28.07.2009
"Le passé est un prologue"
Ecosse, années 50. Mary Guthrie veut rédiger une thèse sur Thomas Lockhart, un écrivain farfelu du XVIIème siècle dont pas grand chose n'est passé à la postérité. Ebenezer Krook est un prêtre défroqué qui a croisé le chemin de la jeune femme et qui est lui aussi lié aux Lockhart de Glenmarkie, cette famille d'originaux qui compte plus de jumeaux que de sains d'esprit. Arriveront-ils tous les deux au terme de leur quête ?
Les maîtres de Glenmarkie est un roman d'amoureux de la littérature anglaise qui doit se lire avant tout comme un hommage. Jean-Pierre Ohl emprunte des éléments au roman gothique (le château mal entretenu plein de courants d'air et de passages secrets, les fantômes, la crypte et ses tombeaux, ses personnages qui ne sont pas qui ils semblent être, tous nimbés d'une aura de mystère), à des romans célèbres (notamment au Maître de Ballantrae de Stevenson, et à son couple de frères ennemis, certains noms sont tout droit sortis des romans de Dickens et l'un des personnages, libraire, s'appelle Walpole) et fait de ses personnages des lecteurs qui citent régulièrement leurs auteurs préférés, Shakespeare en tête. Mais il n'en oublie pas pour autant de bâtir une intrigue, centrée autour de la personnalité attachante de Thomas Lockhart qui aurait, dit-on, été détenteur d'un trésor, et de celle de son descendant, Thomas aussi, personnage inquiétant et pervers qui a joué un rôle plus que discutable pendant la guerre d'Espagne. Mary joue donc au chat et à la souris avec un secrétaire et tente de percer le mystère de ses trente-deux tiroirs à secrets, tandis qu'Ebenezer, lui, plonge dans le passé de son propre père, parti s'enrôler un beau jour au côté des républicains sous le nom de Martin Eden et dont la route a croisé celle de Lockhart. C'est un roman érudit sans être pédant, amusant et enlevé, qui donne furieusement envie de se constituer une PAL de romans à avoir lu avant de mourir, de (re)lire Stevenson et d'aller (re)faire un tour en Ecosse, un roman qui croit au pouvoir de la littérature qui façonne les âmes et les hommes. Une réussite.
Jean-Pierre Ohl, Les maîtres de Glenmarkie, Gallimard, 361 pages, 2008
Les billets des copines : Chiffonnette, Choupynette, Lilly (merci encore pour le prêt, aucun post-it n'a été maltraité durant la lecture, sois rassurée), Lou, Papillon, Yueyin, Ys
Spéciale dédicace à Cuné : Walpole, le libraire qui ne vend que des livres parus au moins depuis 50 ans (pas de nouveautés, car pas de recul) dit à Ebenezer qui lui propose de lire L'Ami commun : "Merveilleux, Eby, merveilleux! Vous vous rendez compte! Un Dickens qu'on n'a pas lu, c'est comme... une vie de rechange!"
PS : le titre de mon billet est emprunté au grand Will. Who else ?
(PAL de vacances : -2)
06:31 Écrit par fashion dans Littérature française | Lien permanent | Commentaires (44) | Envoyer cette note | Tags : jean-pierre ohl, les maîtres de glenmarkie, j'adore les chasses au trésor, et les jeux de piste, je vais me replonger dans dickens tiens ça faisait longtemps