15.11.2009

Nothing's permanent. Not even death.

Terry Gilliam est un cinéaste, chers happy few, qui occupe une place à part dans mon petit coeur tout mou de spectatrice, un cinéaste qui ne cesse d'interroger et de mettre en scène, dans une filmographie riche et cohérente, les pouvoirs de la fiction et l'influence de l'imagination sur la réalité, thèmes qui me fascinent et dont le traitement gilliamien, pour des raisons diverses et variées, me touche beaucoup, certainement parce que ses références sont en grande partie les miennes ; j'ai l'impression à chaque fois que je vois un de ses films de voir projetées sur écran certaines de mes pensées voire de mes obsessions (oui, c'est un peu flippant, je le reconnais bien volontiers, chers happy few, il me fait exactement le même effet que Philip K. Dick) (ne dites rien, je sais que ça vous fait peur tout d'un coup, mais je vous jure que je ne suis paranoïaque que les jours pairs). 

 

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Et son dernier opus, L'Imaginarium du Docteur Parnassus (The Imaginarium of Dr Parnassus), ne fait évidemment pas exception à la règle. Comment aurait-il pu en être autrement alors que ce petit joyau met en scène un individu (Docteur Parnassus/Christopher Plummer) dont le fondement même de l'existence est une croyance absolue dans la fiction ? "Les histoires tiennent le monde" dit-il au cours d'une séquence fabuleuse à celui qui remet cette croyance en question, le Diable en personne (Tom Waits), en cape de dandy et chapeau melon (on est chez Gilliam où les apparences sont toujours trompeuses, je le rappelle, et où l'habit ne fait jamais le moine). Fort de cette croyance, Parnassus accepte de parier avec le Diable (qui est très joueur, c'est là son moindre défaut) : s'il rallie 12 âmes aux pouvoirs de l'imagination, il aura l'immortalité. Hélas pour lui, il remporte le pari au terme d'un combat acharné, et il lui faudra quelques centaines d'années pour comprendre que le cadeau en question était empoisonné. Et parce que décidément l'être humain n'apprend jamais, il demande au Diable, par amour, de lui rendre momenténament sa mortalité, demande qui a un revers : il devra céder toute éventuelle progéniture à l'âge de 16 ans, au Démon. Naît alors Valentina (Lily Cole). Seize ans plus tard, le Diable vient collecter son dû...

 

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L'Imaginarium du Docteur Parnassus est un film foisonnant, chers happy few, qui reprend avec bonheur et de manière personnelle le mythe de Faust (mais un Faust éminemment plus sympathique, qui a le pouvoir de permettre à chacun de trouver le bonheur dans sa propre imagination). Les décors sont extraordinaires, que ce soit la roulotte de Parnassus qui traverse comme un fantôme un Londres baigné de brume ou les fantasmes de chacun une fois franchie la porte de l'Imaginarium.  Comme souvent chez Gilliam, les personnages principaux sont des marginaux, par leur façon de vivre (ici des forains sans un sou, qui survivent tant bien que mal dans un monde où nul ne veut plus entendre d'histoires) comme par leur personnalité (un immortel, une jeune fille qui ment sur son âge, un nain, un enfant des rues, un homme recherché par la police et la mafia russe). Certaines scènes sont extraordinaires, d'une beauté formelle à couper le souffle, celle du pendu sous le pont ou du tango avec le diable en tête et comme toujours chez Gilliam l'humour n'est jamais loin, éclatant comme dans la scène des flics de comédie musicale ou affleurant sous la surface de la possible tragédie. Il est question dans ce film hors normes de miroir à traverser sous certaines conditions et de forêt des sortilèges, de rédemption possible, d'amour, de choix à faire et de libre-arbitre et surtout, du plus fabuleux pouvoir qu'il ait été donné à l'humanité : celui d'inventer des histoires. Et d'y croire.

 

L'Imaginarium du Docteur Parnassus (The Imaginarium of Dr Parnassus), de Terry Gilliam, avec Heath Ledger (décédé en cours de tournage, il est remplacé pour les scènes à l'intérieur de l'Imaginarium par Johnny Depp, Jude Law et Colin Farrell, car après tout, ne sommes-nous pas qui nous voulons être quand nous nous laissons aller à nos fantasmes ?), Christopher Plummer, Lily Cole, Tom Waits...