11.04.2009
Les amants diaboliques
Dans la vieille ville de V..., le maître d'armes est une femme, qui porte un nom d'épée, Hauteclaire Stassin. La jeune femme est une escrimeuse redoutable et une femme sublime mais à la réputation irréprochable. Elle disparaît cemendant du jour au lendemain et le docteur Torty, qui raconte cette histoire bien des années plus tard, la retrouve comme femme de chambre chez le comte de Savigny, dont elle est la maîtresse sous le nez de sa femme...
Pour tout vous avouer, chers happy few, j'avais déjà lu cette nouvelle il y a longtemps, dans le recueil Les Diaboliques, dont je ne saurais trop recommander la lecture. Jules Barbey d'Aurevilly est un auteur tout à fait fascinant qu'on ne lit plus guère ce qui est bien dommage, et L'ensorcelée est certainement un des romans les plus marquants que j'ai jamais lus. Donc, disais-je avant d'être violemment interrompue par moi-même, j'ai eu l'oeil attiré par cette réédition tirée à part (qui n'est pas la première, cette nouvelle est disponible aussi en Librio et chez Mille et une nuits) alors que je gambadais innocemment chez Gibert à la recherche d'autre chose (que je n'ai d'ailleurs pas trouvé, il fallait donc bien que je surmonte la terrible déception qui était la mienne, chers happy few, je suis sûre que vous me comprenez parfaitement). J'ai trouvé la couverture jolie (elle est double et s'ouvre sur l'Olympia de Manet) et j'ai embarqué ce petit ouvrage (oui, parfois je suis superficielle et la couverture me suffit, je sais, c'est mal, vous pouvez m'envoyer les oeuvres complètes de Heidegger dans le texte pour me punir, chers happy few), dont la relecture a été à la hauteur de mes souvenirs.
Il s'agit d'un récit enchâssé, dans la bonne vieille tradition de bien des nouvelles du XIXème siècle : le narrateur du récit-cadre est un homme dont nous ne saurons pas grand-chose, la narration étant très vite prise en charge par le docteur Torty, libéral, athée, insatiable observateur de la condition humaine et témoin de l'histoire. Cet homme comprend tout de suite en voyant grandir Hauteclaire que cette femme au prénom formidable ne peut connaître qu'un destin exceptionnel, mais il n'aurait jamais envisagé que ce destin fût lié à celui du comte de Savigny, qui rentre à V... pour se marier avec une femme qui appartient à la meilleure noblesse et qui en présente tous les symptômes : elle est pâle, hautaine et languissante. Il forme avec sa femme un couple que tout le monde prend pour modèle, mais cache en réalité sa maîtresse dans son propre château et les amants diaboliques, beaux comme des anges déchus, sont prêts à tout pour vivre au grand jour leur passion. Nouvelle qui démontre que l'on peut vivre très longtemps ensemble sans que jamais la passion charnelle ne s'apaise, que le crime ne conduit pas nécessairement à l'enfer du remords et de la punition, et qui met en scène un couple tout à fait fascinant dans sa noirceur, uni dans l'amour comme dans le scandale, Le bonheur dans le crime est aussi une nouvelle qui constate la décadence de la noblesse de province, qui meurt en même temps que la comtesse (le discours qu'elle fait à Torty en est violemment représentatif). Un petit joyau, chers happy few.
Jules Barbey d'Aurevilly, Le bonheur dans le crime, André Versaille éditeur, 89 pages, 2009, première parution dans Les diaboliques en 1871
Le site de l'éditeur
Cette nouvelle a été adaptée par la télévision française récemment : le téléfilm a été diffusé en mars 2009 si mes renseignements sont exacts. Par contre, je ne comprends pas très bien pourquoi des détails ont été changés. Torty (interprété par Didier Bourdon) est devenu Crosnier et Hauteclaire s'appelle Claire (ce qui est bien dommage dans les deux cas, l'onomastique étant très importante, et soulignée plusieurs fois dans le texte) et le titre a été transformé aussi en Le crime est dans le sang. J'ai quand même bien envie de la voir, chers happy few. Oui, je sais, ma curiosité est sans limite.
Et comme je trouve que Barbey mérite qu'on s'y intéresse, je me propose de faire voyager cet opuscule : 89 pages, ce n'est rien pour une PAL et le format tout petit (2/3 d'un poche à vue de nez) permet de le glisser très facilement dans son sac. Des amateurs de scandale, chers happy few ?
19:09 Écrit par fashion dans Littérature française, Révisons nos classiques | Lien permanent | Commentaires (25) | Envoyer cette note | Tags : barbey d'aurevilly, le bonheur dans le crime, il s'en passe des choses à valognes, je vais relire l'ensorcelée tiens