16.03.2010
Viens là que je te mange

Mary vit dans un village entouré par une clôture, que les Gardiens ont pour mission de maintenir en parfait état afin d'empêcher les Damnés d'entrer et d'infecter tous les habitants. Elle a perdu ses parents, infectés tous les deux, son frère la rejette et aucun garçon de sa maigre classe d'âge ne l'a demandée en mariage ; il ne lui reste comme seul refuge que la Congrégation des Soeurs. Mais la curiosité de Mary lui fait poser bien trop de questions : pourquoi la Cathédrale est-elle construite sur des souterrains qui mènent dans la Forêt ? Quel secret dissimulent les Soeurs ? Et surtout, qui est l'Etrangère, celle qui est arrivée par un chemin qui semble pourtant ne mener nulle part ?
Oui, je sais que vous vous dites que j'ai de bien étranges lectures en ce moment chers happy few et qu'après les vampires, vous infliger des zombies, c'est un peu discutable, limite morbide, et est-ce que j'aurais besoin de consulter par hasard ? Pour vous dire la vérité toute nue (car elle aime à être dévoilée la bougresse), les morts-vivants à la peau qui pend et aux os qui saillent (au propre, oui, oui, oui, pas au figuré, j'en vois qui font "eeewww" au fond de la classe, ce sont ceux qui n'ont manifestement jamais vu Thriller), ce n'est pas vraiment ce que je préfère dans le cinéma fantastique et j'ai comme l'impression que la littérature ne s'est jamais vraiment intéressée à eux (en même temps, un zombie qui perd ses doigts, c'est nettement moins glamour qu'un vampire qui scintille au soleil, je dis ça, je dis rien). Bref. Le cadre ainsi planté par Carrie Ryan est intéressant même si les zombies en sont finalement la seule originalité parce que le coup du groupe d'êtres humains qui croit être seul au monde dans un monde post-apocalyptique et qui a tout oublié de la catastrophe qui l'a mené là et de la vie d'avant, on nous l'a déjà fait cent fois. Mais les zombies créent un climat assez angoissant par leur omniprésence : ils sont tout le temps accrochés à la clôture et ils gémissent de manière ininterrompue en tentant de mordre quiconque s'approche trop près, ce qui en fait paradoxalement des êtres à la fois terrifiants et qui se fondent dans le décor. La plus grande réussite de ce roman tient dans la personnalité de son héroïne : Mary est une jeune fille totalement obsédée par les histoires que lui a racontées sa mère, des histoires "d'avant" la grande infection, histoires qui lui font croire qu'il y a autre chose au-delà de la Forêt. Toute entière tendue vers l'accomplissement de ce désir, Mary en oublie le monde qui l'entoure et l'amour que lui portent Travis et Harry, les deux frères qui sont les autres personnages principaux de l'histoire. Le fin portrait des personnages (même si Harry est un peu trop à la marge de l'histoire à mon goût) et leurs relations sont suffisamment réussis pour rendre encore plus regrettable que l'histoire soit finalement banale et ne donne pas toutes les réponses, l'auteur donnant souvent l'impression d'avoir semé de tous petits bouts de piste pour contenter le lecteur dans l'attente de la suite (il s'agira d'une trilogie), mais sans lui en donner assez pour créer un intérêt délirant. Je ne suis donc qu'à moitié convaincue, chers happy few, et je me demande si ce roman va trouver un lectorat auprès de ceux à qui il s'adresse.
Carrie Ryan, La Forêt des Damnés (The Forest of Hands and Teeth), Gallimard jeunesse, traduit de l'anglais par Alice Marchand, 2010 pour la traduction française, 2009 pour la publication en VO.
Ce billet est dédié à Erzébeth, elle sait pourquoi.
18:38 Écrit par fashion dans Fantastique, Jeunesse, Littérature anglo-saxonne, SF | Lien permanent | Commentaires (18) | Envoyer cette note | Tags : carrie ryan, la forêt des damnés, zombies, post-apocalypse