilomètres de distance, ce sentiment d'ennui total face aux pages imprimées que tout LCA qui se respecte éprouve de temps en temps, cette envie de jeter toute sa PAL par la fenêtre et de passer son temps affalé sur son canapé berlingot (une denrée rare mais qui existe, je vous le certifie) à soupirer et à gémir sur la cruauté du monde et l'absence de chocolat dans le placard (car évidemment dans ces cas-là, tout va de travers, c'est bien connu). Mais maintenant que me voilà sortie du marasme par la grâce conjuguée d'un roman de haute volée et d'un Beaumes de Venise extraordinaire (comment ça, aucun rapport ?), j'ai repris le cours normal de mes lectures.
Somerset, Angleterre, deuxième moitié du XVIIème siècle. John Ridd, fils de fermier lettré (sa mère a insisté pour qu'il soit scolarisé le plus lontemps possible), a 14 ans quand il est contraint de prendre en charge sa mère et ses deux soeurs, Annie et Lizzie, après que son père a été assassiné par une bande de malfaiteurs bien organisés qui ont mis depuis longtemps le comté en coupe réglée : les Doone. Adolescent placide et fort comme un boeuf, lent mais finaud, il fait la rencontre d'une petite fille de 9 ans, Lorna, élevée par les brigands comme leur reine, enfermée dans la vallée dont elle n'a pas le droit de sortir. Entre la prisonnière belle comme un coeur et le jeune homme un peu rustre, c'est le coup de foudre. Ils se reverront quelques années plus tard, leurs sentiments sont inchangés et c'est le début pour John d'une série d'aventures...
Lorna Doone, considéré comme le chef-d'oeuvre de Richard D. Blackmore (il a été réédité 38 fois du vivant de l'auteur), a été publié pour la première fois en 1869. C'est donc un roman victorien (mais de ceux qui annoncent le romantisme), qui se déroule au XVIIème siècle dans une contrée reculée de l'Angleterre et en des temps troublés (la mort en 1685 de Charles II, protestant, donne lieu à la montée sur le trône de son frère, Jacques II, catholique) et que j'ai trouvé formidable. La narration est prise en charge par John Ridd, qui a un ton tout à fait délicieux, à mi-chemin entre fausse simplicité et ironie, et qui raconte a posteriori les événements de manière à la fois drôlatique et poétique. Sous sa plume défile toute une galerie de personnages hauts en couleur (l'oncle Ben, le colonel Strikles, la mère de John, Tom Faggus), de femmes délicieuses (Lorna, Ruth, Annie) et d'hommes détestables (Carver et Charlie Doone pour ne citer qu'eux). John Ridd réussit l'exploit d'être un pacifiste que la politique n'intéresse pas, uniquement attaché à sa terre et à la femme qu'il aime, et de se retrouver mêlé malgré lui à des complots et à des intrigues dont il réussit toujours à tirer le meilleur parti possible sans avoir l'air d'y toucher. Ce n'est pas le moindre intérêt de ce roman enlevé, qui accumule les rebondissements, les bagarres, les retournements de situation, les enlèvements et les révélations avec beaucoup de talent, le tout sur fond d'histoire anglaise (des notes en bas de page attestent la véracité de certains faits rapportés). Une véritable réussite.
Richard D. Blackmore, Lorna Doone, Phébus, libretto, traduit de l'anglais par Marie-Madeleine Fayet, 432 pages, (1869), réédition française de 2008
Le billet de Lilly (qui n'aime pas John Ridd, oh my, comment est-ce possible ?)
Merci à Cryssilda qui m'a envoyé ce roman dans le cadre du Swap Victorien!
PS : en farfouillant sur le net, j'ai découvert qu'il y avait (au moins) une adaptation par la télé anglaise, disponible en DVD. Je la veux! (surtout que les commentateurs sur notre ami à un sein louent la plastique de l'acteur qui incarne John Ridd) (je dis ça, je dis rien, comme d'habitude) (en même temps, on est jeudi, il est donc normal que ce billet dévie un peu vers cette belle science qu'est l'étymologie, science négligée ces derniers temps, mea culpa, chers happy few, mea culpa)
06:30 Écrit par fashion dans Littérature anglo-saxonne, Révisons nos classiques | Lien permanent | Commentaires (29) | Envoyer cette note | Tags : richard d.blackmore, lorna doone, avez-vous déjà mangé du daim ?, les personnages en font une consommation effrenée, ils sont bizarres ces anglais, et au xviième siècle encore plus, (ok, je sors)