11.07.2009

"File la lune..."

le chagrin du roi mort.jpgA Petite Terre, le roi Holund vient de mourir, laissant un peuple endeuillé et pas d'héritier direct. Aleksander et Brisco Johansson, des faux jumeaux inséparables, viennent rendre un dernier hommage à la dépouille royale. Comme dans un rêve, Aleks voit le roi mort se dresser sur sa couche mortuaire et prononcer une phrase sybilline où il est question d'un feu mauvais. Quelques jours plus tard, Brisco est enlevé par une femme à la beauté sublime et cruelle. Son père, aidé de la sorcière Brit, part à sa recherche...

Comme certains d'entre vous le savent, chers happy few, j'aime beaucoup les romans de Mourlevat qui a une capacité toute personnelle à jouer avec les codes des genres, notamment le conte. Le chagrin du roi mort ne fait pas exception à la règle : c'est un roman absolument bouleversant. Dans un pays de neige et de froidure qui n'est jamais nommé mais qui doit beaucoup à la mythologie scandinave, dans une époque incertaine, Mourlevat campe une histoire qui tient à la fois du conte et de l'épopée, où les hommes se comportent parfois plus cruellement que les animaux sauvages à qui ils empruntent leurs noms ou leurs armes, mais où l'amour, même empêché, survit à tout. Cette histoire d'amour fraternel brisé, de guerre et de quête est traversée par des personnages archétypaux (la sorcière, les frères, le cousin animé par le désir de vengeance et la soif de pouvoir, la belle étrangère...) qui acquièrent rapidement une profondeur psychologique qui les rend subtils et terriblement humains. J'ai beaucoup aimé la description des lieux, que ce soit Petite Terre et sa bibliothèque fabuleuse où les lecteurs se déplacent dans de petits chariots entre les salles gigantesques, le château de Guérolf sur Grande Terre, ou le continent et ses cosaques et son ciel infini. Entre deux péripéties bien menées et denses, il y a des pages sublimes sur l'amour (deux chapitres où la narration est prise en charge par les deux amants) et des dialogues d'une justesse poignante (comme celui entre la Louve et Brisco adulte). J'ai adoré.

 

Jean-Claude Mourlevat, Le chagrin du roi mort, Gallimard Jeunesse, 403 pages, 2009, et une sublime couverture (décidément Gallimard jeunesse fait des efforts, tant au niveau de la qualité des textes publiés que des couvertures). A noter que ce roman est le deuxième "roman du froid" après Le combat d'hiver (que j'ai trouvé un peu moins abouti, personnellement).

Les avis de Lael, Lily, Gawou, Sophie Pilaire pour Ricochet, Jean pour La soupe de l'espace, Pagesàpages, conquis aussi. (Et je suis d'accord avec pagesàpages pour une adaptation cinématographique avec Sean Connery dans le rôle du roi mort. il serait sublime. What else ?)