12.04.2010

"I will save him"

the tenant of wildfell hall.jpg

1827. L'arrivée d'Helen Graham et de son jeune fils dans une vieille demeure inhabitée depuis longtemps, mettent la population d'un petit village anglais en émoi : la jeune femme refuse manifestement de fréquenter ses voisins et nul ne sait rien de son passé (on la suppose veuve puisqu'elle est seule mais sans certitude). Le jeune Gilbert Markham, fermier sage et cultivé, tombe rapidement amoureux d'elle, et quand elle se retrouve en butte aux rumeurs et à la calomnie, il refuse d'y croire...

 

Il y avait quelque temps que j'avais envie de me plonger dans la bibliographie des soeurs Brontë, chers happy few, n'ayant lu jusqu'à présent que Les hauts de Hurlevent (un roman que je n'ai pas aimé plus jeune et que je n'ai pas envie de relire) et Jane Eyre, dont je garde un excellent souvenir. Et comme je suis une lectrice équitable et juste, j'ai décidé, comme ça, paf, sur un coup de tête de lire un des romans d'Anne et c'est un peu par hasard (j'aime bien la couverture de cette édition Penguin, même si elle est guimauvesque à souhait, je sais, et le titre, allez savoir pourquoi, m'a tout de suite interpellée, ahem) que j'ai acheté donc, The tenant of Wildfell Hall, dont la lecture, disons-le tout net, chers happy few, n'a pas été des plus fluides.

 

La construction de ce roman est inutilement alambiquée, puisque le roman est censé être un ensemble de lettres écrites par Gilbert à son beau-frère sous un prétexte assez artificiel (l'autre lui a raconté un épisode marquant de sa vie et Gilbert, pour le remercier de sa confiance, fait de même par écrit). Ces lettres sont composées d'une part du récit de la rencontre entre Gilbert et Helen, racontée par Gilbert, suivi d'une deuxième partie beaucoup plus longue qui reprend le journal intime d'Helen, avant de se conclure sur une partie assez bâtarde, qui sert de conclusion et qui permet à Gilbert de reprendre le fil de son récit mêlé à des lettres d'Helen qui ne sont pas reproduites mais étrangement paraphrasées (et je dois reconnaître que ce procédé m'a dérangée, je trouve qu'il manque de rigueur). La complexité de la construction dessert le récit, qui, loin d'avoir la vivacité des romans épistolaires, est alourdi par l'absence des procédés propres à ces derniers (pas de destinataire présent, pas de commentaires du scripteur...). J'ai trouvé la première partie très longue et assez plate, Gilbert étant un narrateur assez inintéressant et beaucoup trop alambiqué : il a un style effroyablement lourd, passe son temps à faire les foins et se répand en considérations poétiques sur la campagne et le temps et ses atermoiements amoureux m'ont profondément ennuyée. Heureusement que la deuxième partie, qui raconte le passé d'Helen et les circonstances qui l'ont menée à Wildfell Hall est bien meilleure : la description de cette jeune fille naïve et arrogante, qui croit pouvoir ramener sur le droit chemin l'homme débauché dont elle est tombée amoureuse, armée de sa seule foi et de ses principes chrétiens est d'une grande justesse psychologique, de même que la façon dont le couple finit par se déliter complètement, de trahisons en beuveries. Hélas, Helen, dans sa grande piété, est une grande moralisatrice et il ne se passe pas deux pages sans qu'elle ne fasse un sermon ou ne cite les Ecritures. La foi chrétienne est partout dans ce roman, et surtout dans les actions de cette femme, qui en devient de plus en plus ennuyeuse, au fur et à mesure que sa vivacité de jeune fille est mise à mal par les actes de son mari. Il y avait dans cette histoire le matériau d'un excellent roman mais les nombreuses longueurs et les incessants sermons ont freiné le plaisir que j'aurais pu avoir à le lire, même si le personnage d'Helen, qui prend la fuite, gagne sa vie, puis épouse finalement quelqu'un qui n'est pas de sa condition, est étonnamment moderne. 

 

Anne Brontë, The tenant of Wildfell Hall, 553 pages, Pocket Penguin Classic 2010, première publication en 1848.

 

Les billets de Karine, Isil et Pimpi qui sont toutes les trois beaucoup plus enthousiastes que moi.

 

EnglishClassicsMini-copie-1.jpg

 

Challenge English classics

3/2

 

 

 

LireEnVoMini.jpgChallenge Lire en V.O

13/12