07.11.2009
Don't cry for me Argentina
(dans votre grande magnanimité, vous excuserez le titre de ce billet, chers happy few) (ou pas) (je tiens quand même à préciser pour ma défense que je viens de lire 12 romans imposés en moins de 15 jours, je trouve que si le seul dommage collatéral est un titre un peu pourri, je l'ai échappé belle, j'aurais pu faire pire comme lancer un swap pour happy few ou m'inscrire à trois challenges) (ah, non, ça c'est fait me dit-on dans l'oreillette, my bad)

Argentine, 1996, un dimanche de mars. La vieille Ernestina attend sa petite-fille de 18 ans, qu'elle n'a jamais vue : la jeune fille fait partie de ces centaines d'enfants volés à leurs parents arrêtés, torturés et exécutés pendant la dictature. Malvina a été élevée par un militaire et sa femme, Violetta, qui a fermé les yeux sur ce qui se passait autour d'elle. Ernestina et Violetta, au cours de cette journée, qui est aussi l'anniversaire de Malvina, déroulent le fil de leurs souvenirs.
La perrita (ou petite chienne, titre qui prend tout son sens à la lecture) est un bon et beau roman, chers happy few, qui dresse avec justesse et émotion les portraits de deux Argentines qui, vivant dans ce pays au même moment n'en voient pas du tout le même visage. Ernestina est une provinciale, qui a épousé un professeur de littérature lunaire et cultivé. Ils ont un fils, un seul, Juan, qui fait des études de médecine et épouse une jeune femme belle et brillante, enceinte de six mois au moment où ils sont arrêtés tous les deux. Pour Ernestina, qui pensait que l'armée n'arrêtait que les voyous qui le méritaient et qui ne prêtait pas attention aux alarmantes rumeurs de tortures et d'exécutions qui commençaient à courir, le monde s'écroule. Elle refuse de croire qu'elle ne reverra jamais son fils, puis quand elle finit par admettre l'impensable, elle cherche l'enfant, persuadée qu'il a survécu. De l'autre côté de la démarcation, Violetta est une femme lâche et égoïste qui vit dans l'ombre d'un père brillant qu'elle veut satisfaire à tout prix puis dans celle d'un mari rigide tout en refusant toujours de comprendre ce qui se déroule réellement en dehors de son bel appartement. Sans amis, sans centres d'intérêts, Violetta se focalise sur son désir d'enfant inassouvi, prête à tout pour être mère, même à refuser de voir ce qui crève les yeux. Le destin de ces deux femmes se trouve tragiquement lié par cette enfant volée à qui on a menti toute sa vie. Par le biais de la petite histoire, Isabelle Condou peint la violence d'un pays entré en dictature comme on croit se sauver, qui découvre à retardement les horreurs commises en toute légitimité par ceux qui ont pris le pouvoir, tout en laissant transparaître un amour fou pour ce pays. C'est juste et c'est touchant. Je recommande, chers happy few.
Isabelle Condou, La perrita, Plon, 294 pages, 2009
Roman lu dans le cadre du Prix des Chroniques de la rentrée littéraire, catégorie Roman français.
Les billets élogieux d'Antigone, Cathulu, Cuné, Leiloona et Stephie.

19:01 Écrit par fashion dans Challenge du 1% littéraire 2009, Littérature française | Lien permanent | Commentaires (14) | Envoyer cette note | Tags : isabelle condou, la perrita, argentine et dictature, veuves de mai, on y parle de dickens, j'adore la tortue