06.05.2009

Ab imo pectore, potius mori quam foedari

lem_vignette.jpgLemashtu Dracul a 15 ans. Il vit depuis sept ans à Londres, au lycée Saint-Charles, avec son tuteur, le père Féhik Alamédu, nosférat de son état, qui lui a fait quitter la zone de confinement roumaine clandestinement quand il n'était encore qu'un enfant, et Aratar, nékurat très à cheval sur la morale. C'est que Lem n'est pas un adolescent comme les autres : il est un voïvode strigoï, un seigneur des Stryges, doué de capacités particulièrement exceptionnelles dont il n'a pas même idée et qui le rendent infiniment précieux pour son peuple... et infiniment haïssable pour d'autres. Les aventures commencent.

 

Lemashtu, sous-titré Chroniques des Stryges, est un roman véritablement page turner qui ne se lâche plus une fois ouvert, chers happy few. Li-Cam a repris à son compte et de manière toute personnelle la mythologie vampirique : ici pas de vampires (un mythe, comme se plaisent à le répéter Féhik et les autres) mais des Stryges, qui sont aussi humains que vous et moi chers happy few, mais en un peu plus... mutants. Les Stryges sont un peuple à part entière, qui se différencient des humains par leurs capacités physiques et psychologiques exceptionnelles et un régime alimentaire un peu plus sanglant. Tributaires de leurs proies (ben oui, s'il n'y a plus d'humains, les Stryges meurent de faim, car même s'ils peuvent se nourrir comme tout le monde, c'est le sang humain qui seul leur permet de survivre), les Stryges ont vite compris qu'il fallait se tenir à carreaux et ils ont toujours vécu mêlés aux humains jusqu'à ce que l'un des leurs, Vlad Tepes, se mette à massacrer tout le monde, déclenchant ainsi une guerre qui ne demandait qu'à éclater, les humains ayant toujours craint ces cousins dangereux. Vaincus, les Stryges ont été enfermés dans des ghettos dans la zone de confinement des Carpates, soumis à des lois très sévères de régulation, ne pouvant en sortir qu'avec la permission du Vatican.

La transformation du mythe permet de manière très astucieuse le déplacement de la métaphore vampiresque : ici la sexualité, même si elle est très présente, passe au second plan, derrière une passionnante réflexion sur l'altérité, les Stryges devenant le symbole de toutes les populations opprimées. Le personnage de Lem, adolescent à qui on a caché beaucoup de choses et qui découvre sa véritable nature avec une joie teinté de terreur, est alors la représentation de l'humanité persécutée. Mais n'allez pas croire que tout ça soit plombant, chers happy few, bien au contraire : l'intrigue est vive et bien ficelée, la construction très intéressante (le récit est entrecoupé de fiches caractéristiques des Stryges et d'extraits d'archives du Vatican qui éclairent les personnalités et les parcours de Féhik et Aratar) et il y a des passages plutôt drôles (après tout les personnages principaux sont des adolescents qui pour être Stryges ou amis des Stryges, n'en ont pas moins des préoccupations d'adolescents). Je ne peux que vous recommander de vous laisser tenter par le sourire enjôleur du Stryge au regard de velours, chers happy few. Vous ne regretterez pas la morsure.

 

Li-Cam, Lemashtu, Chroniques des Stryges, Griffe d'encre, 408 pages, couverture de Jean-Emmanuel Aubert. Et comme toujours chez Griffe d'encre, la maquette est impeccable, les Cous Lisses drôlatiques et la mascotte... a les dents aiguisées!

Un grand merci à Delphine pour le cadeau dédicacé!

Les billets de ChiffonnetteDelphine, Lucile, toutes emballées! Un billet fort bien troussé sur Vampirisme.com (j'ai particulièrement aimé la conclusion, qui semble avoir été écrite pour Isil).