19.08.2009

Géo-gra-phie, la rivière est dans son lit

(Celui qui trouve d'où vient ce titre à l'ébouriffante poésie, chers happy few kultivés, gagnera le droit de tout savoir sur le Somaliland, parce que je suis comme ça, je partage mon modeste savoir avec plaisir) (et avec un brin de sadisme, aussi.)

 

Comme vous le savez tous, chers happy few, il est des domaines dans lesquels, toute fausse modestie mise à part, j'excelle, comme la Colinmania, l'invention de challenges farfelus, l'incapacité totale à respecter une contrainte, l'achat compulsif de livres pour la PAL (bah, elle le vaut bien, non ?) ou encore l'hystérie totalement incontrôlable qui s'empare de moi quand je commence à parler d'un certain Docteur. Mais toute médaille ayant son revers, il est aussi des domaines dans lesquels hélas, trois fois hélas, je n'entends pas grand-chose si ce n'est rien, comme la réalisation du tiramisu, le tangram, la zoologie aquatique, les eproms et... la géographie.

Lasse de devoir éluder avec brio les questions de mes enfants sur la localisation du Swaziland, de perdre au Trivial pour de sombres raisons de capitale australienne (il paraît que non, ce n'est toujours pas Sydney) et en souvenir d'une cuisante conversation avec un brillant élève de Première qui savait, lui, où se trouvait la Guinée équatoriale qui avait décidé en toute impudence de s'inviter sous la plume de Voltaire (toujours se méfier de ceux qui choisissent volontairement de vivre en Suisse, chers happy few), j'ai décidé, lors de la dernière édition de Masse Critique, dans un bel élan de masochisme totalement assumé, de demander :

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Le dessous des cartes 2, Atlas d'un monde qui change.

 

 

 

Et je l'ai reçu.

Hélas.

Car, tenez-vous bien, chers happy few, il ne s'agit pas d'un banal atlas comme ma confondante naïveté me le laissait croire (voilà ce que c'est que de lire les titres à moitié), non, il s'agit d'un atlas de géopolitique.

Si.

Et vachement bien fait en plus. Clairement construit (2 grandes parties aux titres puissamment évocateurs : Les chocs de la mondialisation - Le poids des rapports de force, euh au temps pour moi, Redéploiement des rapports de force), avec des tas de cartes en couleurs (bon, toujours un peu les mêmes les couleurs quand même, beaucoup de bleu et de vert, on se demande bien pourquoi*) parfaitement légendées et des graphiques compréhensibles par tout le monde y compris par ceux qui ne lisent pas les titres jusqu'au bout. Certes. Mais ça n'en reste pas moins de la géopolitique, ce qui, pour quelqu'un qui n'a jamais compris les règles de Risk, est aussi attrayant qu'un texte sur le nettoyage des ruches en moldave médiéval. Après avoir donc contemplé d'un oeil vitreux la table des matières et admiré au passage le sens de l'anaphore de celui qui a pondu les titres des sous-parties, j'ai décidé, en bonne aventurière que je suis, de me plonger dans cet ouvrage.

Qui s'est révélé, en réalité, plein de ressources.

Pour occuper les enfants. Qui ont passé une après-midi entière à compulser les cartes et à recopier celle des Etats-Unis. En rose.

Pour briller dans les dîners en ville. Où j'ai captivé tout un auditoire par mon historique enlevé de Saint-Marin, anomalie géopolitique au même titre que le Somaliland, l'état qui n'existe pas. J'ai eu presque autant de succès que quand j'ai avoué, à des convives médusés, que je regardais l'Eurovision tous les ans. Et que j'avais trouvé le chanteur grec de l'édition 2009 gay et viril à la fois.

Pour écrire des billets pour les Harlequinades. Grâce à cet ouvrage, je suis devenue incollable sur la piraterie moderne : un roman mettant en scène Sam le pirate et n'ayant pas pour cadre le Pacifique asiatique (qui a concentré plus de 60% des attaques en 2006) n'a aucune chance de m'émouvoir. Un pirate dans les eaux américaines ? Quelle faute de goût, chers happy few.

Pour effrayer l'hypocondriaque qui sommeille en moi. Je n'aurais vraiment pas dû lire les pages 54 à 63 sur les épidémies, les pandémies, le H5N1 et autres maladies infectieuses aux noms aussi exotiques qu'imprononçables. J'ai passé 24 heures à me gratter et à me demander si je n'avais pas attrapé le tétanos. Le pharmacien en rit encore.

Pour répondre à des questions qui me taraudaient depuis longtemps. Que fait la Chine en Afrique ? (du profit, beaucoup de profit) Quelle est l'influence réelle des Evangéliques sur la vie politique américaine ? (croissante, manifestement, et pas que sur des questions de société) Comment la Mongolie, enclavée entre la Russie et la Chine, échappe-t-elle à l'influence de ses encombrants voisins ? (en tendant un bras long comme celui de l'Inspecteur Gadget par-dessus l'océan vers le voisin américain), et bien d'autres encore. Je dors mieux depuis que j'ai appris tout ça, y a pas à dire.

Un ouvrage indispensable, finalement.

 

Jean-Christophe Victor, Virginie Raisson et Frank Tétart, Le dessous des cartes 2, Atlas d'un monde qui change, arte éditions/Taillandier, 207 pages, 2009

Ce billet est dédié à Guillaume, de Babelio. Il sait pourquoi.

 

* Il s'avère après discussion avec Alinéa que l'omniprésence de bleu marine sert aussi à éviter que les profs ne scannent les cartes pour leurs cours. C'est mesquin, limite petit, je trouve, chers happy few. Comme s'il n'était pas de notorioté publique que les profs d'histoire-géo passaient un temps fou à créer leurs propres cartes et à les colorier de leurs petites mains habiles.

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