04.11.2008
Que d'eau! Que d'eau ?
Erik Orsenna, Académicien, romancier, touche à tout de génie et voyageur infatigable, a parcouru le monde pendant 2 ans pour mener ce qu'il appelle une "enquête-promenade" sur les traces de l'eau. Il a sillonné la planète et interrogé de nombreuses personnes pour voir comment chaque pays réagissait aux nouvelles contraintes climatiques et aux grands enjeux que sont la distribution et l'assainissement de l'eau...
Voilà typiquement le genre d'ouvrage, chers happy few, que je n'aurais jamais lu de mon propre chef, mais j'ai reçu il y a une dizaine de jours une proposition de service de presse assortie d'un rendez-vous pour interviewer Erik Orsenna, et même si je n'avais jamais rien lu de cet auteur, j'ai accepté, parce que parfois je fais des choses incroyablement wild, call me Lara C. Me voilà donc plongée dans ces 400 pages et tous les doutes que j'avais en entamant la lecture (cet ouvrage est quand même sous-titré Petit précis de mondialisation II et j'avais peur de n'y rien comprendre ou de m'ennuyer à périr) ont été immédiatement balayés par le style d'Orsenna : il a un talent certain pour la vulgarisation scientifique et il entrecoupe sa démonstration d'anecdotes personnelles et de digressions culturelles toujours bienvenues, le tout avec une plume vive et non dénuée d'humour. J'ai donc dévoré cet ouvrage en une soirée et j'y ai appris de nombreuses choses, notamment que l'eau, qui nous paraît à nous autres Français couler de source (c'est le cas de le dire), et que nous avons au robinet, saine et propre à la consommation, est extrêmement mal répartie sur la terre et donne lieu à des conflits qui, réchauffement climatique aidant, ne vont pas aller en s'améliorant. La consommation individuelle mondiale est très disparate : la ville où on consomme le plus d'eau est Las Vegas (1000 litres/jour et par habitant), les Australiens sont aussi de très gros consommateurs (300 l/j/habitant), ce qui est bien sûr impensable dans les pays arides. Saviez-vous qu'à Calcutta, un contrôleur des diarrhées fait le tour des bidonvilles pour enrayer à la racine d'éventuelles épidémies de choléra ? Que des capteurs de rosée ont été inventés suite à l'étude de la structure particulière des élytres du scarabée de Namibie ? Que le Jourdain a été mis en tuyaux il y a bien longtemps ? Qu'une petite ville du sud de la France utilise les lombrics comme filtres à eau naturels ? Au-delà des nombreuses rencontres et anecdotes, Orsenna démontre que toute solution doit être locale et strictement adaptée à son environnement, que le bricolage ne doit pas être dédaigné et que, suite au réchauffement climatique ce sont les terres arables qui vont finir par manquer. Le récit est passionnant et l'homme, rencontré hier matin, ne l'est pas moins. Erik Orsenna s'est révélé être un interlocuteur chaleureux et bavard, très enthousiaste et très abordable. En attendant de voir la vidéo qui a été tournée ce jour-là, je peux quand même vous révéler que le quatrième tome consacré à la langue française traitera de la ponctuation et sortira en septembre 2009, assorti d'un CD (qui dit ponctuation dit rythme et musique), et qu'Erik Orsenna a rasé sa gauloise moustache non pas parce qu'il avait lu mon billet sur les hommes à moustache (ce qui est quand même une déception, ne le nions pas) mais pour faire plaisir à une femme qui n'avait pas lu Maupassant... La vie est parfois difficile, chers happy few.
Erik Orsenna, Le voyage de l'eau, Petit précis de mondialisation II, Fayard, 400 pages
Le billet de Laurence
Une interview d'Orsenna pour RTL (émission de Bernard Lehut), un billet de Robert Solé pour Le monde des Livres, le papier de Bernard Pivot pour le JDD (notons que d'après Erik Orsenna himself, c'est la toute première fois qu'un de ses ouvrages, tous genres confondus, reçoit un tel accueil critique : il a été convié partout (radios, télé) et la presse écrite n'est pas en reste d'articles)
Rentrée littéraire 2008
06:34 Écrit par fashion dans Littérature française | Lien permanent | Commentaires (29) | Envoyer cette note | Tags : erik orsenna, l'avenir de l'eau, moustache gauloise et gauloiserie, les hommes de plus de 60 ans sont formidables, james for ever