04.10.2009
"L'amour n'est pas de l'antimatière"
Thomas Drimm a 13 ans moins le quart. Il vit dans une banlieue minable des Etats-Uniques, un état totalitaire sous ses faux airs de république, où le président Narkos III n'est qu'un fantoche sous perfusion. Dans cette société où le Hasard a été érigée en ligne de vie, où les obèses sont internés et les dépressifs "retraités" en pièces détachées, Thomas, préobèse et fils d'un alcoolique, est déjà un raté. Un dimanche, il tue, par inadvertance et d'un coup de cerf-volant, Léonard Pictone, un scientifique de renom qui avait une mission et qui, pour la mener à bien, s'incarne après sa mort, dans... l'ours en peluche de Thomas. Le jeune garçon va se retrouver héros bien malgré lui d'une trépidante aventure.
Didier van Cauwelaert, prix Goncourt pour Un aller simple, s'essaie pour la première fois, avec la série consacrée à Thomas Drimm, à la littérature jeunesse, sous une forme particulière puisque ce roman a été publié en feuilleton sur téléphone portable, renouant ainsi de manière moderne avec une vieille pratique. Et ce premier volume, intitulé La fin du monde tombe un jeudi, est une véritable réussite, à la fois thriller bâti comme un compte à rebours et roman initiatique. Le monde bâti par Cauwelaert est intéressant à plus d'un titre, la SF permettant encore une fois une réflexion sur les dérives de notre société : scission riches/pauvres, caractère totalement aléatoire de la réussite (pas au mérite mais au jeu), jeu national (le man-ball) décérébré et violent, obligation de regarder les infos télévisées et manipulation politique, enseignement à dix vitesses (les bons profs aux élèves riches), censure, OGM à tous les repas, mise à l'écart de ceux qui ne rentrent pas dans le moule, etc. S'ajoute à cela une intrigue totalement SF très cohérente, avec menace imminente d'apocalypse qui tient le lecteur en haleine du début à la fin. Le personnage de Thomas est crédible et bien campé, en ado contraint de grandir bien vite, confronté à un monde d'adultes qui se manipulent à qui mieux mieux pour des intérêts qui le dépassent. Le style est vif et alerte, il y a pas mal d'humour, en bref, je recommande très chaudement. Et j'attends la suite!
Didier van Cauwelaert, Thomas Drimm, t.1, La fin du monde tombe un jeudi, Albin Michel, 393 pages, 2009.
Les billets de Celsmoon, Leiloona, Stephie, Yueyin, toutes conquises.
19:01 Écrit par fashion dans Jeunesse, Littérature française, SF | Lien permanent | Commentaires (17) | Envoyer cette note | Tags : didier van cauwelaert, thomas drimm, la fin du monde tombe un jeudi, moi aussi je voudrais manipuler mes molécules graisseuses, voila un super pouvoir sympa non ?