29.09.2008

La musique du tambour

51XcBWeYhtL__SL500_AA240_.jpg New jersey, Etats-unis, années 60. Albert Scully est un adolescent différent des autres : il aime jardiner et lire, ne participe à aucun club dans son lycée, n'a pas d'amis, n'est même pas bon élève. En bref, il n'est pas intégré dans le monde qui l'entoure et il se sent très mal, coincé entre une mère hystérique qui se prend pour Bette Davis et un père dépressif qui noit son mariage raté et son boulot inintéressant dans le Martini. Un jour, Albert fait la connaissance d'une vieille dame hors du commun : Mme Woodfin. Sa vie va en être bouleversée.


Ce très joli roman jeunesse a été publié en 1968 aux Etats-Unis et ce n'est que sa première traduction en français, chers happy few. Il nous arrive donc 40 ans plus tard, mais il reste étonnamment moderne, tant les thèmes traités sont universels et intemporels : c'est un roman daté (on y écoute les Beatles, on y croise des hippies et on y assiste aux débuts de la société de sur-consommation) mais pas démodé. Albert incarne le mal-être adolescent tel qu'il peut se manifester quand en plus d'être en proie aux affres typiques de cet âge (bouleversements physiques, attirance obsessionnelle pour l'autre sexe, découverte des parents sous un jour peu flatteur...), on cumule avec une mère possessive qui empêche de respirer et des centres d'intérêt qui paraissent étonnants à tout le monde (l'horticulture n'est pas un passe-temps des plus courants chez les ados). Sa rencontre avec l'excentrique Mme Woodfin va lui faire prendre conscience que sa différence peut être une force et qu'on peut être à la fois différent et intéressant. Mme Woodfin lui apprend à faire de sa personnalité un atout sans pour autant tomber dans les rêves et les illusions. C'est donc un parcours initiatique qui attend le jeune Albert, parcours qui lui enseignera à être heureux, à comprendre que parfois les mensonges ont moins d'importance que la raison pour laquelle ils sont proférés, et qu'il peut tenir tête à son épouvantable mère. Le style, qui colle au plus près les atermoiements de cet adolescent suicidaire et attachant, ajoute au charme indéniable de ce petit roman. Une belle découverte.


Barbara Wersba, Une petite vie cernée de rêves (The dream watcher), éditions Thierry Magnier (traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Jean Esch, 167 pages.


Les avis unanimes de Clarabel, Gawou et Lilly (qui en a fait un livre voyageur et que je remercie donc pour le prêt!)


PS : le titre de mon billet est emprunté à une citation de Thoreau, qui revient plusieurs fois dans le roman (et que je ne retrouve plus maintenant que je la cherche) (of course). Mais grâce à Gawou, c'est chose faite!
"Si un homme marche à un autre pas que ses camarades, c’est peut-être qu’il entend le son d’un autre tambour. Laissons-le suivre la musique qu'il entend, quelle qu'en soit la cadence." in Walden


Rentrée littéraire 2008, romans étrangers